SYMAKYA

" Majestic 12 : Open Files "






S Y M A K Y A
Majestic 12 : Open Files
Fantai'zic / Musea

Le genre : top quality prog' metal symphonique from Nancy (Cocorico !)

Symakya est un projet de métal symphonique français formé en 2009 par Matthieu Morand (guitare, Elvaron, Akroma), Kevin Kazek (chant, Seyminhol) et Thomas Das Neves (batterie, Heavenly). Ce que vous devez avant tout garder à l'esprit, en lisant cette chronique, c'est qu'il (ne) s'agit (que) d'un premier album…

Le concept s'appuie sur d'importantes recherches bibliographiques et a pour thème les manifestations extra-terrestres dans l'histoire. Pour info, Majestic 12 est un nom de code, relatif au supposé groupe secret de scientifiques, chefs militaires et membres du gouvernement américain formé en 1947 sur ordre du président Truman, dont l'objectif aurait été de s'informer sur les activités d'OVNI après l'incident de Roswell au Nouveau-Mexique (où un engin extraterrestre se serait écrasé en juillet 47). L'existence de ce groupe est un élément fondamental pour tout théoricien du complot, sachant que « la vérité est ailleurs » et croyant que le gouvernement connaît l'existence des OVNI mais ne la divulgue pas au grand public. Vous me suivez, agent Scully ? Les dix pistes de l'album reprennent les événements dans l'ordre chronologique.

A voir la pochette, si l'on s'en tenait bêtement aux clichés, on pourrait s'attendre à un délire prog-métalo-symphonico-jazzy intellectualisant avec tout plein de démonstrations instrumentales indigestes dedans. Qu'on se rassure : il n'en est rien ! Symakya donne dans un prog métal symphonique de grande classe, aussi intelligent qu'efficace. Le groupe lorrain évite les deux principaux écueils du genre que sont la boursouflure du melon et l'étalage technique stérile. A l'image de l'excellent Genesis introductif (une bonne grosse claque de 8'30''), la musique brillamment exécutée que propose le groupe reste, tout au long de l'album mélodique et rythmée, recherchée et entraînante. Chapeau bas, messieurs! Pas d'atermoiements orchestraux ni de circonvolutions techniques stériles, pas plus de plages instrumentales poussives que de démonstrations guitaristiques (ou claviéristes) tape-à-l'śil : la musique de Symakya mise sur des ambiances qu'elle sait alterner, utilisant chansons et instrumentaux ( The First Disturbing Contact et Disconnected : End Of Process ) à la manière de la bande-son d'une superproduction cinématographique.

Ces ambiances sont plutôt sombres et inquiétantes car la tonalité générale se veut oppressante (comme avec les réitérations dérangeantes du « subdue it » sur Genesis et les vocalises du type possédé sur The Inner Control ). La lumière perceptible par les observateurs des manifestations extraterrestres serait donc plus noire que blanche, sans pour autant que la musique qui les évoque ne sombre (humour !) dans cette noirceur. Reste que Symakya évite soigneusement les codes habituels du métal symphonique et les chemins balisés par ses figures de proue. Ainsi, ne cherchez pas dans cet album de grande envolée lyrique ni de morceau de bravoure hymnesque éruptif. Vous y trouverez plutôt, hors des grilles de lecture devenues conventionnelles, une force primitive, de la violence contenue, de la tension émotionnelle, de l'angoisse existentielle, de l'abîme et une précision horlogère dans le détail instrumental (vain diou les arrangements !). Bref Symakya a clairement choisi de tracer sa propre route musicale et le prouve de manière éclatante dès son premier enregistrement. Foin de lumière noire en l'occurrence, les choses sont claires : ces gars-là ne s'en laissent pas conter ni envahir par les trucs et machins dont leur genre d'expression est coutumier.

A la différence de nombreuses réalisations du même style musical, vocalement, le métal symphonique de Symakya se passe (astucieux démarquage à mon avis) des « gadgets » devenus habituels (qui ne s'usent que si l'on s'en sert…) à savoir la soprane et le vocoder (ouais, je sais que ça peut passer pour une remarque sexiste, pourtant il n'en est rien, c'est le simple constat relatif aux tics d'un genre). Du coup, on apprécie à sa juste valeur le bel organe de Kevin Kazek et l'usage à la fois mesuré et maîtrisé qu'il en fait. Car ce qui force le respect, au-delà de son timbre déjà fort agréable, c'est qu'il n'en fasse pas des caisses. Contrairement à de trop nombreux admirateurs des Kiske, Matos ou Sammet, il ne s'envole pas d'hasardeuse façon dans les aigus mais tire excellemment parti de sa tessiture et se montre capable de modulations fort bienvenues, explorant une large palette émotionnelle allant d'harmonies calmes et délicates jusqu'à des aspects plus lourds et agressifs, en fonction du texte qu'il interprète. Soit un chanteur remarquable de justesse (dans tous les sens du terme) qui, fait rare chez nous autres gaulois, concurrence sans problème les pointures internationales du heavy et du power confondus. Incroyable : il semblerait que j'aie retrouvé un chanteur français de heavy qui m'attire l'oreille ! Le dernier (ça ne nous rajeunit pas) était Bernie Bonvoisin et encore… il ne chantait pas, il s(c)lammait.

