RIVERSIDE Rapid Eye Movement
Spv

C'est trop bon, parfois, de bosser pour Ultrarock… Ah ! Le plaisir de la découverte ! Ca me donne envie de citer ce grand philosophe français de la fin du 20 ème siècle, Michel Colucci. Encore ! se diront les fidèles de mes chroniques mais, bon, j'assume mes références… « - On a un (nouveau) [groupe]. - Ouais ! - Il est polonais. - Ahhh… » Je sais, il le fait avec le pape, mais ça marche aussi avec un groupe... Ceci pour annoncer que Riverside est originaire du pays des plombiers (sic !) et que ces quatre lascars (Piotr Grudzinski, guitares, Mariusz Duda, basse et chant, Michal Lapajse, claviers et Piotr Kozieradzki, batterie) se proposent de donner à la Pologne ses lettres de noblesse progressive…
Déjà deux EP (Riverside en 2003 et Voices In My Head en 2005) et deux albums (Out of Myself en 2003 et Second Life Syndrome en 2005) au compteur, Riverside sort son troisième effort (celui de la maturité ?) S'inscrivant dans la lignée des géants Dream Theater et Symphony X, ils n'hésitent pas à convoquer les mânes des Ancêtres (le Floyd, Genesis période Gabriel), se réfèrent aux anciens rois (Marillion période Fish, Pendragon) et ont assimilé des influences plus récentes (Porcupine Tree, Opeth, Ayreon). Cette année 2007 est décidément riche en parutions néo-progressives de qualité et la relève parait assurée. Riverside rejoint ainsi le cercle (qui s'élargit) des jeunes groupes nordiques prétendant à la perpétuation du genre.
Pour qualifier la musique de Riverside, atmosphérique est l'adjectif qui me vient spontanément. J'ai écouté les premières plages de Rapid Eye Movement au volant sous un orage noir : ça produit son petit effet… Avec une écriture subtile, qui privilégie les ambiances à la démonstration technique et une interprétation sensible et habitée, Riverside a enregistré un disque à la fois dense, émotionnellement chargé et percutant. D'évidence, les tempi plutôt lents reflètent une gamme de sentiments allant de la mélancolie à la tristesse, en passant par l'angoisse, l'amertume, etc. Nous ne sommes apparemment pas en présence de gais lurons s'éclatant sur California Girls , ni de pétomanes priapiques drogués s'égosillant sur Smokin' In The Boys Room  ! Non, ici on serait plus proche de Baudelaire que de Jango Edwards. On traite des maux de l'âme et des blessures intérieures, selon une approche que je qualifierais de cérébrale (sans que cela renvoie à une prise de tête musicale alambiquée, absconse et incernable).
Les références citées plus haut sont clairement identifiables : l'ombre du Floyd plane sur tout l'album, les passages de guitare tout en douceur/gravité rappellent Steve Rothery, la batterie mise en avant (dans une moindre mesure, évidemment) comme les montées en puissance évoquent Dream Theater et le chant renvoie à Porcupine Tree. Si Riverside ne révolutionne pas le genre, il ressert des influences proprement digérées, évitant le piège du mimétisme et propose des compositions intelligentes autant que sensibles, rehaussées de subtils arrangements, soucieuses d'équilibrer les interventions (comme l'interaction) des différents instruments. De la belle ouvrage, en somme, qui devrait intéresser les fans de King Crimson et Rush. Bref, vous voici avertis : nous sommes en bonne compagnie !
Quelques mots sur le chant, qui me permettront de mettre en valeur un bassiste (une fois n'est pas coutume). Car Mariusz Duda est pour beaucoup dans la personnalité de Riverside. Déjà, sa basse, on l'entend (donc c'est pas du D.T !) et avec des effets, s'il vous plaît (la disto sur 02 Panic Room , par exemple). Un bassiste-chanteur-compositeur au timbre chaleureux et posé, ça vous rappelle quelqu'un ? Mais oui, Geddy Lee. Bon, le style vocal fait penser à Porcupine Tree et j'avoue que je n'aurais pas refusé en prime quelques envolées comme en sont capables des James LaBrie, Russell Allen ou Jorn Lande. Mais bon, ce n'est pas le style et ce registre calme (osant jusqu'au monocorde), usant d'effets synthétiques, participe de l'identité sonore du groupe. Pour l'anecdote, à propos du traitement de la voix, l'effet utilisé accentuant son aspect nasal, c'est rigolo de retrouver certaines intonations de Brian Molko sur la deuxième plage de l'album… Au final, un grand bravo pour ce mariage voix lead peu démonstrative mais très expressive et guitare donnant dans l'émotion (avec motifs répétitifs et petits soli paradisiaques) ; un travail à la hauteur de celui de Nick Barrett avec Pendragon.
Les titres à retenir ? Comme souvent dans ce style, l'album forme un tout cohérent dont l'ambiance repose sur l'enchaînement des différentes plages et extraire un morceau de son contexte risque d'affaiblir son impact émotionnel. Je vous signale tout de même ceux qui m'ont le plus accroché : 02 Panic Room, Schizophrenic Prayer, Cybernetic Pillow, Ultimate trip (je sais, ça représente la moitié de l'album mais quand c'est bon…)

En conclusion : j'ai découvert Riverside avec cet album et je cours me procurer ses prédécesseurs ! Et vous ?

P.S. Hey, attendez… Videz déjà les bacs de Rapid Eye Movement !

Le site : www.riverside.art.pl

Bouteil Bout

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