S T E V E N   W I L S O N

" Grace For Drowning "




S T E V E N   W I L S O N
Grace For Drowning
K-scope

Ce n'est pas forcément qu'il s'embête, entre Blackflied, Bass Communion, et, bien-sûr, Porcupine Tree, mais mine de rien Steven Wilson sort un second album solo, « Grace For Drowning ». Il ne s'embête pas du tout d'ailleurs, le dernier Porcupine Tree datant d'il y a deux ans et le nouveau Blackfield de cette année, sans parler du projet Storm Corrosion avec Mikael Akerfeldt de Opeth… Opeth qu'il produit, d'ailleurs, ainsi que Anathema, en ce moment ! Non, ce n'est pas qu'il s'embête.

Je pense même que c'est tout le contraire, car à côté de ces projets et travaux de production, Steven a eu l'honneur de participer aux remasterisations de King Crimson, et ca, je vous l'assure, ca a du mettre pas mal de choses en tête au sieur Wilson. Il nous sort donc « Grace For Drowning » dans la foulée, qui n'en manque pas, de grâce. Celle de Porcupine Tree, mélancolique et raffinée, toute britannique, celle qui fait la beauté de Porcupine Tree dont on n'est pas loin non plus. On est en terrain connu en fait (même la pochette de Lasse Hoile prolonge l'univers visuel de Porcupine Tree et Blackfield), Steven a simplement ici l'espace pour s'accorder plus de liberté. Et il s'en donne : les plages s'étirent, ou au contraire se condensent et s'allègent. Steven pénètre le monde de l'ambiant et du moderne, et se permet d'oublier le Metal le plus souvent. Mais surtout, il se livre sans vergogne à des délires Prog 70s qui n'auraient guère eu l'occasion de s'étaler sur un album de l'Arbre Porc-épic. Et c'est assumé : délires instrumentaux, jeux rythmiques, on est en pleine scène de Canterbury, et souvent chez King Crimson, flagrant sur « Remainder the black dog » et « Raider II », deux morceaux qui suffisent à eux seuls à prouver qu'il a eu raison de se frotter à cette scène.

Et Steven n'en reste pas là, s'autorisant des écarts si prononcés qu'ils ne peuvent résulter que d'une volonté consciente de s'étendre : Pop mélancolique moderne, sons électroniques proches de Björk sur « Index », usage de la guitare acoustique sur d'autres morceaux à l'inverse… on sent là une inspiration interminable. Et surtout, surtout, le résultat est à la hauteur. La sensibilité est exactement la même que celle de Porcupine Tree, tout aussi forte… Elle s'applique juste à un spectre musical renouvelé. Les réussites de ce disque sont aussi nombreuses que variées : « Deform to form a star » plane, « Raider prelude » nous plonge dans un univers vocal, « Remainder the black dog » hypnotise, et « Belle de jour » s'envole aussi abstraitement que « Raider II » s'étale longuement… Les esprits n'ont rien à voir mais Steven parvient à faire mouche dans tous les sens.

Bref, sa carrière solo commence très fort et ceux qui clament leur déception devant le dernier Porcupine Tree vont peut-être se rabattre sur cette carrière désormais. Du moins ceux qui apprécient avant tout le Prog chez Porcupine Tree, qui sont sensibles à cet aspect 70s omniprésent chez eux et qui, de mon avis, fait toute leur force de caractère. « Grace For Drowning » est une leçon de travail musical et devrait asseoir la réputation de Wilson à la fois chez les fans de son groupe et de Prog en général. Une œuvre extrêmement étendue…

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