BONFIRE Double Vision DVD
LZ Records /Underclass

Un bon concert de hard rock, ça vous dit ? C'est ce que vous découvrirez si vous placez ce DVD (de 110 minutes) de Bonfire dans le mange-disque… Pour moi, Bonfire faisait partie des groupes éphémères ayant connu le succès durant la vague « hard FM » des années 80 : j'étais resté au tubesque Hard On Me de 1989 et n'étais pas allé chercher plus loin. Je n'ai pas suivi leur carrière depuis lors et les avais un peu rapidement catalogués comme sous-produits de Bon Jovi, en un peu plus hard et moins inspirés. Erreur ? Pour l'originalité, je ne saurais dire mais, à la vue de ce DVD, force est de reconnaître qu'il s'agit d'un bon groupe qui a bien vieilli. Ils ont su renouveler leurs arrangements, les débarrassant du surplus de fioritures FM, délaisser les poses à 2 balles de pseudos rebelles-play-boys et opter pour une attitude scénique directe, sans chichi, entièrement dédiée à leur musique. Bon, c'est sur qu'à se nourrir de chips et s'abreuver de « Waza ! », ils ont pris des rides et du bide, les poseurs de 1989…

Venons-en à la prestation du groupe. Manifestement, l'interprétation des compos s'est donc à la fois asséchée et alourdie, pour le plus grand bien du rendu scénique. Efficacité est le maître-mot. Le chant, souvent un peu trop nasillard à mon goût, de Claus Lessmann est remarquablement complété par des chœurs agréablement bien placés. Sans être éblouissantes, les interventions lead de Hans Ziller sont incisives et percutantes, bien loin des « effets de manche » un peu ridicules entrevus dans les clips. Derrière, Jürgen Wiehler coupe du bois pour l'hiver, tandis que devant, le bassiste Uwe Köhler headbang (il n'a que ça à faire ?). Quand au second guitariste, Chris Limburg, il fait discrètement son boulot à gauche de la scène. Bon, ce ne sont pas de grands showmen mais c'est carré, ça cogne fort et le frontman emmène ses troupes. Même s'ils sont peu démonstratifs, les musiciens semblent se faire plaisir et le public de Nottingham (vous savez, il y a là un célèbre shérif), un peu statique (à l'image du jeu de scène du groupe), apprécie. Je vous recommande tout particulièrement les anciens titres Don't Touch The Light, American Nights, Ready For Action ('87), ainsi que deux plus récents : le morceau d'ouverture Day 911 (2006) et l'excellent Under Blue Skies de 2001, à l'ambiance plus heavy et au refrain accrocheur.

Question technique, ce concert anglais de novembre 2006 est bien filmé, sans débauche d'effets visuels. On peut prendre le temps de regarder jouer les musiciens, qui sont bien cadrés (tient, il va le chercher où cet accord ? etc.) La prise de son est très bonne, le rendu (5.1 dolby digital) équilibré entre les instruments. Ca n'a pas l'air d'avoir eu besoin de 220 000 retouches sur la voix et donc les treize morceaux ne ressemblent pas à une suite de vidéo-clips (je ne vise personne mais suivez mon regard jusqu'au dernier live de Whitesnake) !

Côté bonus, du lourd ! Rétrospectivement et en comparaison de leurs dégaines de bikers sudistes (plutôt gros nounours que real bad boys, en fait), les costards de minettes arborés dans les clips d'il y a vingt ans livrés en bonus font bien marrer… Il était tout mimi (et pas franchement à son aise) le chanteur, en clone de Joey Tempest (avec brushing) ! Bon c'était l'époque où ils avaient tous le même coiffeur recommandé par « caniche peroxydé magazine », de Jon Bon Jovi à Coverdale, en passant par les Def Leppard, Quiet Riot et consorts. Ca faisait « californian attitude style » (en français : gros naze de la côte ouest), et accessoirement vendre des disques, aussi. Je ne m'étendrais cependant pas sur le sujet, de peur qu'un copain dévoué (ou pire, un membre de ma famille) ne retrouve et mette en ligne un cliché sur lequel je porte une veste à franges, des tiags, un foulard qui brille et une dent de requin à l'oreille (oui, j'ai vécu cet âge d'or !) En plus de ces cinq clips rigolos-kitch (on ne se les passe pas en boucle non plus), nous avons droit à trois titres, filmés durant le festival Rock gegen rechts (anti extrême droite en Allemagne), dont une reprise bordélique du Sweet Home Alabama de Lynyrd Skynyrd. Dispensables, donc. Tout comme les « tranches de vie » derrière la scène qui n'apportent absolument rien (le gratteux s'accorde, le batteur se tape les cuisses, le bassiste boit, le chanteur fume en répondant à une interview : arrêtez, c'est trop d'infos tout ça !)

En conclusion : le DVD d'une prestation plus qu'honnête, bien rodée, efficace bien qu'un peu sage. Ce groupe allemand est à rapprocher des « petits » vins du Sud-Ouest, plus abordables et tout aussi goutus, dont on découvre finalement qu'ils se bonifient autant qu'un Bordeaux. Donc, si Bonfire ne joue pas en « Champions League » (aux côtés de Led Zep, Purple, Black Sabbath, Maiden, Helloween et autres Scorpions), ils se classent sans problème en 1 ère division dans leur catégorie « hard rock qui bouge ton cul ».

P.S. Plus le bide pousse, plus les cheveux tombent (proverbe allemand).

Le site : http://www.bonfire.de

Bouteil Bout

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