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SPOCK'S BEARD
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SPOCK'S BEARD X


Le nouveau Spock's Beard! Après 10 mois d'attente, voici le 10e album du groupe maudit par son propre pays. Maudit pour sa musique, maudit pour sa sensibilité, pourtant indiscutablement américaine... Je m'écarte, là, reprenons : 10e album, donc, très à propos baptisé « X », de même que leur cinquième se nommait « V », comme pour marquer la fin de deux époques. Quatrième album studio sans Neal Morse, il est également leur premier hors du label Inside Out. Mais le groupe n'a pas resigné pour autant ailleurs, et a préféré produire ce disque de ses propres deniers. Ou plutôt, ceux de ses fans, ayant lancé sur le net un appel à précommander le produit 10 mois avant sa sortie... Idée douteuse, mais couronnée de succès, car voici en temps et en heure ce disque, qui je vous le révèle d'emblée est une réussite artistique autant que technique, et les heureux contributeurs se voient récompensés de fort belle manière : le morceau bonus « Their names escape me » leur est entièrement dédicacé et chaque donateur sans exception peut s'y entendre personnellement nommé! Elégant...

Fort élégant, même, mais passons aux sept autres pistes. Et je commencerai par les deux plus longues, la centrale et la dernière. La centrale d'abord, nommée « From the darkness », car c'est la plus révélatrice. Débutant par un déroutant riff Hard limite Glam (tendance Aerosmith ou Mötley Crüe) débouchant sur une partie Metal suivie d'un solo Shred, elle révèle une première partie extrêmement linéaire tout juste ponctuée de quelques interventions d'orgue. Autrement dit le groupe semble vouloir prendre son propre contre-pied de toutes les façons possibles. Évidement, vu la durée du morceau il ne va pas en rester là, mais il va le faire de fort belle manière : cette entrée en bouche se conclut par une guitare de plus en plus présente et une batterie de plus en plus forte, comme pour persister dans leur détermination, mais débouchant en fait sur un étonnant break atmosphérique, de l'autre côté duquel nous attend une partie Prog 90s démentant leur intention d'origine, et même traversée d'un solo tellement old school qu'on les soupçonnerait schizophrènes, soupçon que pourraient confirmer les traces Floydiennes et Kansasiennes, mais qui laissera place à votre totale incrédulité lorsque vous verrez revenir la rythmique de la plus logique façon du monde... Puis, pour ne surtout pas vous laisser le temps de vous rassurer sur leur santé mentale, ce n'est plus Pink Floyd ou Kansas qui viendront jurer mais un piano introduisant une partie seventies à base de guitare Funk et basse à la Uriah Heep , prolongée d'une ligne mélodique encore plus seventies et avec rien moins qu'un changement encore pire au bout, avec harmonies vocales, recyclage du son de Strawberry Fields et de l'orgue de Uriah Heep. Nouveau changement de la part de la guitare pour vous achever en même temps que cette excellente compo. Spock's Beard a donc voulu se diversifier au maximum, mais dans une logique de mélange et d'emprunts naturels, aux racines du Prog ou aux styles avoisinants c'est à dire avec goût et lucidité. Cette maturité se retrouve également dans l'agencement de l'album qui montre une parfaite cohérence avec cette idée : « From the darkness » conclut une première partie d'album composée d'un instrumental où l'on retrouve des emprunts aux seventies musicaux (ici ELP) et instrumentaux (guitare Wah, orgue), et de deux pièces très Prog, très Spock's Beard et parsemées de ces mêmes idées : il s'agit de « Edge of the in-between » et « The emperor's clothes » le premier présentant basse et claviers Funk seventies, influence de Styx et architecture alambiquée, le deuxième cuivres, ligne mélodique Rock , breaks vocaux et rythmes jazzy. Spock's Beard présente donc sa face Prog et moderne très affirmée mais envahie d'emprunts. Une fois cela fait, il nous propose une seconde partie d'album où il décide de faire autre chose, comme pour ne pas focaliser leurs efforts sur un seul but, ou bien nous montrer leur liberté musicale. J'ai choisi de présenter cette face grâce à « Jaws of heaven » qui conclut l'album, après deux titres stratégiquement placés entre elle et la première moitié. « Jaws of heaven » arrive après une intro intriguante où mon oreille croit retrouver la ligne de Carmina Burana (pas de commentaires), intro derrière laquelle l'instrumentation prend discrètement ses droits et amène le thème, d'une lumineuse mélodicité. L'orchestration prend tout aussi naturellement et délicatement sa place, sur laquelle se superposera une partie guitare/clavier renversante de finesse. Le final est fait d'orchestration un rien Morricone (toujours pas de commentaires) et guitares solistes à l'ancienne... C'est donc un côté beaucoup plus mélodique et sensible de Spock's Beard qui nous est ici exposé, qui au final fait parfait contrepoids à la recherche « intellectuelle » de la première partie, mais avec un naturel déconcertant. C'est une musique tellement personnelle qu'on ne sait trop quel sens lui attribuer et en fait il n'y en a pas. C'est du ressenti. Je la rapprocherais des seventies où « Prog » rimait avec liberté et non complexité. Le morceau fait suite à une composition nettement moins longue mais du même acabit, au thème et à la mélodie si parfaits que sur le coup je me suis dit qu'ils auraient dû en faire le morceau final mais je ne savais pas ce qui m'attendait derrière... Le raccord avec la première partie est assuré par quelques bruitages empruntés à I Am The Walrus, et pour le reste c'est mélodie, simplicité et feeling, qui plus est servis par un son impeccable (je le précise car là on approche de la perfection). Le morceau précédent, « The quiet house » qui fait donc le lien entre ce duo gagnant et le début du disque, n'a pas été placé là par hasard, vu qu'il est constitué d'une mélodie Prog traditionnelle et de guitares Hard Rock, d'harmonies vocales et de rythmiques plus Metal, le tout faisant fréquemment référence au Prog des 90s... Une transition parfaite, donc.

Pour un album parfait? Presque, serait-on tentés de répondre. Mais évidement il a ses travers. Sans doute du à un excès de zèle (complications forcées sur le morceau d'ouverture par exemple). Mais ce qui est brillant c'est la volonté des musiciens, et leur concept : une sorte d'équilibre entre équilibres, entre une face moderne qui est elle-même un équilibre entre leur nature Prog et des emprunts variés, et une face mélodique qui est aussi un compromis entre les racines du Prog et la sensibilité mélodique des artistes. L'album parfait n'existe évidement pas, mais c'est le meilleur album que pouvait réaliser le groupe à ce stade de sa carrière. Et surtout ce choix artistique promet du bon pour le 11e Spock's Beard... je l'attends déjà.

Le site : www.spocksbeard.com  + myspace.com/spocksbeard

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