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Re:(disc)overed
Interscope Records

Le successeur de « Songs In The Key Of Love & Hate » sera donc un album de reprises… La motivation derrière cela n'est pas claire, le guitariste Paul Phillips arguant de nouvelles propositions de dates ayant poussé le groupe à enrichir son matériel dans l'urgence, mais l'emploi du temps du groupe n'a pourtant guère été occupé sur cette fin de tournée… Quoi qu'il en soit, voilà une surprise plutôt bonne pour ceux qui comme un certain nombre d'entre vous – je me permets de le supposer – ne seraient pas plus excités que ca par un album de Puddle Of Mudd.

Le choix des titres indique une direction claire : aucune surprise, pas de morceau obscur sorti du fond de la discothèque de Wesley Scantlin, voire que des tubes mêmes, mais un minimum d'intérêt sera éveillé chez nous par une sélection extensivement seventies. Le groupe fait donc l'effort de ne pas proposer du trop évident… « Les gens apprennent que nous allons faire un album de covers et tout le monde s'attend à du Nirvana ou du Ramones ou encore Metallica et des trucs comme ca. Et c'est quelque chose qu'on avait bien envie de proposer, mais on est allés voir plus loin, et c'était un bon défi pour nous de nous tourner vers des morceaux au piano ou aux arrangements plus ambitieux » explique Paul Phillips. Mon verdict personnel, je vous le donne tout de suite : le terme « ambitieux » est usurpé. Je ne dirai pas « bâclé » non plus mais il est clair que cet album est un break pour Puddle Of Mudd au milieu de l'enregistrement du successeur à « Song In The Key Of Love & Hate » (que le groupe a effectivement entamé) plutôt qu'un vrai défi artistique. Mais le projet semble avoir capté suffisamment de leur intérêt pour qu'ils nous proposent déjà « The Joker » et « TNT » sur scène.

Il s'agit bien de Steve Miller et AC/DC, oui, et voici à quoi vous attendre pour ces 11 choix. A côté de TNT on trouve « D'yer Mak'er » de Led Zeppelin et deux compos de Paul Rodgers, « All Right Now » de Free et « Shooting Star » de Bad Company. A côté de « The Joker », on a d'autres standards tels « Rocket Man » de Elton John, et des morceaux plus personnels comme « Stop Dragging My Heart Around » de Stevie Nicks du Fleetwood Mac avec les Heartbreakers de Tom Petty, ou « Everybody Wants You » de Billy Squier. Enfin, les gonflés « Gimme Shelter » des Stones et « Old Man » de Neil Young viennent compléter ce panel, avec le moins attendu « Funk #49 » du James Gang. On s'attend à tout devant ce tracklisting… malheureusement, on aura surtout du mauvais.

Il y a déjà les catastrophes prévisibles, comme le désastre de « Gimme Shelter », dont la finesse était à des années-lumière des capacités du groupe qui arase tout. Il y a les paris relevés mais perdus, comme « D'yer Mak'er » qui en effet n'est pas un morceau évident, et « All Right Now » qu'ils ont l'air de bien connaître mais où ils ont l'idée saugrenue de mettre leur grain de sel. Oh quand je dis saugrenue, c'est que oser toucher ce riff est stupide, simplement, car dans les faits, les rares réussites de ce disque seront bien dues à de tels grains de sel.

Touchons-en un mot dès maintenant pour ne pas sombrer trop vite dans un constat uniformément désespérant : ca va être vite fait de toutes façons, malheureusement. Je parlerai d'abord de « Old Man » dont la Puddle-of-Mudd-isation, contre toute attente, fonctionne. Vraiment une bonne surprise car on pouvait s'attendre au pire. Le mimétisme vocal avec Kurt Cobain pourrait même être un clin d'śil au parrainage de la scène grunge par Neil. Mais ca pourrait aussi être moi qui devrais pas aller si loin, alors je vais m'arrêter là. Cette voix, d'ailleurs, même ici prend (sans doute consciemment) un timbre crissant à la Chris Robinson qui n'est pas pour rien dans la monotonie de l'ensemble… Mais les morceaux réussis, revenons-y, ils sont trop rares pour faire l'impasse : « The Joker », qu'ils revitalisent pas mal – et qu'ils ont raison de jouer sur scène – et « Rocket Man », l'unique réussite à vrai dire, pourtant réinterprétée, au piano réécrit (ce qui est gonflé sur une compo d'Elton) et aux orchestrations enrichies.

Malheureusement, je me dois de revenir à des constats plus négatifs, voire même franchement désespérants, comme celui à dresser devant « TNT » qu'ils ont la curieuse idée de présenter sur scène : devant l'espèce de Glam qu'ils en tirent, je ne peux rien trouver pour le sauver… Je me prends même à remarquer que jamais je n'avais encore compris que AC/DC possédait tant de finesse… Ce n'est que devant leur absence qu'on se rend compte de certaines choses. « Funk #49 » est tout aussi loupée mais là on s'y attendait, ce morceau fonctionnant grâce à tout ce qui fait défaut à Puddle Of Mudd (à leur scène en général, étant quand même aux antipodes du Rock purement 70s), et « Shooting Star », ma foi, va me permettre de finir sur une note mitigée en notant qu'ils ont le mérite de remarquer la malléabilité du titre et de s'adapter à ses accents plus traînants, de l'enrichir de ce piano qui a fait toute la réussite de « Rocket Man », de tenter de mettre leur patte plus moderne sur son final, chose qui représente la seule audace artistique de ce disque, et de développer ce final come ils s'y essaient sur la plupart des titres.

Voilà un dernier point pas si négatif que ca, mais le verdict est sans appel : manque total de finesse sur des titres généralement énormes, le côté iconoclaste ne pouvant en aucun cas être invoqué en tant qu'excuse. Non, Puddle Of Mudd fait preuve de platitude, d'absence de sens rythmique sur des morceaux qui révèlent toute leur supériorité (le summum étant atteint par le solo mal assuré de « Old Man » : le génie de Neil éclate dans toute sa splendeur dans la comparaison avec son jeu à lui, 10 fois plus pêté mais 100 fois plus génial), et est souvent dépourvu de toute pertinence. Même en tant que récréation, ce disque n'a aucune raison d'être. Le groupe s'est fait plaisir, à n'en pas douter, mais pour les fans comme les simples auditeurs il sera déroutant à tous points de vue. Et le pire sera qu'ils auront révélé n'avoir rien compris à certains de leurs morceaux préférés.

Le site : www.puddleofmudd.com  + myspace.com/puddleofmudd

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