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JOHN WAITE
" Rough & Tumble "

JOHN WAITE Rough & Tumble

Frontiers Records

Vous avez pu lire dans ces pages une chronique de l'album live « In real time », à l'occasion de laquelle je me permettais de remémorer le nom de John Waite, de plus en plus oublié... Leader des Babys au début des années 80, il accède ensuite en solo au statut de voix marquante de la décennie avec des choses comme « Missing you » qui, pour moi, ne resteront marquantes que par la voix de John, pour peu qu'elles le restent... Non, votre serviteur se permettait surtout de vous remémorer l'aventure Bad English à laquelle John prêta sa voix pour deux albums à posséder.

Depuis, plus grand chose, si ce n'est quelques collaborations plus (Keith Reid, Ringo) ou moins (Alison Krauss) intéressantes... on ne peut pas dire que John ait marqué les 90s (en revanche, elles, l'ont marqué, comme cet album l'indiquera). « In real time », donc, révélait un John désireux d'avancer, entouré d'un groupe restreint mais très solide avec un guitariste comme Luis Maldonado, pour un retour à l'essentiel. C'est avec cette même formation qu'il donnera naissance à « Rough & Tumble », première livraison studio depuis 2007. Et nouveau pas en avant. John ajoute une carte à son jeu : Kyle Cook de Matchbox 20. Ce n'est pas moi qui vais trouver à y redire, la guitare étant ce que j'apprécie le plus chez ce groupe au feeling assez roots. Et le choix n'est pas innocent car John veut aller encore plus loin que l'honnête live « In real time ».

Pour aller dans ce sens, John et Kyle se retrouvent à Nashville pour enregistrer, puis le groupe vient enrober l'album de cette couleur que nous apprécierons dans les lignes qui suivent en une session particulièrement inspirée à Los Angeles. Comme pour « In real time » le titre se veut révélateur : cet album est en effet épuré et allégé. Au bout de trente ans de carrière John ne regarde toujours pas en arrière (et heureusement, d'autres se chargent suffisamment de nous resservir les eighties) mais au contraire semble chercher une certaine maturité qui peut-être lui faisait défaut. Et cela donne des perles : le morceau-titre qui ouvre l'album est un Rock dépouillé, épuré et allant à l'essentiel. Le son est sincère et le chant aussi, quitte à dévoiler une certaine faiblesse par rapport à ses heures de gloire. Une sensibilité Blues commence à affleurer, comme l'ont connue un Plant ou un Coverdale une fois atteint leur âge de raison... Bref, c'est parfait.

Seulement, il n'y a pas que des réussites... Certains morceaux typés Pop moderne ne parviennent pas à se débarrasser de cette tare leur collant à la peau. Ainsi, « Shadows of love » et « If you ever get lonely » ne présentent, pour moi, que peu d'intérêt. Pour faire bonne mesure, le père Waite va aller chercher à droite à gauche de quoi relever la barre. Et, ma foi, les idées ne vont pas faire défaut : à côté de « Rought & tumble », l'autre grande réussite du disque est, à mes oreilles, sa reprise du « Sweet Rhode Island red » de Ike & Tina. Bien que son relookage Blues texan soit contestable vu le thème Louisianais du morceau, le mélange de nervosité et sobriété dont il fait preuve atteint le même degré de perfection que le morceau-titre.

Un autre élément déterré par John et auquel je faisais allusion est une certaine tendance à aller puiser dans les 90s, une époque où certes une certaine retenue apparaissait après les années 80, mais où les goûts « exotiques » étaient plus justifiés qu'aujourd'hui... Quoi qu'il en soit, John se permet de nous livrer un « Peace of mind » détonnant ne ressemblant à rien qu'il ait déjà proposé, ainsi qu'un « Love's goin' out of style » tout aussi détonnant mais fort intéressant : cet esprit 90s s'y retrouve fondu dans une ambiance lourde de Piano Bar pour une fusion encore inédite. L'esprit y est rendu par un solo extrêmement inspiré de Kyle et un accompagnement typé cuivres savamment fondu dans le tout... du beau travail.

C'est également du côté de la décennie passée (je veux dire les 90s j'ai encore du mal à me faire à 2011) que John va chercher pour « Evil », un titre cette fois-ci dans la lignée des « rockers adultes » de l'époque, genre Chris Rea si vous voulez. Le son y est parfait, en symbiose totale avec l'esprit, presque déconcertant pour notre époque. Quelques emprunts sont consentis à d'autres époques, avec un beau « Better off gone » au son très ample plutôt West Coast (j'y verrais un rien de Eagles tardifs), et un « Further the sky » en forme de Blues lent mais toujours avec cet esprit (et ce son !) direct et authentique. Sur ce dernier titre la voix de John est en parfaite adéquation avec le morceau, ce qui n'est pas toujours le cas. J'ai mentionné certaines faiblesses et l'on atteint malheureusement un nasillement à la Gillan assez désagréable sur « Sweet Rhode Island red » où son organe est le plus poussé.

Du côté de l'instrumentation, en revanche, rien à redire. L'esprit est respecté à la lettre, on sent presque les musiciens vibrer en studio, lors de cette séance californienne que j'imagine donc particulièrement habitée... A part ces faiblesses de John, donc, qui ne dérangent même pas outre-mesure, vu l'honnêteté affichée des enregistrements, seules ces compositions moins inspirées viendront rendre notre écoute moins intéressante. Et pourtant, ils auraient pu faire un effort, « Skyward » le prouve : un orgue intemporel, une mélodie vivante, assez américaine (de Kyle ?), et le morceau passe l'épreuve du format ballade et des arrangements Pop contemporains. Voilà.

Quoi qu'il en soit, l'esprit de l'album est à fleur de peau le long de ces dix titres. Je toucherai un mot des deux bonus aussi car ils ne sont pas dépourvus d'intérêt : « Mr Wonderful » est un remake du titre de son premier album. Seulement, le Rock se voit troqué contre un arrangement au rythme Jazzy tellement intéressant qu'il mérite mieux que ce statut de bonus ! Quant à « Hanging tree », c'est une magnifique ballade à la sensibilité indéniable et à la légèreté exceptionnelle (autre chose que la tartine « If you ever get lonely » qui nous a été servie !) écrite pour le film « Me & Will » mais toujours pas disponible discographiquement. L'édition bonus le permet, permettez-vous donc aussi de l'acquérir, les deux morceaux ne sont pas si dispensables.

Le site : www.johnwaite.com + myspace.com/johnwaite

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