M Y R A T H
" Tales Of The Sands "




M Y R A T H
Tales Of The Sands
XIII bis records

Le genre : chef d'œuvre.

Myrath sort son quatrième album (le premier, autoproduit, est aujourd'hui introuvable). Toujours métal, toujours progressif, toujours orchestral, toujours oriental. Toujours produit par Kevin Codfert d'Adagio. Toujours savamment composé, toujours brillamment interprété, dynamique, accrocheur et bourré de bonnes idées mélodiques. Tout ça ? Oui… Et en mieux ! En fait, les fées du désert et des oasis réunies en conclave se sont penchées (et pas pour de faux !) sur le berceau du nouveau bébé des tunisiens et tout semble réuni pour nous offrir un album remarquable, qui marquera probablement d'une pierre blanche (pardon, d'une rose des sables ocre) l'histoire du métal (oui, oui, j'ose !). Plus abouti que son excellent aîné Desert Call (quand on pense qu'une seule année les sépare, on mesure l'intensité du travail et les progrès réalisés), Tales Of The Sand installe le groupe en terre d'excellence.

Terminée, la chro ? Ouais, on pourrait s'en tenir là. Il suffirait d'ajouter que c'est le fameux « album de la maturité » et le disque de l'année. Mais je ne résiste pas à vous proposer une suite un peu spéciale, en forme d'Inventaire à la Prévert des dix bonnes raisons de l'acheter et de le faire tourner en boucle (comme Bibi)…

1/ La pochette de l'album, œuvre de Bader Klidi, soignée et évocatrice : un plaisir visuel.

2/ L'excellence de la production de Kevin Codfert, du mix réalisé par Fredrik Nordström, Henrik Udd (Dimmu Borgir, In Flames etc...) et Kevin Codfert et du mastering de Jens Bogren (producteur de Paradise Lost et Symphony X). Dès les premières notes de l'énorme titre d'ouverture Under Siege , on constate l'ampleur du travail réalisé sur le son, qui s'avère précis et cristallin, net et sans bavure. Si le « style Myrath » vous avait séduit à l'écoute de Desert Call, vous le retrouverez ici littéralement raffiné par une production sans faille et l'affirmation de son identité culturelle (après tout, Myrath signifie héritage).

3/ La Reine Mélodie . Ces mecs ont réussi le tour de force de pondre des morceaux tous à la fois énergiques et mélodiques. Car c'est bien elle la reine, la mélodie, à laquelle tout est assujetti, à tel point que les breaks (parfois digressifs et verbeux) du prog' s'effacent au profit de subtiles variations de thèmes et d'interventions instrumentales courtes autant que pertinentes. Du coup, on ne s'ennuie jamais, on dodeline de la tête de bout en bout (Bouteil…) et on peut presque fredonner l'intégralité du disque après trois écoutes, mais sans que ces ritournelles deviennent énervantes ni ne se révèlent purement racoleuses ou surfaites. Oh ! pu**** de talent ! Personnellement, ce frisson mélodique, je ne l'avais pas à ce point ressenti depuis le Wings Of Tomorrow d'Europe en 1984 (et eux étaient à peine nés !). Je tiens à souligner l'exceptionnelle accessibilité de cet album, qui ne concède pourtant rien, ni en dynamisme ni en modulations, à la recherche d'audience : si Tales Of The Sand ratisse large, c'est qu'il est parfaitement bien conçu et interprété.

4/ Les refrains imparables. On les croirait sortis tout droit du cerveau en ébullition d'un Tobby Sammet au mieux de sa forme ou d'un Magnus Karlsson payé au rendement ! Et pourtant, Myrath, c'est pas du power… Ces refrains sont excellents car à la fois mémorables et finement ciselés, jamais lourdauds. Ca y est, j'ai trouvé : c'est du stuc ! On est dans les jardins de l'Alhambra à Grenade… Put***, quel voyage !

5/ On écoute un orchestre jouer sa musique, pas des instrumentistes se tirer la bourre ni tenter de tirer à eux la couverture (euh… le tapis volant). Ici, les morceaux ne sont pas faits pour mettre en valeur le ou les solistes. Au contraire, les musiciens mettent leur savoir et leur savoir-faire en commun pour composer une musique ondoyante et changeante au gré des humeurs et des sensations qu'elle se propose d'évoquer. Alors on ne trouvera pas le solo-de-la-mort-qui-tue par le poseur-de-l'Enfer mais plutôt un ensemble cohérent d'instruments électriques et traditionnels œuvrant, au sein du collectif, pour créer leur musique. Les riffs de Malek Ben Arbia sont rigoureux, précis, incisifs et annoncent la couleur orientale de l'album, distillée par les claviers d'Elyes Bouchoucha, les percussions traditionnelles et les violons de l'orchestre de Sousse. Le tout rythmiquement charpenté par la frappe intense de Piwee Desfray (nouveau batteur, officiant aussi chez Heavenly) et l'excellent travail bassiste d'Anis Jouini, dont les lignes très équilibrées n'empiètent jamais sur les autres instruments mais les mettent subtilement en valeur. A noter : la participation vocale de Clémentine Delauney (chanteuse de Whyzdom) pour le titre d'ouverture Under Siege (ai-je déjà écrit qu'il est excellent ?).

