AUSPEX Resolutio
Thundering / Manitou Music

Résolutio est le premier album des grenoblois d'Auspex, groupe de speed métal mélodique à tendance symphonique, avec chant féminin. Pour situer, ça évoque des groupes italiens (Rhapsody vient immédiatement à l'esprit) et des nordiques, avec l'incontournable Nightwish (quand une fille chante avec des métalleux…)
Commençons par les bons points. L'enregistrement des guitares a été soigné et les sonorités sont variées, très mélodiques, sans perdre le côté agressif propre au métal. Les claviers ne sont pas en reste, bénéficiant d'un traitement clair et précis qui met en valeur des interventions opportunes, jamais envahissantes, proposant tantôt des contrepoints judicieux aux guitares, tantôt des soli délicats. A noter une basse (pour une fois) identifiable en tant qu'instrument doté d'une personnalité propre (on lui a même octroyé un break sympa sur Time To Make A Stand  !).
Au-delà de l'influence de la musique classique, des touches issues d'autres styles viennent élargir le spectre musical d'Auspex. Le final électro de Theater of Pain (mais pourquoi n'avoir pas réellement mélangé les genres en faisant décoller là-dessus un bon solo de gratte ?), le break de piano honky-tonk sur fond de violons disco sur Phantoms me semblent des idées intéressantes, qui auraient mérité d'être creusées. Des influences 70's classieuses apparaissent par touches plus que tout au long du disque : Queen pour certains chœurs, Pink Floyd et Rush pour certaines ambiances et dans les sons de claviers.
Évoluant dans un « segment » où les mauvais clones sans inspiration sont légions, Auspex réussit-il donc à se démarquer de la bande à Turilli (c'est pas des pâtes) ? Oui, si on s'attache au travail des claviers, aux choix des arrangements (moins pompeux, pas risibles), au phrasé guitaristique, à la suavité des mélodies et à une interprétation propre mais pas surjouée… Non, si on fixe l'ambition symphonique et certains tics (les chœurs grandiloquents, le clavecin).
Côté défauts, les refrains sont peu marquants, dommage. Je regrette aussi l'impression monolithique laissée par le jeu de batterie : c'est le résultat d'un abus stylistique, de cette vilaine manie (fort répandue dans ce style au demeurant) de coller de la double pédale partout et tout le temps… En plus, au sein d'une production manquant un peu de pêche, elle me semble un poil sous-mixée, cette batterie.
En fait, tout pourrait presque aller pour le mieux sur le meilleur des premiers albums si n'était la voix… Attention, loin de moi l'envie d'être gratuitement méchant, et encore moins désagréable avec une dame. Mais il me semble que le type de vocaliste ne colle pas avec la musique du groupe (à moins que celle-ci n'ait pas été suffisamment arrangée en fonction de la voix). En effet, agréable dans son registre médium, cette voix a la fâcheuse tendance à virer nasillarde dès qu'elle est poussée. Elle manque d'attaque et de corps pour « résister » aux orchestrations (pour ne pas se faire éteindre). Alors peut-être certains choix lors du mixage sont-ils à incriminer. Il est vrai que mettre en avant un organe peu puissant ou ne bénéficiant pas d'un traitement ad hoc à l'enregistrement conduit immanquablement à une sensation gênante de légèreté, voire de précarité vocale. Un jeune groupe (comprendre des musiciens-qui-mangent-des-patates-toute-l'année-pour-se-payer-le-studio !) n'a certainement ni le temps ni les moyens de se payer Dennis Ward, Sacha Paeth et consorts. N'en demeure pas moins ici une impression de juxtaposition (plus que d'osmose) entre la voix et les autres instruments. A mon sens, cela gâte la qualité technique et mélodique des compositions et annihile, par manque d'ampleur, les velléités épiques de cette musique. Si le choix était de ne pas enregistrer un clone de Tarja Turunen (les lignes de chant évoquent d'ailleurs plusieurs fois ce que fait Anette Olzon sur le dernier Nightwish), c'est réussi mais… Ca laisse peser sur les épaules de la chanteuse la (trop) lourde tâche de se débrouiller (avec difficulté) des passages aigus et d'assurer (peu de cacahuètes) sur les envolées lyriques. Ca fait beaucoup, quand même ! Ou peu… (des fois c'est un peu faux et la mise en place paraît bancale comme sur Mysteries of the Stars et Celestia , par exemple).
En conclusion, Resolutio laisse entrevoir de réelles qualités mélodiques. Auspex propose des compositions bien construites et agréablement variées au plan des sonorités. Les interventions des différents instruments sont équilibrées et leurs arrangements soignés : l'impression d'ensemble est harmonieuse. Mais le traitement sonore de la voix lead cadre mal avec ce style musical ambitieux. J'espère que l'interaction chant/orchestration sera repensée en vue du prochain album, que j'attends déjà.

P.S. Bien cette pochette de style crobard, qui nous change judicieusement des habituels donjons et dragons !

Le site : www.auspexmusic.com

Bouteil Bout

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