J O R N
" Live In Black "

par Bouteil' Bout



www.jornlande.com
J O R N
Live In Black
Frontiers Records

Le genre : live mémorable.

Attention : grand disque ! Sans être de la trempe d'un enregistrement légendaire tel le Comes Alive de Peter Frampton en 1976, ni un coup de maître technique riche en émotions comme le Live in London de Bowie en 2000, ce Live in Black de Jorn se hisse allègrement à la hauteur des grands concerts de l'histoire du hard rock comme le Live In The Heart Of The City de Whitesnake (1980). Effectivement, comme c'était souvent le cas dans les années 70 (avant que l'industrie du disque ne cède à la facilité des compilations), cet enregistrement en public possède toutes les qualités nécessaires pour faire office de best of de la (seconde partie de la) carrière solo du chanteur norvégien.

Puisqu'on évoque le groupe de David Coverdale, c'est l'occasion de souligner la confirmation de l'évolution stylistique de Jorn Lande qui, s'il s'est fait connaître dans les années 90 en émulant l'anglais au serpent blanc (avec ses anciens comparses au sein de The Snakes), s'est depuis orienté vers des sonorités vocales et des compositions à la fois plus sombres et lourdes, typiques de la période Dio du Sab'. Le dernier effort studio de Jorn était un album de reprises en hommage à l'immense nabot cornu et nul doute que tout autre chanteur à sa place (dénué de son talent) serait passé pour un pitre opportuniste. Mais voilà, il s'agit de Jorn Lande, probablement le seul vocaliste de sa génération apte à revendiquer l'héritage de Ronnie James Dio et de continuer à briller de son propre éclat sans être éclipsé par le fantôme de l'elfe américain. Dans Man of the Dark , Jorn hurle ainsi un émouvant salut à Dio : «Who's the man? Ronnie James is the man. He is the man, the man! »

Après le disque de la reprise du flambeau du maître par l'élève, voici donc l'album de la consécration d'une nouvelle icône heavy ( ?) Le matériau de ce live a été fourni par un concert au Sweden Rock Festival le 10 Juin 2010 devant plus de 25.000 personnes. Joli, le tremplin ! 2010 aura donc été une année marquante dans la carrière de Lande qui, en plus de son album hommage, a été invité avec Glenn Hughes, aux côtés du restant de Heaven & Hell, pour un concert hommage à Ronnie en juillet au festival Download à Londres. Ce Live in Black contient 17 titres extraits du catalogue solo de Jorn depuis le Worldchanger de 2001 jusqu'au Spirit Black de 2009. Dès les premières notes de Road Of The Cross et jusqu'à la dernière de War Of The World , le son, impeccable, s'avère heavy et terriblement efficace (« énorme » est surfait…)

A la sortie du précédent live de Jorn, j'ironisais à propos de la qualité sonore de la chose, qui me conduisait presque à douter d'un enregistrement en concert. Force est de constater que ce Live In Black hausse encore le niveau : propreté, puissance et définition sonore, équilibre instrumental, justesse vocale et qualité de l'interprétation, tout concourt à faire de ce disque une réussite totale. Certes, comme sur le Live in America de 2007, on pourra inversement déplorer dans le rendu final une trop faible interaction avec le public (probablement le revers de la médaille d'une prise de son à la console retravaillée en studio…) Le fin connaisseur de la carrière de Jorn Lande constatera qu'il use (et abuse parfois) de clichés sonores devenus avec l'âge des tics vocaux (mais si on va par là, Coverdale, Hughes et Dio « signent » également ainsi). Ce qui nous rappelle simplement que Jorn aussi vieillit (qu'il prend du bide comme nous, hein…) et qu'il se radicalise avec l'âge, l'affirmation de ses choix le rendant plus prévisible (et certainement moins créatif) aujourd'hui qu'à l'époque d'Ark.

Mais ne boudons point le (très grand) plaisir résultant de l'écoute de ce disque, qui ne souffrant d'aucun autre défaut que de s'avérer peut-être trop court (c'est pourtant un double). Il faut souligner le boulot phénoménal abattu par les deux gratteux Tore Moren et Tor Eryk Myhre (et oui, Jorn Viggo Lofstad de Pagan's Mind s'en est allé depuis Spirit Black) qui réussissent à soutenir sans l'alourdir la puissance vocale du norvégien. Leur feeling n'est pas pour rien dans la résurrection de titres bien ternes dans leurs versions studio (les extraits de l'album Lonely Are The Brave). Je tiens particulièrement à saluer leurs soli respectifs qui, alliant énergie et mélodie, présentent un intérêt musical qui dépasse largement la (trop habituelle) branlette de manche : en bref deux plages instrumentales cohérentes et « raccord » avec le reste du concert. La section rythmique (Willy Bendiksen à la batterie et Nic Angileri à la basse) leur assure quant à elle une assise d'une solidité à toute épreuve.

Les titres à retenir. J'ai toujours un faible pour l'excellente compo We Brought The Angels Down , extraite de The Duke en 2006. Mais Road Of The Cross , Shadow People , Stormcrow , Spirit Black et Man Of The Dark sont de jolies perles.

En conclusion. Un « sans faute » qui prend immédiatement sa place parmi mes disques préférés de cette année 2011.

P.S. Je tiens à rappeler que j'ai crié au génie dès Ark.

Le site : www.jornlande.com

Bouteil Bout

 

   
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