EUROPE
" Almost unplugged "

EUROPE Almost unplugged, Live at Nalen, Stockholm, jan. 2008
Universal Music

Ah ! Europe… Toute ma blonde jeunesse ! (enfin mes courtes expérimentations avec l'eau oxygénée…). Le heavy metal accédant enfin au Top 50 : la veille du Grand Soir, en quoi ! Après avoir représenté la quintessence du groupe de hard auquel tout réussit, la bande à Joey Tempest avait sombré dans l'oubli, sur la West Coast et sous les ricanements. Au début des 90's en plein essor grunge, point de salut pour les icônes du hair métal ! Ils refont surface en 2004 avec l'excellent album « Start from the dark », qui marque également le retour du guitariste originel John Norum (qui avait quitté le navire à l'entrée du virage american FM/mou du genou). La dream team à nouveau réunie, l'expérience en plus (tout le monde sauf Tempest a, entre autres choses, accompagné l'immense Glenn Hughes sur scène ou en studio) et le feeling intact, on allait voir ce qu'on allait voir… Et on a vu le retour en grâce de musiciens pétris de talent, débarrassés du verni laqué à paillettes de groupe de bellâtres à minettes. Suit « Secret society » en 2006. Et maintenant ce live « presque débranché » (faussement acoustique), composé de titres du groupe et de reprises réarrangées à la sauce authentique.

Waouh ! Le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils sont en forme ! Tempest, qui n'a pourtant plus grand chose à prouver, nous rappelle tout de même qu'il est un remarquable chanteur doublé d'un mélodiste rare. Bien sûr, il ne monte plus aussi haut qu'il y a vingt ans mais son timbre sensuel et chaleureux s'accommode à merveille du registre bluesy dans lequel il évolue aujourd'hui, tout en sensibilité d'interprétation. Norum quant à lui nous donne à entendre qu'il est Le guitariste d'Europe, le tenant du « canal historique » heavy surtout. Il gratifie son auditoire de soli pleins de panache, inspirés autant qu'incisifs. La section rythmique Haugland/Leven est comme à son habitude irréprochable de solidité et groove sévère. Mais la (bonne) surprise vient surtout de l'usage parcimonieux des claviers de Mic Michaeli et des arrangements du meilleur effet, reposant sur la collaboration avec un quatuor à cordes.

La tracklist couvre toute la carrière du groupe, exhumant même un Memories rarement joué sur scène, morceau du premier album, à la fois rafraîchissant et délicieusement suranné. On a droit aux récents Got to have faith et Forever travelling (mais pourquoi diantre ne pas avoir retenu l'excellent Start from the dark  ?) auxquels s'ajoutent des reprises, hommages aux groupes ayant inspiré Europe ( Wish you were here de Pink Floyd, Love to love d'UFO, Since I've been lovin' you de Led Zeppelin et Suicide de Thin Lizzy). Quatre titres interprétés avec beaucoup de feeling en restant très proche des originaux (au temps pour la réappropriation). Ceci dit, ne faisons pas la fine bouche, c'est déjà assez gonflé de reprendre le blues déchirant et oh combien casse-gueule du Dirigeable.

Avec entrain et professionnalisme, servis par des arrangements classieux et un son impeccable, la bande à Tempest a définitivement redoré son blason. Ce Live at Stockholm n'est peut-être pas le meilleur show (almost) unplugged jamais réalisé (parce qu'il y a eu avant lui Five Man Acoustical Jam de Tesla et Unledded de Page & Plant) mais il n'en demeure pas moins une réussite. Sensibilité et choix artistiques judicieux sont les maîtres-mots de l'affaire. Manifestement Europe a pris plaisir à jouer et cela s'entend. Les réorchestrations ont été bien pensées et mettent en valeur les compositions originelles du groupe. Dreamer (à mon sens leur meilleure ballade) est superbement dépouillée : c'est ainsi, sans trop d'artifice qu'on vérifie la solidité d'une compo. Yesterday's new , pourtant exhumée de la période « j'me pète la classe américaine » passe très bien l'épreuve semi-acoustique. Mais le must , c'est The final countdown , hit planétaire revisité, amputé de son inénarrable « tututu-tut, tututu-tutut… » de synthé remplacé avec goût par de (vrais) violons veloutés. Une gageure, le morceau étant justement identifié par son riff d'intro.

Au final, la prise de risque est limitée car le caractère semi-acoustique de l'album permet à Norum de faire mumuse avec sa chère pédale Wha et de s'éclater en solo électrifié quand bon lui semble. Mais il faut reconnaître que l'équilibre entre sa lead et l'acoustique dont Joey Tempest ne se sépare pas de tout le set est harmoniquement fort agréable à l'oreille. Du coup, même le kitchissime Rock the night passe comme une lettre à la poste dans sa version débridée « on se lâche comme quand on était jeune », tant le plaisir de l'interpréter est communicatif.

Les titres à retenir : Forever travelling , Devil sings the blues , Dreamer , The final Countdown , hero , Memories .

En conclusion, les vikings ont la classe et démontrent avec ce live (à ceux qui en doutaient encore) qu'Europe n'est pas un groupe de ringards has been . Débarrassée des scories FM US et de sa gangue de claviers pompiers à la Journey qui ont participé à l'étouffer dans les années 90, leur musique nous est offerte sous son meilleur jour : mélodieuse, puissante, racée et jouissive. Europe demeure un groupe phare du heavy. A la fois cerise sur le gâteau d'une carrière déjà avancée et porte d'entrée pour la découvrir, ce disque est à conseiller à tous les fans ainsi qu'aux jeunots n'ayant pas goûté au charme des compositions des premiers albums.

P.S. Je rajoute un compliment ?

Le site : www.europetheband.com

Bouteil Bout






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