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BLACK HEAT SHUJAA
" Blaak Heat Shujaa "

BLAAK HEAT SHUJAA Blaak Heat Shujaa

Improvising Beings

Allez, pour les fêtes de fin d'année Ultrarock vous offre une surprise comme on n'en fait plus : un groupe original français ! Blaak Heat Shujaa est un trio parisien (du moins, basé à Paris) officiant dans le genre Stoner / Desert Rock, scène pourtant quasi-inexistante par chez nous... Créé en 2008 à la faveur d'une rencontre impromptue en classe (pas très glamour hein) entre Thomas Bellier et Antoine Morel-Vulliez, futurs guitariste et bassiste de BHS (selon Thomas ce serait un sticker « Fender » sur son cahier qui aurait attiré Antoine... ca ne s’invente pas), « Black Light Black Heat » se forme... Oui, car « Blaak Heat Shujaa » n'est venu qu'après. Après quoi ? Après que le clin d'œil au Velvet ne paraisse plus si drôle, que les gars ne se rendent compte que le simple « Black Light » était déjà utilisé depuis belle lurette, que la graphie pseudo-hollandaise « Blaak Heat » ne suffirait pas à les disculper de plagiat, et, enfin, qu’Antoine ne ramène le mot « Shujaa » (terme Swahili pour un guerrier héroïsé) d'un séjour en Afrique. Pendant ce séjour, de Tanzanie en Ouganda semblerait-il, Thomas est à L.A., lui. L'Afrique, la Californie, les guerriers mystiques et le désert... voilà apparaître l'inspiration de BHS.
Aussitôt rentrés au bercail, cette inspiration pousse directement les deux gars à composer ce qui ne tardera à devenir leur présent album éponyme. Pour ce faire, Thomas et Antoine se recentrent autours du trio qu'ils forment avec le batteur Timothée Gacon (Antoine avait enrichi la formation d'un clavier et d'une seconde guitare, abandonnés d'un avis commun), et partent outre-Atlantique en quête des services du patriarche Scott Reeder. Malgré la réputation du bonhomme, les choses se passent apparemment très bien et font carrément passer BHS à un autre niveau. D'abord, leur inspiration éclate. Scott est installé aux portes du désert, la nature est à deux pas, ainsi que la réserve indienne Morongo, et travailler dans ce cadre, surtout de nuit, transcende leurs précédentes expériences « désertiques ». Ensuite, c'est purement et simplement BHS que transcende Scott : exit la pauvre réverb à 2 balles sur le chant et autres tics Stoner, Scott leur trouve LEUR son, fait d'effets psychédéliques personnels, d'instruments ambiants (vous entendrez même des sonnettes de serpent sur cet album !) et de basse motrice (on ne se refait pas après une carrière chez Kyuss, n'est-ce pas ?).
Le résultat est déroutant pour le premier album d'un groupe issu d'une scène aussi pauvre que le Stoner français : BHS ne plagie personne, mais cultive ses propres idées. Neuf plages très instrumentales dominent le plus d'une heure de l'album, neuf plages teintées de tout ce qu'on a dit, et bien plus, de Psychedelia, de chant enveloppant, de lignes de basse dynamiques, d'esprit Desert... Le chant est assuré par Thomas et Antoine mais est surtout là pour enrober les lignes instrumentales omniprésentes et persistantes.
L'écoute de l'album est déroutante, et l'on a du mal à positionner stylistiquement le groupe dès les premiers morceaux. Les premiers titres comme « High on altitude » ou « The brown buffalo » déroulent des bourdonnements faits de sitar et maracas, des guitares western et des effets psychédéliques plus ambiants qu'autre chose, avant que les plus rares mélodies ne viennent pointer leur nez, et plus tard encore les rythmiques Stoner : « MIA », « Where you at »... Et encore, ce Stoner est loin d'être si clair que ca : c'est parfois un motif de guitare harmonisé traditionnellement, parfois une ligne de basse plus typique (« The pest »), parfois un simple solo bourré d'effets, et plus rarement une réelle rythmique lourde et boueuse, comme pour « Where you at » ou « Let a thousand parks bloom ». Au-dessus de cette hétérogénéité de l'écriture vient de superposer une couche de diversité stylistique venant encore brouiller les pistes : si « High on altitude » semble faire référence à la musique d'ambiance, les influences de « Sinaliakarma » et « The pest » sont beaucoup plus modernes, et celles de « Let a thousand parks shine » piochent allègrement en dehors du cadre du Stoner.
Tout cela est déroutant, mais étonnamment riche, surprenant et passionnant. L'instrumentation est fine, l'esprit omniprésent, les idées multiples et variées... bref, on ne s'ennuie pas. Certes, certes, à force d'encenser l'album j'en oublie d'être critique, et je me dois de mentionner deux-trois choses ici plombantes, car certaines sont assez lourdes. Premièrement, il règne sur quasiment toutes les pistes (à part peut-être « Moon » et quelques autres) une mollesse générale, autant vocale qu'instrumentale, rythmique et sonore. Ca, c'est le plus déroutant pour moi, car les productions de Reeder échappent en règle générale à ça. C'est parfois atténué par l'adéquation avec l'esprit de l'écriture (on l'oublierait presque le temps de « The brown buffalo »), mais parfois dérangeant, donnant comme une impression brouillonne (le solo même de « The brown buffalo » n'y échappe pas). L'écriture même, parfois, manque de direction, n'est pas assez ancrée... les derniers morceaux, plus « durs » (dans l'esprit hein, tout l'album étant uniformément vaporeux), échappent à ce travers par leur simplicité plus prononcée, mais les premiers en souffrent... et malheureusement, ce sont les plus intéressants. Ces deux « tares » sont bien françaises et leur apparition chez BHS n'est donc pas si surprenante, mais cela gâche le plaisir de voir surgir « comme de nulle part » des outsiders là où l'on s'y attendait le moins. Car on a beau être en fin d'année et avoir vu défiler bien des choses en cet an de grâce 2010, rien ne m'a plus surpris que ce groupe, de mémoire... Un tel premier album ne se basant sur rien d'établi mais étendant ses tentacules assoiffées de tout son, toute sensation intéressante... c'était un réel plaisir. Une démarche honnête, curieuse, et surtout très personnelle, se démarquant totalement de leurs prédécesseurs et ne se basant que sur leurs envies personnelles.
Malgré la création extrêmement récente du groupe, on ne s'y trompe pas et les critiques élogieuses affluent, bien que difficilement audibles dans les conditions actuelles. Cela pourrait être réparé assez tôt, BHS étant déjà en quête d'un tourneur. Une fois cette réputation dûment méritée établie, ils seront en mesure de proposer un successeur à ce digne nouveau-né, s'étant apparemment déjà remis à écrire... C'est tout le bien que je nous souhaite à tous.

Le site : www.blaakheatshujaa.com + myspace.com/blaakheatshujaa

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