JADED HEART Sinister Mind
Frontiers Records

Jaded Heart n'est pas un perdreau de l'année… Ce groupe a sorti un disque remarqué dans le registre hard mélodique (IV en 99). Après un changement de chanteur-compositeur retentissant, (Michael Bormann était le leader jusqu'en 2004), voici le deuxième album avec Johan Fahlberg au micro. Avec une pochette (laide à faire fuir un adepte du graffiti de chiottes d'autoroute) qu'on dirait sortie d'un remake à trois sous d'Albator version Hell's Angels, les allemands partent avec un handicap visuel. Ca à l'air d'être un concept chez eux (voir les sept albums précédents). Ceci dit (Brahim), j'ai déjà vu du pas beau à l'œil très agréable à l'oreille (les grimaces de Brian Johnson, le bide de Jorn Lande ou le nez de Loreena McKennitt, dans un tout autre registre)…

Mélangeant les ingrédients d'un hard FM classiquement flashy et d'un heavy un peu poussif lorgnant volontiers sur un power à l'allemande (mais sans jamais atteindre le pli des chaussettes des célèbres citrouilles de la grande époque -Kiske- ni du mec-à-tête), Jaded Heart nous offre une galette de prime abord assez entraînante mais qui révèle rapidement son manque de saveur et de personnalité. On y trouve certes des mélodies entêtantes, des refrains clinquants comme des miroirs de bordel, des chœurs à la pelle mais on cherchera malheureusement en vain la « patte du chef », ce petit truc (ou ces gros moyens, c'est selon) qui donne le ton d'un album et son identité musicale à un groupe. De plus, si certaines compos recèlent un vrai potentiel, soit leur traitement final les dessert, soit la sauce manque de liant (les soli arrivent souvent comme des cheveux sur la soupe).

Niveau points forts, signalons un mélange des genres parfois surprenant mais qui a le mérite d'avoir été osé. Il consiste en l'insertion de breaks atmosphériques ou prog ou heavy dans des morceaux globalement plutôt orientés FM. Le titre Hero , même si ses ficelles sont (très) grosses, est sacrement efficace (« … the Eeeeye of the tiiiger ! ») : encore un morceau qu'on va détester aimer ! Crush That Fear clôt l'album dans cet esprit crossover sympa. Nous avons aussi un vocaliste très correct, au timbre agréable, doté d'une tessiture adaptée au style, sachant moduler ses effets et faisant preuve de capacités dynamiques certaines. Les pistes de batterie d'Axel Kruse sont intéressantes, malgré une couleur sonore un peu terne. Les claviers de Henning Wanner sont présents, sans surcharge. Un bon point pour la basse de Michael Müller, qui ressort bien au mix (évident sur Hero ), sans étouffer l'ensemble (c'est pas Metallium). Le guitariste Peter Östros nous offre des rythmiques solides, quoiqu'assez convenues ainsi que des interventions solistes incisives ( See The Light) mais souvent « téléphonées » (inspirées par Louis Bertignac, donc). On a, il faut bien l'avouer, plusieurs fois l'impression d'avoir déjà entendu ailleurs tel plan, tel riff ou telle sonorité. Alors soit Jaded Heart pêche par scolarité (le syndrome de la citation), soit il pompe honteusement (après avoir entendu le refrain de My Eager's Red , personne ne pourra douter que Future World ait beaucoup tourné sur leurs platines)… Ah ! Être et avoir été…

Tiens, j'ai dérivé vers les points faibles, moi… Ben, maintenant que j'y suis… Euh, y'a quand même un petit problème de créativité, non ? Après un début très accrocheur (qui a dit racoleur ?) avec le titre Hero , on passe à du gros FM ( Justice Is Deserved ), puis au titre éponyme, rendu bancal par son hésitation entre plomber l'ambiance (les couplets heavy) ou décoller (le refrain FM). Ca se gâte dès la plage 4, le superflus ( To Please And Give In ) le disputant au franchement dispensable ( Open Your Eyes, Heavenly Devotion ) et l'emphase boursouflant des chansonnettes se prenant pour des hymnes. Question inspiration de l'écriture et subtilité des arrangements, un titre comme Going Under , fait allègrement passer n'importe quel morceau d'Hammerfall pour du Mozart ! Alors, d'accord, Jaded Heart ne fait pas du progressif (enfin si, ils essaient sur My Eager's Red ), mais ça n'interdit pas un peu de finesse, ni de travailler les enchaînements… Car les différentes parties de la plupart des compos semblent juxtaposées, sans réel soucis d'unité ni de cohérence. Et vas-y que j'te plaque mon solo… Allez, les gars, enchaînez ! Tiens, tu veux un break ? Hey, le batteur, un petit roulement ? Et si on harmonisait à la tierce ? Feu ! les chœurs. On monte d'un ton pour finir le morceau ? On remarque un gros travail pop sur des refrains qui, du coup, contrastent parfois exagérément avec le reste, quand ils ne viennent pas carrément contredire le ton des couplets (celui de Sinister Mind a un côté « siffler en travaillant » désarçonnant).

Je ressens aussi un problème général de production, malgré la présence des expérimentés Chris Lausmann (ex-Bonfire) et Michael Voss (qui joue dans Mad Max avec Kruse) aux manettes. Ca sonne dépassé, plomb-plomb et sans beaucoup de relief. Alors que plusieurs compos donnent dans la soupe en boîte (le tétra-pack, ça conserve), certains refrains laissent pourtant un goût de moisi ; quand on ajoute des arrangements pompiers et un son FM 80's… C'est l'écœurement qui nous guette ( Always On My Mind ). Je suis méchant ? Bah oui. Et pourquoi ? Parce que ! 

En conclusion, malgré du savoir-faire et de bons produits de base, la recette de ce Sinister Mind reste un peu sur l'estomac pour finir par tomber dans les chaussettes : trop lourde et pas assez relevée. A généreusement arroser de bière pour faire glisser… En rotant bien ça reste acceptable.

P.S. Merci de l'attention que vous avez bien voulu porter à cette première chronique culinaire et… Bon appétit (for destruction ?)

Le site : www.jadedheart.de

Bouteil Bout

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