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WHITE LION Return of the Pride
Frontiers Records

Ami vieux, voici venu le temps, non pas de l'Ile Aux Enfants mais de ta petite séquence nostalgie annuelle C'est le printemps : les fleurs poussent, les cheveux aussi, « les gueules de loup boutonnent, Félicie aussi ! » et ceux d'entre nous qui utilisaient du biactol en 1985 vont couver d'un regard embué le dernier opus du Lion Blanc fraîchement reformé (qui a dit « lui aussi » ?)

Ce disque pourrait avoir un impact proustien sur toute une génération (oui, c'est le fameux « effet Madeleine »). Que celui qui n'a jamais porté de santiags à pointes métal, jamais enserré sa tignasse (naissante ou non) d'un bandana rouge (ou rose fluo : « She's My Cherry Pie »), « celui qui n'a jamais été seul » (oups, j'ai oublié de sortir la compil' de Garou de mon lecteur), celui qui n'a jamais effiloché ses jeans délavés pour en customiser les trous, que celui-là, qui n'aura certainement pas découvert les Guns'N'Roses, Helloween, Joe Satriani, Europe et autres joyeux drilles hard&heavy-pop-glam-hair metal de la fin des années 80, que celui-là donc me jette la première pierre pour avoir sauté sur l'occasion de chroniquer le retour du charismatique Mike Tramp ! Le grand frère de cette galette (le fameux Pride, un carton en 1987) était un sacré bon disque de hard rock, tendance FM couillu (avec pas mal d'effets de manches, comme on dit au Barreau de Paris et chez les gratteux). Voici donc la relève : comme chez les mousquetaires, Vingt ans après Une gageure.

Ceci écrit, attention ! Amateurs de rock FM mâtiné de hard et nostalgiques des 80's, allez-y, vous ne serez pas déçus du voyage. La voix est toujours aussi bonne, forcément plus mature donc un poil plus chaude et moins haut-perchée (ça n'est pas déplaisant), un peu moins pêchue aussi (dommage). Mais ceux qui auraient apprécié une relecture des fondamentaux de White Lion, assaisonnée à la sauce 2008 en seront pour leurs frais. Encore une fois, c'est le syndrome du disque de chanteur ! Parce que pour une reformation, des membres originels ne reste que Mike Tramp. Exit donc Vito Bratta (qui louchait comme Clarence, si je me souviens bien, ce qui est un comble pour le guitariste d'un lion !) et ses effets pyrotechniques (très) fortement inspirés par Van Halen. Exit aussi la section rythmique rentre-dedans de la première époque. Tous les instruments semblent au service du vocaliste (ce qui, si on met de côté la langue de bois, signifie que tout est sous-mixé !) Pour moi, aucun doute possible : le principal reproche à adresser à ce disque concerne la prod'. Avec de telles pointures, on était en droit d'attendre un son autrement plus compact et percutant. C'est particulièrement vrai des guitares qui sonnent légères et produisent un son métallique (mais au mauvais sens du terme, tendance fer blanc). Et de nous servir une alternance de mélasse (les mid-tempi dans lesquels on s'englue) et de guimauve (arrêtez avec les ballades, m*****) !

Pourtant, il y a des bonnes idées sur ce disque, tant dans les compositions que dans les lignes mélodiques développées au chant et aux guitares mais on ne retrouve pas le côté hard du lion albinos, qui ressemble plus aujourd'hui au fils illégitime de Jon Bon Jovi et de Brian Adams qu'à un grand carnassier du metal. J'ai donc pleuré mes souvenirs émus de titres tels que Lady of the Valley, Wait ou When the Children Cry en espérant vainement leur trouver ici des successeurs.

A noter le surprenant choix du mélange des genres pas vraiment abouti sur Sangre De Cristo, qui lorgne vers le prog' sans vraiment en faire et l'option apparemment parfaitement assumée, elle, de donner dans le Bon Jovi grand teint (oh, ben je ne compte même plus les titres, tiens !)

En conclusion, pour une fois, le plumage se rapport effectivement au ramage et l'emballage ne ment pas sur la marchandise : White Lion est bien mort et reste sa carcasse (voir la pochette) !

Lisant, vous l'aurez compris, la chronique d'un ancien fan, déçu, il vous reste à tempérer vous-même la (maintenant légendaire) mauvaise humeur (chronique aussi, celle-là) du Mr. Bout pour conclure qu'on à affaire à un honnête album de rock US à l'ancienne, dépourvu de grande originalité mais cependant bien interprété par un chanteur de talent (qui a murmuré « surtout pour l'imitation de Jon Bonjiovi » ?)

P.S. F*** les CD voice-overed ! ! ! Je songe à fonder une association pour la défense des oreilles des chroniqueurs et la préservation des ambiances musicales (si vous souhaitez cotiser, signalez-vous sur le forum d'Ultrarock).

Le site : www.trampswhitelion.com

Bouteil bout