STAN BUSH In This Life
Frontiers Records

En paquet de 10, à la douzaine, en boîtes de 24, à la tonne, à la pelle, en bâton, en cubi, en tetra pak et impeccablement formatés, voilà comment Stan Bush vous sert ses tubes ! Le tout sous une pochette New Age aux belles couleurs relaxantes. Bon, le gars part avec un petit déficit d'image, à cause de son patronyme… Mais, bien qu'encore peu connu de ce côté de l'Atlantique, c'est un vieux routier du songwritting, le genre Desmond Child (pour Bon Jovi), Jim Vallance (pour Bryan Adams et Aerosmith) ou Mick Jones (Foreigner), un spécialiste de la mélodie imparable arrangée au cordeau. In This Life est son 10 ème album, un produit hyper léché. Très (trop ?) propre : tout y est juste, ordonné, millimétré.
Question style, on est quelque part entre le rock californien à haute maîtrise technique de Toto et le hard FM inspiré de Foreigner. On y trouve des réminiscences de Journey et de Chicago, l'influence de producteurs perfectionnistes obsédés du son comme Alan Parsons et Giorgio Moroder. C'est très policé, les sonorités sont briquées tels les chromes d'une BM de parade. Évidemment, ça a les défauts de ses qualités : balisé de bout en bout, pas de surprise, c'est fait pour la radio. Ne cherchez pas le son crade qui fait roots , tout a été passé au M. Propre ! Tant de production peut lasser, d'autant que les claviers sont parfois omniprésents (franchement ringards sur This Moment , le pire du disque) et que certaines constructions de morceau font un peu « faciles ». Mais il faut reconnaître que l'efficacité de l'ensemble le rend attrayant. La couleur est annoncée d'entrée et elle est flashy, nostalgique des 80's. Là où Stan Bush est fort, c'est qu'il réussit à présenter un disque, certes un peu trop « propre sur lui » mais toujours classe. Souvent à la limite du has been, mais d'une ringardise distinguée ! Par exemple, I Never Fall ouvre le disque avec des arrangements dignes de l'Eurovision et rappelle des compos du type The Eye of The Tiger  ; efficaces mais sur lesquelles on a honte de hocher de la tête ! La voix est pour beaucoup dans la réussite des morceaux : à la fois suave et nuancée, sachant balancer un bon gros refrain comme se faire plus douce et sensible sur les ballades. Mélodique en montant dans les aigus, elle rappelle celle de Peter Cetera ; sur les morceaux plus hard on pense à Joe Lynn Turner.
Donc le rendu est plus pop que rock dans l'esprit mais n'hésite pas à recourir à la grosse artillerie. Vous pourrez toujours chercher les soli de gratte (a pas), mais le travail de l'instrumentiste-producteur Holger Fath à la six cordes est très efficace (gros son). On peut toutefois regretter le nombre (trop) important de ballades. Dès la plage 3, I Can't Cry engourdit l'auditeur et serait totalement insipide si n'était la montée imparable au refrain. Puis viennent en plage 5 le dispensable et gnan-gnan Waiting For You , et en plage 6 une nouvelle invitation lacrymale, The First Time , avec ses violons bidons façon B.O.F., que n'aurait pas reniée Bon Jovi dans ses pires moments guimauve, époque New Jersey… Heureusement, la seconde partie du disque envoie suffisamment de bois pour nous sauver de la noyade dans la soupe ! Ne soyons pas bégueules et reconnaissons qu'il est agréable de se laisser prendre et emporter par ces mélodies sucrées (sans mièvrerie) et leurs arrangements certes un peu envahissants. Et puis quoi, on peut s'accorder un peu de fast singing de temps en temps, zut ! Que celui qui n'a jamais regardé une série ricaine à 2 balles ni mangé au burger jette à Stan Bush la première pierre (enveloppée dans un Télérama ou un Courrier International)…
Les morceaux à signaler. I Got A Thing For You (et ses harmoniques saturées marrantes) et Long Long Way sont dans la lignée du Hughes/Thrall de 1982 (quand même !) Take It All The Way et son refrain immédiatement mémorisable (bonjour pour s'en débarrasser si vous partez bosser avec !) Le morceau-titre au message spirituel et la ballade acoustique de clôture, Southern Rain , accompagnée par le guitariste Rocket Richotte.

En conclusion (mitigée), un hard FM classieux, chic et parfois un peu toc. Mou du genou et limite cliché quand même, ce qui rend la troisième écoute de l'ensemble déjà lassante. C'est le revers de la médaille pour des compositions immédiatement mémorisables, leur côté kleenex.

P.S. Attention donc à l'abus de produits musicaux sucrés, ayant les mêmes effets pervers que la boisson gazeuse impérialiste du même type ! Pour faire bonne mesure et contrebalancer la meringue, voici quelques suggestions d'écoute : Appetite des Guns, Led Zep I, London Calling des Clash. Sinon, mettez-vous à un instrument et tâchez de trouver 2/3 enchaînements couplet/refrain aussi bien troussés que sur ce disque, ça relativisera les critiques éventuelles…

Le site : www.stanbush.com

Bouteil Bout

www.ultrarock.net                                                               design essgraphics