GREAT WHITE Back To The Rhythm
Frontiers Records

Mais qu'est il donc arrivé au Grand Blanc ? Ben il a vieilli, ma bonne dame, comme nous tous… Et puisque c'est la mode, il se reforme pour fêter ses 25 ans ! Oubliés les divergences internes au groupe, les mauvais souvenirs de concert-incendie, les déboires du chanteur avec l'alcool et les drogues. Il est de retour. A-t-il encore la dent longue ? Il faut se rappeler que Great White, célèbre pour sa reprise du Once Bitten Twice Shy de Ian Hunter, était un groupe de hard classieux, teinté de blues et de rock, doté d'un bon chanteur et produisant des disques à la fois léchés et sonnant assez live . C'était dans la seconde moitié des années 80…

Même si ce nouvel album veut débuter en forme de résurrection ( Back To The Rhythm ), on s'aperçoit vite que le poids des ans a voûté l'aileron du squale. Jadis montés sur ressorts, les membres de Great White seraient-ils à présent voués aux déambulateurs ? Pas à ce point mais force est de constater que leur dernier effort est mou du genou et souffre d'arthrose. De là à les classer (avec Bon Jovi et Def Leppard) parmi les ex-groupes de hard rock…

C'est à peine si on reconnaît les californiens, ne cherchez donc pas les titres groovy, directs et hargneux. Ici, ça veut sonner Rolling Stones ( Standing On The Edge lorgne sur Gimme Shelter sans jamais se hisser à sa maléole) mais au taquet ça sonne FM et à l'heure (vite venue) de la sieste, c'est country-guimauve pour les cow-boys ! Les morceaux sont répétitifs et s'étirent paresseusement en longueur (combien de fois les refrains nous sont-ils resservis ?) Les soli sont convenus et manquent de relief. Décidément, tout cela a déjà été entendu, en plus enlevé. On se prend plusieurs fois à espérer, à l'écoute d'une intro basée sur un bon petit riff mais on déchante vite. On sait pourtant la bande à Jack Russell fan de Led Zep mais jamais l'ombre du dirigeable ne plane dans ce ciel plombé uniquement par la pesanteur des compositions. Et que dire des paroles, si ce n'est que la pauvreté et la mièvrerie de certaines sonne ridiculement dans la bouche d'un gars de 45 ans lorsqu'il chante les mêmes bluettes qu'à 20 ans (« J'ai encore faim/Et j'ai faim de toi/Est-ce que t'as faim de moi ? » en français dans le texte, sic !) (Chambourcy oh oui ?)*

Un bon point tout de même, lorsque Russell assume son âge et explore un registre plus grave et posé : on retrouve alors son timbre agréable, souvent râpeux, étoffé de maturité et encore assez vert pour tenter des incursions (réussies) dans les aigus et la sphère saturée ( Neighborhood ). Il nous surprend même avec la très douce et claire ballade finale Just Yesterday . A noter aussi (en bonus au pressage européen) la reprise (fidèle à l'original) du 30 Days In The Hole d'Humble Pie, où Russell montre qu'il peut émuler aussi bien Steve Marriott que Robert Plant.

Alors, en tant qu'amateur de ce groupe (certes de seconde division mais qui sonnait toujours rock), j'aurais apprécié de retrouver sa cohésion (qui n'a pas faibli) au service de compositions plus audacieuses. Pas ces titres insipides traînant la papatte. J'ai constamment eu envie de commuter ma platine en mode 45 tours (mais c'est un lecteur optique, dommage). Les mid-tempi font du sur-place ; ils ne sont pas heavy, juste lents et… plats ( Was It The Night ). Les ballades puent la fatigue à plein nez (I'm Alive, How Far Is Heaven ? ) On ne peut pas dire que cela soit mal joué, c'est en place mais ça ne décolle juste jamais. Seuls les trois derniers titres de l'album sont à sauver du désastre (dont une cover et une ballade, bonjour les rockers…) Bref, n'emportez pas ce disque en vacances, il alourdi inutilement le sac (c'est bien pour les beaux yeux d'Ess et pour mettre en ligne sa chronique à temps que votre serviteur l'a fait, lui !)

En conclusion, point de gros son, une inspiration réduite au clin d'śil, des titres à se pisser dessus tellement ils sont contredits par la teneur du contenu ( Still Hungry  : ouarf, ouarf !) A essayer pour s'endormir au soleil ?

P.S. Empruntez plutôt Once Bitten, Twice Shy ou Sail Away/Anaheim Live à votre grand frère pour prendre la juste mesure du Grand Blanc lorsqu'il avait encore des dents.


Le site :  www.mistabone.com

Bouteil Bout

(* note de ess qui s'étonne que Bouteil'bout ait manqué ça...)

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