M A J E S T I C

" Labyrinth "




M A J E S T I C
Labyrinth
 

Attardons-nous un instant sur le cas Majestic, grande découverte de votre serviteur (bibi). Majestic est le projet de Jeff Hamel, devenu guitariste sous les auspices de Joey Mazzola, installé à Detroit comme étudiant en son, et vite intégré à la scène musicale locale (notamment le groupe Osmium). De retour chez lui (Minneapolis), désormais multi-instrumentiste, Jeff enregistre et diffuse sur MySpace (« Slychosis », « String theory »). Cela ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Vite contacté par le music business, il l'est également (heureusement) par la chanteuse Jessica Rasche et le batteur Chris Nathe avec qui Jeff produira les premiers albums de ce qui est désormais Majestic.

Nous sommes en 2011, le projet a déjà proposé des choses comme « Arrival » et « Ataraxia », du Prog ambitieux, assez planant et instrumental, qui a trouvé son public et qui pousse le groupe à livrer aujourd'hui (gratuitement sur son site !) « Labyrinth ». La pochette est typiquement Prog, mais, si le projet a été lancé dans une optique Dream Theater, il est en réalité bien plus personnel. De son propre aveu, Jeff a créé Majestic après avoir complété sa culture musicale à base de Dream Theater par du Prog 70s. Et cela se ressent. « Labyrinth » propose 3 pistes, dont le morceau-titre d'une demi-heure complété de « Mosaic » et « Phoenix rising », d'un quart d'heure chacune. Ce format « Klaus Schultze » n'est pas inhabituel pour le groupe, et lui permet de balayer au maximum les possibilités offertes par son spectre musical. En effet, les trois titres se suivent sans se ressembler. Je me focaliserai d'abord sur la première pièce, de loin la plus aboutie.

Ce qu'il y a de génial chez Jeff, c'est son habileté à tricoter des titres à rallonge mais d'un naturel déconcertant. Les parties s'empilent sans se répéter, mais toujours avec une géniale fluidité qui tient aux arrangements . Ainsi, on n'est jamais balancé brusquement du Prog au Heavy ou l'inverse : les deux sont sans cesse présents, se cédant simplement la place respectivement. La voix de Jessica est généralement mixée très en arrière, ce qui permet de ne pas casser la dynamique principalement instrumentale. Ses rares passages au premier-plan n'en sont que plus saisissants. De même, pas question de vous écraser les oreilles sous les rythmiques parfois puissantes des guitares, tout cela est également relégué en arrière-plan, pour respecter un fil conducteur trop sensible pour le brutaliser. Le travail de conception est génial et le résultat l'est tout autant.

Stylistiquement, même si la trame reste Heavy Prog et se ressent, les influences 70s voire autres font toute la différence. A l'occasion de quelques passages planants, on se retrouve de plain pied dans le Synth de Tangerine Dream voire Vangelis, à d'autres occasions dans les 70s de Oldfield, ELP ou Argent lorsqu'on est plus mélodique. Puis, retour au Heavy mais plus celui de Ayreon que Dream Theater… Une vrai navigation, sans jamais de rupture. Cette fluidité fait la réussite de la pièce que je n'hésite pas à comparer (de ce point de vue uniquement !) à « Echoes », première composition de cette taille et complexité à tenir toute seule. Les deux autres vont venir nuancer le tableau. D'abord « Mosaic » qui plonge de plain pied dans une modernité insoupçonnable sur « Labyrinth ». Cette dernière se contentait de passages évoquant tantôt l'hypnotisme de Björk tantôt la linéarité de Archive, « Mosaic » se construit entièrement sur une dynamique plus Trip Hop que Prog. Néanmoins, c'est le morceau le moins réussi, car ce parti-pris brise sa dynamique et n'en fait qu'un amas de thèmes disparates sans rythme propre (ce qui tue Archive ou Björk aussi, je pense). C'est plutôt « Phoenix rising » qui retiendra mon attention, en empruntant encore une troisième voie : plus de guitares, plus de Heavy traditionnel, mais aussi plus de mélodie et linéarité. On sort parfois plus franchement du style originel mais on atteint des couleurs absentes des deux autres titres, en retour. Beaucoup plus instrumental, il bâtit son architecture autour de motifs instrumentaux répétés et très développés, ce qui le distingue du morceau-titre auquel il s'apparente sur d'autres points, principalement ces digressions 70's qui font la personnalité de Majestic.

Cette personnalité fait la richesse du groupe et sa particularité au milieu de la scène Prog, qui l'a pourtant extrêmement bien accueilli, ce qui me fait énormément plaisir. Pas simplement car j'ai adoré « Labyrinth », mais car cela prouve que, malgré les critiques, le Prog reste ce genre aux contours mal définis qui fait son intérêt. Il y a de la place pour des groupes aux antipodes de Dream Theater et tant mieux. Majestic n'en est pas là, mais représente le courant d'air frais capable de ramener cette sensibilité ambiante, atmosphérique manquant à d'autres formations, cette déférence envers le passé et cette curiosité leur permettant de s'étendre sur des plages instrumentales telles celles parsemant « Labyrinth » sans shredder, sans travail « intellectuel », sans jouer avec les modes ni les rythmes, juste pour le plaisir du son et de l'ambiance. Bref, de l'humilité au sein du genre. Ça fait du bien.

Le site  : www.majesticsongs.com

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