A E R O S M  I T H
" Music From Another Dimension! "



A E R O S M I T H
Music From Another Dimension!
 

Record de vide discographique pour « le plus grand groupe de rock américain en activité » : « Honkin' On Hobo » a bel et bien huit ans, oui… Et encore, tout satisfaisant que fut cet opus, ça reste un disque de reprises (mis à part « The grind ») : « Just Push Play », lui, date de 2001 ! Et vue la qualité du disque, je préfère en rester à « Nine Lives » vieux de… quinze ans ! Fichtre, vu le vide chronologique et le groupe dont il s'agit, vous allez me permettre de revenir – en fan servile que je suis – sur cette période traumatisante que moi et mes semblables avons vécue.

Donc, bon, on en est à la période « Rockin' The Join » et on se fait peur, Steven doit se faire opérer des cordes vocales. Encore sur « Music From Another Dimension », ça laisse des traces. Il faut attendre 2006 pour avoir du nouveau de la part des ‘tites frappes de Boston avec deux titres écrits pour « Devil's Got A new Disguise ». Et encore, pas tout à fait écrits puisqu'il s'agit de la mise sur bandes de compos écartées de « Pump » et « Get A Grip ». Bref, juste l'occasion de relancer une tournée (m'enfin pas n'importe laquelle : avec Mötley Crüe).

Ce n'est qu'en 2007 qu'on commence à entendre causer nouvel album. Est-ce à cause des deux réenregistrements précédents ? On nous le présente alors comme une compil' de nouveaux et anciens titres réenregistrés… De toute façon, tout cela est laissé de côté pour l'inévitable Guitar Hero Aerosmith, qui relègue au placard les sessions entamées avec Brendan O'Brien. On parle alors d'un album enregistré « live », comme le fut « Honkin' On Hobo » et surtout comme dans les 70s… De toute façon, le genou que se pète sur scène ce con de Perry fait une bonne raison de plus pour renvoyer les sessions aux calendes grecques.

Le jeu, malheureusement, déclenche automatiquement une énième tournée, avant laquelle le groupe espère terminer son album mais on sait tous ici que s'il y a moins respectueux des délais qu'un contremaître c'est bien un groupe en studio… Les compères s'envolent donc avec ZZ Top pour une tournée amputée de ses dernières dates par un accident de scène de Tyler. Et re-fichtre. Et multi-fichtre car c'est là que les choses se gâtent : Perry se lance dans un album solo, Tyler parle de faire de même, puis Perry parle de le remplacer ! Ils ne feront cesser mes sueurs froides qu'en se lançant dans une tournée de plus : « Cocked, Locked, Ready To Rock ».

C'est compter sans la personnalité de Diva de Steven qui décide de participer au Jury d'American Idol. Heureusement, les autres membres, magnanimes, lui pardonnent, Tyler fait la paix et entre enfin en studio avec le matos écrit pour son album solo avorté. Ouf ! Jack Douglas les rejoint, faisant naître des espoirs fous pour ces sessions, certains se prenant à rêver d'en voir surgir un album digne de cette équipe des Seventies réunie au grand complet. Il n'en sera évidement rien, je vous l'annonce de suite, mais les choses se mettent en place avec une rapidité rassurante : Steven et Joe gardent leurs rôles de coproducteurs (avec Marti Frederiksen sur 3-4 titres, dont deux des 3 singles), et l'on peut suivre en continu le travail studio en vidéo, plaisir dont nous ne nous privâmes point…

Le swing semble retrouvé, les collaborations se multiplient comme dans les nineties (ces bons vieux Desmond Child, Jim Vallance, Diane Warren, auxquels viennent s'ajouter le technicien guitare de Brad, leur claviériste de scène, et même le fiston à Joey !), et l'on retrouve même leur ancien membre Rick Dufay pour une reprise des Temptations ! …qui finira néanmoins en simple titre bonus. Joe Perry fait son Keith Richards et chante son quota de titres (avec toutefois plus de classe que le Pirate, je le concède), et Tom s'y essaie pour la première fois. Ce printemps, on a enfin « Legendary child », un titre plutôt costaud mené par une bonne grosse basse et pétant à la « Shut up and dance ». Bref, pas rassasiant mais fichtrement rassurant. Les gars entament alors une tournée durant laquelle ils gratifient le public d'un ou deux titres de l'album, qui sort donc enfin ce mois-ci. Fin du suspense.

