AXEL RUDI PELL Diamonds Unlocked
Spv

Axel Rudi Pell se veut être le guitar-hero teuton. Ex du groupe Steeler, il possède une solide discographie en solo depuis 1989 et a joué avec de grosses pointures (Jeff Scott Soto, Rob Rock, Jörg Michael, j'en passe). Le gus est déjà un habitué des compilations (de son propre répertoire) puisqu'il a commis Ballads I et II. Entouré (depuis 98) de Johnny Gioeli (vocaux), Mike Terrana (batterie), Volker Krawczak (basse) et Ferdy Doernberg (claviers), il semble nous lancer, comme s'en vantait naguère Coluche, « y disent que j'dis que des conneries, maintenant, j'vais dire les leurs ! » et nous offre tout un album de reprises.
Mais on n'a pas le droit, lorsqu'on possède un tel bagage technique et une carrière, de faire preuve d'aussi peu de sens artistique ! En effet, s'il n'y a rien à redire sur le niveau technique, il n'y a rien non plus à trouver au plan de l'inspiration. Et d'inspiration il s'agit pourtant, puisque Pell se déclare fan de ces titres qu'il aurait voulu reprendre dès qu'il les a entendus (dixit le dossier de presse).
Des reprises métal, plus ou moins fidèles aux morceaux originaux (et donc plus ou moins personnelles), il en existe déjà beaucoup. Quand elle sont bien faites (avec du beurre dedans), elles proposent des arrangements typés ou une relecture novatrice, voire les deux. Pour être parfaitement honnête, celles-ci n'apportent rien. Ah, si… Une prod bien digne des années 80 (c'est la mode en ce moment). Va donc pour le son de gratte tout droit sorti du Pride de White Lion (remember Vito Bratta, ses tics à la Van Halen et ses jolies Ray-Ban), du solo à la Zygwigwie (période « je suis pas inspiré mais j'enregistre c'que j'veux ») et un chant (certes très correct) furieusement hard FM (top moderne, donc). Pourtant, en vieux tromblon rivé à Led Zep, Blackmore, Dio, Coverdale et autres Aerosmith, je ne suis pas hype pour un sou (on ne saurait me reprocher de traquer la « tendance »). Mais même sans être une fashion victim … Question créativité, on atteint ici des sommets de platitude (balèze, hein ?), de redite et de vacuité qui confinent au rien. C'en serait presque une expérience zen… si ce n'était pas aussi énervant à écouter !
Bon, de quoi s'agit-il ? De titres à oublier ! Warrior des excellents américains de Riot : préférer l'original à sa copie. Un Beautiful Day version mornes plaines qui fera sûrement bien rigoler les fans de U2. Heartbreaker de Free qui n'a pas fait marrer du tout l'admirateur de la paire de Paul (Rogers et Kossoff) que je suis. Stone , de Chris Rea : ne connaissant pas l'original, je laisse ici le bénéfice du doute. Rock The Nation de Montrose… ouaip. Like a Child Again (The Mission)… mouais.
Won't Get Fooled Again des Who : alors là, t'avais pas le droit, coco ! Sous prétexte de « dépoussiérage », ce titre culte perd toute son énergie rock originelle, faite de hargne rentrée : la voix manque de dynamique (n'est pas Roger Daltrey qui veut) et les rythmiques métal apparaissent affreusement linéaires en comparaison des moulinets légendaires de Pete Townshend. Y'a vraiment des trucs auxquels ‘faut réfléchir avant de toucher !

En fait, Axel Rudi Pell doit être dopé (comme les coureurs du Tour de France)… C'est pourquoi il franchit si aisément le Pic du Grand N'importe Quoi avec In The Air Tonight de Phil Collins. Il fallait oser ces effets synthétiques cheap , oser revisiter sans aucune trouvaille ce gold dont le traitement voix/batterie a marqué son époque, oser encore ces soli foireux. Et le bougre tient 8mn30s avec cette daube ! Cependant, grâce à cette reprise, je me sens rétrospectivement moins nul… Moi aussi, je l'ai chantée, cette chanson, accompagné par une gratte saturée, un synthé et une paire de bongos ! C'était pour un spectacle… de fin de colo. Merci Mr. Pell.

Des onze morceaux, seule la version ballade acoustique du Love Gun de Kiss est sauvable. Pour le reste, je déplore le choix de titres déjà navrants de platitude en V.O. (ah ! Fools Game de Michael Bolton !) et une interprétation à la bière (molle du bide, donc) qui ne décolle pas. On a beau (méchamment) se dire que c'est « halleumand » (ce qui excuserait une forme de pesanteur ?), ça ne groove jamais (il se serait fait tôler par Manu Katché à la Nouvelle Star !) La célèbre sentence opposée par ses détracteurs au personnage de Mozart dans l' Amadeus de Forman est ici applicable : « trop de notes ». Car les parties lead sont inutilement bavardes et manquent cruellement de… relief ? personnalité ? créativité ? Manifestement, personne n'a jamais pris la peine d'expliquer à Axel Rudi Pell qu'il ne suffit pas de rajouter du solo à un ancien morceau pour appeler cela un réarrangement. Résultat : ce disque est m'as-tu-vu, futile et ennuyeux.

En conclusion, l'album très dispensable d'un guitariste qui se regarde jouer.

- « Garçon, deux lexomil Ô , un café et l'addition, SPV ! »

P.S. J'ai fait l'effort d'expliquer (il se trouve que je suis payé à la ligne  J ) mais j'aurais pu simplement donner dans l'expéditif (et néanmoins exhaustif !) en reprenant à mon compte un vieux titre des VRP (groupe alternativo-minimaliste français des années 90) : Nul à Chier .

Sinon, Pavarotti étant récemment décédé, je crois que j'ai un concept pour le prochain album d'Axel…

Le site : www.axel-rudi-pe l l.de

Bouteil Bout

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