6/ Un chant qui sublime les compositions. Parce qu'au-delà de la qualité de l'écriture, c'est la puissance évocatrice et l'élégance vocale de Zaher Zorgati qui illumine littéralement ces « Contes du Sable ». La facilité et l'intelligence avec lesquelles il incorpore ses lignes de chant en quarts de tons dans des compos métal démontrent toute la maîtrise intuitive de ce vocaliste autodidacte (pour mémoire, R. J. Dio l'était aussi). En fier porte-étendard du style Myrath, c'est lui qui hisse haut les couleurs orientales, énergiques et positives de son groupe. Si les tonalités mineures sont de loin les plus usitées, avec cette voix, l'ambiance ne vire jamais à la noirceur ni à la déprime, même quand la mélancolie et la tristesse ne sont jamais loin derrière les paravents rythmés (c'est le Sud, ça, de l'Andalousie flamenca à l'Atlas gnawa). Il faut attendre le quatrième titre éponyme pour avoir le plaisir de retrouver l'alternance anglais/arabe, aussi savamment mariés que sur le tonitruant Forever And A Day qui ouvrait Desert Call. Mais le plaisir est dans l'attente et le résultat, un délice.

7/ La concision des morceaux, reflet de l'intelligence d'écriture. A la différence du précédent, la durée des titres de cet album n'excède qu'à deux reprises les cinq minutes. Les chagrins détracteurs rétifs, pourfendeurs des longueurs qui jalonnent le monde du prog' n'ont cette fois-ci aucune excuse pour ne pas reconnaître la qualité de cette musique et en apprécier l'intensité !

8/ La cohérence de l'ensemble et la diversité des ambiances . Myrath assume enfin pleinement une identité métallique arabe, orientation artistique voulue depuis le début de leur collaboration par Kevin Codfert. Alors que Desert Call restait le cul entre deux chaises (histoire de ne pas effrayer les émules de W. assimilant les termes « arabe » et « terroriste » ?) avec sa deuxième partie en forme d'excuse (après les quatre premiers morceaux prometteurs, la suite de l'album est beaucoup plus conventionnellement occidentale). Tales Of The Sand revendique fièrement ses origines. Présentant une unité stylistique cohérente, le groupe développe tout au long du disque une belle variété d'ambiances sur fond de percussions, violons et lignes de chant en volutes. Les Contes du Sable sont une collection de récits mis en musique, qui ont su capturer la rage, la foi en l'avenir et les saveurs de l'Orient.

9/ Pas un titre faible ! Même dans les meilleurs albums, il y a souvent une piste ou deux pour assurer le remplissage. Ici, rien à jeter : que du bon, de l'excellent, même. Et un sens aigu du placement des morceaux… L'intérêt ne s'émousse jamais car jamais le soufflé ne retombe, tout en sachant varier les ambiances sans lasser ni trop en faire. C'est du grand art ! Les titres à retenir sont pour moi Under Siege, Braving The Seas, Merciless Times, Tales Of The Sand, Sour Sigh, Wide Shut … Ah bon, je cite tout l'album ?

10/ Les influences et l'identité musicale du groupe. Myrath ne copie personne mais a, au contraire, su développer son style personnel en digérant remarquablement ses influences. Grâce aux mélodies orientales subtiles des tunisiens, on retrouve, mélangées et judicieusement mêlées, l'excellence instrumentale et la puissance de la machine Dream Theater dans son incarnation la plus mélodieuse, période Awake (les rythmiques de gratte, les unissons avec les claviers, les alternances de soli) et l'énergie épique du meilleur Symphony X (V). Dans un registre distinct mais en communauté d'esprit avec les Israéliens d'Orphaned Land, Myrath n'invente probablement rien d'autre qu'un genre musical hybride, mariant à la perfection une musique noire « blanchie » (le métal est fils de hard rock) à une tradition folklorique orientale « bronzée » toute en arabesques. Cette alliance puissamment évocatrice, propice au rêve et au dépaysement, qu'on sait féconde de longue date ( Kashmir , c'était en 75), avait déjà des prophètes et n'attendait plus que son Messie. La messe est dite par Myrath, dont le nom, à lui seul, résume la portée : héritage. C'est proverbial en Afrique depuis la Nuit des Temps : il faut savoir d'où l'on vient pour tracer son chemin…

En conclusion : Mariage mixte de l'agressivité et de la poésie (soufie, probablement), de la richesse traditionnelle et d'un élan contemporain, ce nouvel album de Myrath est une sorte de tempête du désert musicale, faite de rythmes, de notes, d'instruments, de langues qui se mêlent et s'harmonisent pour offrir aux amateurs de métal en général et de musique, plus largement, un véritable délice oriental. A l'image de leur superbe logo, la musique de Myrath est plus que du métal, c'est de l'orfèvrerie berbère ! Au tournant du siècle, j'avais découvert chez Ark une perle métallique : Jorn Lande. Ca faisait longtemps que j'attendais une nouveauté enthousiasmante. Avec Myrath, c'est à nouveau le cas et c'est rudement agréable ! Merci la vie. L'album de 2011. Simplement.

P.S.1 A suivre en tournée européenne fin 2011 (novembre chez nous !) avec Orphaned Land et Arkan. J'en serai.

P.S.2 Si, après tout ça, ils ne m'offrent pas un t-shirt…

Bouteil Bout.

 

   
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