Revenons à l'album. Majestic 12 tient la route (galactique), en raison de sa triple qualité de composition, d'exécution et d'enregistrement. Ici, gros niveau technique ne rime pas avec déballage technique. La musique est rendue facile d'accès parce que les aptitudes des instrumentistes sont mises au service de compositions qui tablent plus sur l'énergie, la mélodie et les ambiances que sur la prise de chou. L'aspect « progressif » de leur écriture, jamais outrancier, provient de la variété musicale et de la richesse des arrangements plus que de leur complexification. Les concepteurs du projet semblent s'être évertués à ne point trop en faire et avoir recherché l'équilibre entre accroche mélodique et diversité rythmique. Mariant des plages lentes et orchestrales à des moments plus épiques et débridés, Symakya propose tout au long de sa chronologie ufologue une escapade musicale variée et attrayante, liant sa sauce sur un fond de métal symphonique comme je n'en avais encore jamais entendu provenant de l'Hexagone. Le travail d'arrangement et d'orchestration (Nicolas Soulat d'Outcast s'est occupé des séquences pour un résultat saisissant de réalisme) est surprenant de maturité pour un jeune groupe (aux membres expérimentés, il est vrai). Un nombre impressionnant d'instruments peut être entendu avec facilité et intensité, amplifiant le côté surnaturel du propos, dans un mixage de haute qualité, réalisé par Simon Oberender (Epica, Kamelot, Edguy, Avantasia). Ajoutons, pour donner une idée du niveau de la production, que c'est Sascha Paeth (Angra, Kamelot, Epica, Rhapsody Of Fire) qui a réalisé le mastering.

Si l'on peut entendre de-ci de-là dans la musique de Symakya quelque évocation stylistique (Dream Theater, Kamelot), cela reste de l'ordre de la réminiscence, jamais de la citation et encore moins du plagiat. Les influences des trois musiciens se fondent harmonieusement pour proposer une musique de grande classe qui, si elle s'inscrit dans une lignée clairement sympho-prog', ne s'abaisse jamais à copier les grands noms du métal. C'est le point, je pense, le plus important : Symakya possède assurément le potentiel pour s'en faire (rapidement) un, de nom. Petit clin d'śil aux copains au passage, on remarque l'apparition pour un solo d'Olivier Lapauze (Heavenly) sur Human God ?

Le reproche que j'adresserais au groupe concerne, paradoxalement, sa « générosité » musicale. En effet, Majestic 12 : Open Files ne vole pas son acheteur en lui proposant plus d'une heure d'enregistrement mais la densité de compositions qui misent sur une grande tension, distillant des ambiances parfois oppressantes (via le rythme et/ou les arrangements) me semble un peu difficile à se bâcher d'une traite en restant réellement concentré sur le propos et les détails instrumentaux. Autrement dit, si la musique de Symakya est facile d'accès, sa complexité et son intensité s'apprécient, comme toute musique riche et intelligente, dans la durée d'écoutes répétées et c'est alors que la longueur de l'album peut s'avérer contre-productive. Ainsi, aussi variés et élaborés qu'ils soient, des titres comme Supervision : Code 1945 ou Human God ? finissent par me sembler (trop) longs lorsque je me suis déjà envoyé (avec grand plaisir) Genesis , Other Keys , The Inner Control et Under The Banner Of The Faith . Pensez-y pour le second opus, messieurs : il faut laisser respirer l'auditeur et, pour cela, lui permettre de sortir la tête de l'eau quelques minutes ! (En ce sens l'enchaînement Under The Banner / Messenger Of The Verb n'est pas des plus judicieux). Un dernier point négatif concerne (encore) les quelques longueurs qui auraient pu être « coupées au montage » sur Under The Banner Of The Faith , qui, plus condensé, aurait gagné en efficacité ou sur Messenger Of The Verb, à l'intensité palpable, lorsque « l'orchestre » se déchaîne et que Matthieu Morand sort un solo furieux (dommage que le refrain ne soit pas à la hauteur du reste et que le titre s'étire) ou encore sur The Inner Control dont le solo, certes virtuose, frôle le radotage.

Les titres à retenir : Genesis est probablement la meilleure pièce, celle qui me semble pouvoir faire office de carte de visite de luxe. The First Disturbing Contact démontre qu'on peut donner dans le genre musique de film sans « vrai » orchestre et sans sombrer dans le ridicule (placer en deuxième piste un tel instrumental prouve aussi qu'ils assument leurs choix artistiques). Other Keys , p***** de refrain (et pourtant ce n'est pas du power metal !). Under The Banner Of The Faith marie harmonieusement section à cordes et instruments métalleux pour un résultat épique à souhait et très efficace, avec une grande performance de Kazek, dans un registre vocal à la fois ample et direct.

En conclusion : Symakya développe dix titres impressionnants de maîtrise et d'efficacité. Tension, variations rythmiques, mélodicité, qualité de composition, d'interprétation et d'arrangement sont au rendez-vous tout au long de Majestic 12 : Open Files. Une grande réussite pour un premier album. Une des sorties remarquables de l'année 2011.

P.S. mention spéciale pour la pochette très réussie de Rainer Kalwitz.

Le site : www.symakya.net + www.myspace.com/symakya

Bouteil Bout

   
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