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JORN
" Dio "

JORN Dio

Frontiers Records

Le genre : ton père tu honoreras.

16/05/2010. Une fois de plus, le rock est orphelin. Ronald James Padavona alias Ronnie James Dio est mort et c'est le métal qui perd son père. Qui va nous faire ces petits sourires en coin malicieux, maintenant ? Qui va nous faire vibrer de sa voix à la fois claire et puissante (qu'il tenait des exercices de souffle destinés à maîtriser le cor et la trompette) ? Commençons par remercier Ronnie pour toutes ces années de heavy metal ! Rappelons ici qu'il avait débuté dans les années 50 (cuivres, basse et rock'n'roll). Que la grenouille chantante du Butterfly Ball de Roger Glover, c'était lui (si vous avez 30/40 ans vous avez vu ce dessin animé en interlude télévisuel). Qu'il avait refondu son groupe Elf en Rainbow, autour de Ritchie Blackmore en rupture de Deep Purple. Puis qu'il s'en était allé remplacer Ozzy chez Black Sabbath, quittant un Rainbow s'orientant trop FM à son (bon) goût. Que c'est lui qui a donné aux graisseux de tous poils leur signe de ralliement : la fameuse mano cornuta de sa grand-mère italienne. Qu'il était respecté pour son talent et apprécié pour sa simplicité et son accessibilité, lui qui ne compensait pas sa (toute) petite taille par un énorme melon. Bref, un seigneur.

En vrai, tout le monde connaît le secret de famille : le métal est rejeton de partouze… On sait bien qu'un soir de biture, Blackmore, Dio, Tony Iommi et Ozzy, mutuellement abusés par leurs dispositions capillaires, ont fauté ensemble : chacun croyait taper le bœuf (non, pas Franck) alors qu'ils se tapaient leur gratteux ou chanteur respectif (et vice-versa). Bref, les quatre larrons enfantèrent le métal au début des années 70, faisant de leur engeance le cadet du hard (né quelques temps auparavant dans la chaleur torride du Summer of Love, de la rencontre dans un dirigeable plombé de couleur pourpre profonde, d'un afro-amérindien aux dents en forme de médiator et d'une Cream -brûlée, forcément-). Plus récemment, une autre naissance mythologique monstrueuse a eu lieu à la fin des années 90 : celle du demi-dieu nordique Jorn, fruit de l'union de la déesse de l'Amour (avec une grande queue blanche) Coverdale et du dieu forgeron Dio. Au jeu du plus rapide, Jorn dégaine donc logiquement le premier afin de rendre à son Di(o)eu de Papa l'hommage qui lui est dû. Oui, je sais, c'est pas cohérent car normalement, un dieu ne meurt pas mais ça, c'est dans les légendes et ici, c'est d'Histoire dont il s'agit.

Reprenons : le disque. Jorn, du Dio, ça faisait déjà longtemps qu'il en chantait. En reprise comme en compos (!) voilà en effet un moment qu'il a repris le flambeau. Il n'a jamais caché son admiration pour l'elfe italo-américain et, alors qu'on a beaucoup glosé au début de sa carrière internationale sur ses intonations coverdaliennes, force est de constater sur ses derniers albums solo une évolution stylistique franchement « Heaven and hellesque ». Préparait-il déjà la succession, comme dans les grandes dynasties, en alourdissant ses compositions ? Dio, l'album, ressemble à une régularisation. C'est aussi la réparation d'une injustice : il avait déjà honoré sa mère (de son vivant, qui plus est) en assurant la front place de The Snakes (de la paire… de grattes Moody/Marsden). Ici la filiation vocale est juste évidente, même lorsque Jorn ne se contente pas d'émuler son idole. Cette voix puissante et chaude, capable de s'envoler dans les aigus comme de briller dans les graves, ne cherchez pas, c'est le gène Dio ! On ne reprochera pas pour autant au Duke de plagier car il avance à visage découvert dès le premier titre, «  Song for Ronnie James » , spécialement composé pour l'occasion, en célébrant la mémoire d'une des plus belles voix du métal (la ?) Et l'hommage, il le rend, le bougre ! Une chose est sûre : le prince est digne du Roi.

Entouré de 3 gratteux (l'habitué Tore Moren, Jgor Gianola et Tor Erik Myhre ), de Nic Angileri à la basse et de Willy Bendiksen à la batterie, Jorn a choisi de privilégier Dio-le groupe et son premier album, Holy Diver (1983) avec 5 titres. Seul le medley (version 2010 du titre déjà enregistré en 2007 sur “Unlocking the past”) “ Lonely is the word/Letters from earth” illustre la période Black Sabbath (Heaven And Hell ‘80/Dehumanizer '92). “ Kill the king” (Long ive Rock'N'Roll '78) étant chargé d'évoquer Rainbow. Le son est gros et gras, modernisé et bien défini, au regard des versions originales. Si l'organe de Lande supporte aisément la comparaison avec la voix de Ronnie, je déplore une forme de surenchère dans la lourdeur. On a voulu actualiser et épaissir le son et ça s'entend : accordage des grattes plus bas, disparition de nombreuses parties de claviers mais conservation étonnante de sonorités estampillées Bontempi . Le rendu n'est pas toujours du meilleur effet et les chansons ne s'en trouvent pas forcément améliorées. C'est une question de goût mais, au-delà d'un travail sur la définition des instruments et le gain, il n'était pas nécessaire de systématiser ce toilettage, le côté heavy ne provenant pas que des arrangements, loin s'en faut, mais surtout de l'interprétation et de l'ambiance émanant d'une composition. Si vous vous demandez de quoi je cause, réécoutez… Je sais pas… «  Iron man » de Black Sabbath, au hasard. Je sais, c'était avec Ozzy et non Dio !

Mon principal regret : le manque de nuances. Non que je soupire après des ballades qui ont tendance à farcir certains albums mais le sieur Lande donne volontiers dans l'agressif et néglige un peu trop l'émotion. Pourquoi focaliser ainsi sur une seule facette du talent vocal de Dio et par conséquent restreindre son champ d'interprétation ? Un choix artistique étonnant qui, en taillant dans la palette émotionnelle, uniformise les ambiances et limite le plaisir auditif. Euh, un autre regret : la reprise de Rainbow, expédiée au taquet, monolithique, à laquelle manque cruellement le côté aérien du jeu de Blackmore. Et cette remarque de me faire penser que le son de la gratte lead est, lui aussi, très uniforme tout au long du disque et que son jeu manque de nuances (ah bon, déjà écrit, ça ?)

Les titres à retenir : “ Song for Ronnie James” (long de 8 minutes mais pas lassant), Push (tiré de Killing The Dragon, 2002) , “Stand up and shout” (la niake), “Lord of the last day” (bon titre repris du moins populaire Magica, 2000) , “Sacred heart” (un tube) , “Lonely is the world-Letters from earth” (du lourd) , “Straight through the heart” (grosse pêche live ).

En conclusion : un bel hommage, qui rate le qualificatif « incontournable » pas excès de poids et manque d'équilibre. Un peu étouffe-chrétien… En même temps, pour un tribute to Dio, ça va bien dans le thème, hein !

P.S. Comme quoi c'est pas si simple de construire une track list , même avec beaucoup de bons titres. Moi, j'aurais mis plus de titres excellents (de Rainbow, donc !) Mais bon, je suis qui, moi, avec ma voix de canard et mes trois accords de blues ?

Le site : www.jornlande.com

Bouteil Bout






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