JOHN WETTON
" Raised In Captivity "
J O H N   W E T T O N
Raised In Captivity
Frontiers Records

La discographie de John Wetton est déjà longue comme le bras de King Kong et continue à s'allonger, avec ce « Raised In Captivity », sixième opus sorti sous le nom solo de John. Sa biographie n'est pas en reste et je ne la rappellerai donc ici à personne.
Je me contenterai de dire que si elle force incontestablement le respect, certains, comme moi, trouvent matière à redire sur certains de ses soubresauts musicaux qui les satisfont moins que d'autres plus prestigieux . Point important lorsqu'une de ces personnes (de nouveau moi en l'occurrence) aborde une œuvre solo de John.

Pour dire globalement ce qu'il en est de ce dilemme, j'annonce dès ici que « Raised In Captivity » va piocher dans plusieurs coffres du grenier de John et n'est donc pas destiné à un seul type de fan… Tant mieux. En revanche, le type auquel je n'appartiens pas est privilégié. D'abord avec « Lost for words » qui ouvre l'album sur une note violement 90s, ce son 90s moderne à l'époque qui ne l'est plus vraiment, cette vision du son inchangée depuis pour John. Billy Sherwood officie aux manettes, et ca s'entend (on pourrait croire à un mauvais Yes des 90s). Mais John assume : « Je voulais que l'inspiration et énergie urbaine chaotique » (de L.A. où il a enregistré) « se juxtaposent à la beauté naturelle offerte par la Californie ». Très clairvoyant, mais tu l'as déjà fait il y a 15 ans John, et ca n'est pas resté dans les mémoires. Même le solo de Steve Morse, trop discret, ne sauve pas ce titre.

Car John ne puise pas que dans ses diverses ressources stylistiques, non, il invite pratiquement toutes ses connaissances – elles aussi diverses et variées – à la fête. C 'est ainsi que ce bon vieux Robert Fripp vient inévitablement poser ses parties sur le morceau-titre, tout aussi 90s mais mieux arrangé, et que le guitariste autrichien Alex Machacek vient relever un « The last night of my life » au son franchement embarrassant… 90s, Asia-friendly, ringard. Mais cette compo plus simple passe mieux. Voilà déjà quatre titres dans la même veine déroutante…

Heureusement, même si cette direction domine, elle laisse assez d'espace aux 7 autres titres pour me satisfaire : Il y a d'abord cette fibre folklorique que John n'a jamais tout à fait quitté et qui illumine « Goodbye Elsinore » et « Steffi's ring », peut-être le plus beau titre de l'album, pourtant enregistré avec Geoff Downes, mais là rien à voir avec Asia… Le titre est léger, court, respire… et brille. Quant à « Goodbye Elsinore », c'est un titre tout aussi Folk illuminé par les cordes de Steve Hackett (et ce type a prouvé à plusieurs reprises qu'il sait y faire dans ce registre !), inspiré, et pour cause comme son titre l'indique : il a été conçu durant la traversée de Helsingor au Danemark (Le Elsinore de Hamlet) à la Suède voisine… Même les sons électroniques s'y fondent merveilleusement, de même que cette tendance Rock Héroïque rétro. Rien à redire.

Les autres penchants de « Raised In Captivity » sont, entre autres, le Rock, avec « The human condition », chanson étonnamment lourde, pourtant enregistrée avec Tony Kaye de Yes, ainsi que « Don't misunderstand me », tout aussi éloigné de son style puisque c'est un (bel) hommage à la Pop à l'ancienne, nous rappelant au passage combien John c'est aussi une voix. Celle-ci, pour en toucher un mot, ici assez rauque, est de façon générale de plus en plus nasillarde, ce qui n'est pas gênant sur des titres comme « The last night of my life », mais qui couplée aux effets de « The human condition » la rendent désagréablement proche de l'organe d'un Gillan… Ce dernier titre, pour en finir avec lui, présente plus que tout autre la face Prog du travail de John, dans les chœurs, plutôt Saga ou autre Prog lourd mais ca fait du bien de retrouver ca chez John.

Ce qu'on ne retrouvera pas, c'est le génial fouillis musical d'un Family évidement, oublié depuis belle lurette, ou la flamboyance du retour de Uriah Heep avec « Return To Fantasy ». Mick Box fait néanmoins partie de la liste des invités avec son apparition sur « New star rising », tellement Pop 90s qu'il constitue malheureusement le moment le plus dispensable de l'album… Citons, malgré cette déception, les deux derniers titres de l'opus, tout d'abord « The devil and the opera house » co-écrit avec un très vieux partenaire, Richard Palmer-James, et bénéficiant de la présence de Eddie Jobson (de UK pour ceux qui ne le remettent pas, le premier super-groupe de Wetton avant Asia, auquel il aurait bien fait de se tenir…), dans une veine rétro comme les premiers titres mais bénéficiant grandement du violon électrique de Eddie, et enfin « Mighty rivers » qui conclut l'album, dans un style neuf pour John, en duo avec Anneke Van Giersbergen pour un très beau moment final… ouf, l'honneur est sauf.

« Raised In Captivity » est varié, certes, contient des beaux moments, mais pas de réelle direction musicale. La prédominance des titres 90s peut agacer mais elle se trouve appréciablement contrebalancée par cette variété. Difficile de conclure en un mot, John n'offre rien de neuf mais ne s'enfonce pas non plus. Je pense que, sans décevoir, cet album restera secondaire au niveau de sa discographie globale. Un album agréable, dirons-nous, mais sur lequel il sera difficile de s'arrêter bien longtemps.

Le site : www.johnwetton.co.uk  + myspace.com/johnwetton

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