Y & C
" Gimme the sound "

Y & C Gimme the sound
Nocturne / Why Note

Le cinquième album de notre guitar hero hexagonal accro au blues est né de la collaboration de Yann Armellino avec le chanteur Chris Caron, compatriote expatrié à Boston. Ici, point trop de note bleue ni de référence à Robert Johnson, le style dominant est un mélange de hard pépère (tendance AOR) et de sonorités US à écouter en décapotable au long de la route 66.

Je l'avoue de suite, je n'ai pas trop accroché. Mais pour des raisons (que la raison ne connaît pas) de goût et de sensibilité. Certainement pas à cause d'un déficit d'interprétation ou de composition. Ici tout est léché, du son à la prod (un peu glaciale quand même), en passant par l'usage de la technique instrumentale (toujours au service de l'écriture musicale, jamais stérilement tape à l'il). C'est un disque de gratteux qui a voulu faire des chansons et on y entend la collaboration avec son chanteur. Cependant, l'interprétation de Chris Caron reste à mon goût trop sur la réserve, feutrée, comme s'il s'excusait de chanter (à moins d'une limitation dans les aigus ou d'un manque d'entrain de type GastonLagaffien). Bref, c'est mou. Tous les titres chantés me renvoient immanquablement aux côtés qui me gonflent chez Bon Jovi (les relents country plomb-plomb) ou les Rolling Stones (l'engourdissement chimique). Le plus énervé, It's a nightmare every morning , s'apparente au Footloose de Kenny Loggins, c'est dire si c'est du heavy ! Du coup, les influences par moments évidentes des Stones, Led Zep, Aerosmith ou Tesla ne sont qu'évoquées par les sonorités et la déception est au rendez-vous question énergie. D'autant que (désolé pour lui) Chris Caron ne parvient à reprendre le flambeau des grands chanteurs de hard (accent, diction et attaque manquent parfois cruellement). Quand les lignes de chant ne sont pas carrément bancales : I just wish I could be Home illustre cela, heureusement sauvé par son long solo plaintif à la wha.

N'en demeurent pas moins d'indéniables qualités de composition et d'arrangements. La guitare acoustique est particulièrement bien employée pour soutenir et agrémenter les rythmiques. La lead propose quant à elle des soli accrocheurs, agrémentés parfois de jolies trouvailles privilégiant radicalement la mélodie à la démonstration (le plan cirque sur I remember yesterday ). La construction des titres instrumentaux est fort agréable, ne perdant jamais l'auditeur dans les méandres de quelconque délire de spécialiste ou autre branlette de manche ( Oversea et Isle of jura ). A noter les invités prestigieux que sont Patrick Rondat (qu'on ne présente plus), venu choruser sur After the tour et Gildas Arzel (du groupe Canada, une étoile de la galaxie Goldman), illuminant de son toucher Armorik'n'Roll .

En conclusion, les amateurs de rock californien et autres productions américaines à guitares à la fois virtuoses et policées seront ravis de découvrir que les frenchies ne sont pas en reste dans le style. Attention toutefois de ne pas rechercher dans l'écoute de ce langoureux Gimme the sound des sensations plus extrêmes voire tout simplement heavy rock : cela reviendrait à se tromper de crémerie. Je ne peux m'empêcher de regretter que cet album reste le postérieur entre deux sièges, instrumentalement talentueux mais ne proposant pas une réelle appropriation de références qu'il se contente trop souvent de reproduire sans les transcender.

P.S. Bon, c'est pas parce que c'est trop mou pour moi que c'est mal fait. Je me dois de rendre à Armellino ce qui lui appartient et reste trop souvent l'exception plutôt que la règle : un grand soliste qui s'adjoint les services d'un chanteur pour écrire et se mettre au service des compositions au lieu de se cantonner à l'habituel rôle d'accompagnateur.

Le site : www.yannarmellino.com + http://www.myspace.com/yannarmellino

Bouteil Bout






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