On va donc lever le voile sur le résultat de cette bonne grosse attente : un album costaud, riche de 15 titres, mais dont peu finiront sur nos lèvres après 15 ans, je le crains, comme « Pink » ou autres perles de « Nine Lives » après ce délai. On ne l'enterrera néanmoins pas aussi vite que « Just Push Play ». Son principal travers est pourtant d'en avoir pris le total contrepied en se vautrant dans la facilité, à savoir le convenu et réchauffé. Et quand je dis « vautrer », c'est que pas un titre n'en réchappe, et que certains poussent la formule jusqu'à l'écœurement. Dit comme ça, ça fait peur, mais dans la pratique, évidement, c'est du Aerosmith, donc sauvé par le professionnalisme du groupe.

« Lover alot » et « What could have been love », qui sont les titres les plus susceptibles d'avoir déjà effleuré vos oreilles, étant les deux autres singles, se démarquent de « Legendary child » en tapant dans la nostalgia 70s pour le premier, avec son tempo urgentiste, et dans la ballade déjà-entendue pour le second, tout juste sauvé par un Steven plus en forme que la moyenne (j'évoquais plus haut la fatigue de son chant)… On a une parfaite image du disque : des morceaux soit bons mais classiques comme « Legendary child », soit piochant intentionnellement dans leur glorieux passé comme « Lover alot », soit – pire – tentant de réchauffer la ballade 90s à la Aerosmith 2.0…

Dans la première catégorie, nous rangerons des titres qui font ronfler le moteur comme « Luv xxx » qui ouvre le disque très solidement, mais dans la droite lignée de leurs productions antérieures. On pourrait y mettre des choses comme « Closer » aussi, Blues et mélodique, ou « Something » qui se traîne… Bref, la catégorie de l'efficace mais trop rôdé. La seconde catégorie serait celle de « Beautiful » par exemple (on retrouve Mia, la fille de Steven dans les chœurs) où la guitare se fait plus funky et le chant plus extrême, bref, comme à leurs débuts. On esquisse un sourire heureux, mais l'inspiration n'a évidement rien à voir avec « Rocks ». On sourira aussi au rythme plus soutenu de « Street jesus », et encore plus devant « Out go the lights », sans doute le morceau de l'album que je retiendrai : sautillant comme à l'époque, enrobé de cuivres et traversé d'un harmonica, Perry enchante sur son final. On y retrouve des chœurs auxquels le groupe nous a peu habitués, de même que sur « Oh yeah » (sur laquelle Steven fout un membre d'American Idol dans les chœurs, malheureusement), où Perry calque carrément Keith Richards… pour imiter carrément « Street Fighting Man » sur « Freedom fighter », qu'il chante en plus - morceau très solide par ailleurs.

Comme quoi, on peut trouver du bon dans cette catégorie « 70s nostalgia ». On en trouvera plus difficilement dans ma 3 e catégorie, où « Can't stop lovin' you » ne vaut que pour le duo avec la chanteuse Country Carrie Underwood, et « Another last goodbye » tente à tout prix de recréer l'atmosphère « Nine Lives ». « We all fall down » n'est certes pas une mauvaise ballade, mais n'est rien de plus (c'est un peu le discours que j'ai envie de tenir pour tout le disque), et « Tell me » s'obstine vraiment sur « Crazy ». Elle est néanmoins magnifiquement produite, avec simplicité et un cachet certain, mais ce savoir-faire qui fait rarement défaut ne cache pas le manque de compos choc.

Le disque n'est pas mauvais, je ne peux me résoudre à employer ce terme, mais déçoit. Il est vrai que rien ne laissait présager une écriture inspirée, et qu'on oublie aussi l'âge canonique (à l'échelle Rock, évidement) des cinq cocos, mais il faut s'y résoudre : Aerosmith joue désormais dans la catégorie des Stones de « Bigger Bang », à savoir celle d'un groupe au doigté admirable, dont les enregistrements ont toujours une couleur particulière et sont rarement décevants, mais un groupe ne débordant plus d'une inspiration exceptionnelle. Rassurez-vous, « Music From Another Dimension » reste d'une qualité que le meilleur groupe de Rock de la nouvelle génération n'approche toujours pas ;) Mais, à l'inverse, Aerosmith n'a jamais rien approché non plus d'aussi banal.

Le site :  www.aerosmith.com myspace.com/aerosmith

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