BLACK COUNTRY COMMUNION
" Afterglow "



BLACK COUNTRY COMMUNION
Afterglow
Label : Mascot Records

Le genre : jamais deux sans trois.

Non, je ne gloserai pas sur « l'album de la maturité », pas à propos du troisième effort studio de la bande à Glenn Hughes… Ça serait incorrect vue, justement, la maturité du garçon (60 piges cette année). Attardons-nous plutôt sur le nombre trois. Trois albums en trois ans (plus un live ), du jamais vu ? Si, du temps de leur (et de ma) jeunesse ! Mais « je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans… ». Un tel rythme de production discographique était effectivement monnaie courante dans les années 70. Et il peut être utile de rappeler ici que pour nous, gentils hardos chevelus en cuirs et pattes d'eph', B.C.C. est une sorte d'Ile aux Enfants musicale. Avec, dans le rôle de Casimir, le monstre (sacré) gentil : l'ex-bassiste-chanteur de Trapeze puis Deep Purple, le légendaire Glenn Hughes ( a.k.a. The Voice of Rock). Avec, dans le rôle d'Hippolyte, son cousin d'Amérique : le jeune prodige de la guitare blues-rock, le prolifique Joe Bonamassa (le nouveau Clapton ?). Dans le rôle de Léonard, le rusé renard caché dans sa malle (mais judicieusement plus souvent déballé sur ce nouvel opus) : l'ex-claviériste de Dream Theater Derek Sherinian. Et dans le rôle de Gonzo, fils de Bonzo (sic !) : le bûcheron du Black Country Jason Bonham (ouais, je sais que Gonzo émargeait au Muppet Show mais ça bouclait le line up …). Trois album en trois ans, donc. Et la qualité alors ? Et ben, écoute la qualité ! Du sur-mesure, « la classe américaine, la vérité ! » C'est simple, B.C.C. hausse encore son niveau de production.

Non que les compositions dépassent celles du 2 mais Afterglow donne à entendre un groupe de pros (ça n'étonnera personne) s'en donnant à cœur joie dans le bois du fagot ! Entendez par là que ça envoie sévère. D'abord -j'ai souvent filé cette métaphore- le bûcheron junior débite presque autant que son paternel (plus mesuré, il y va tout de même moins souvent avec les poings). Le cas Sherinian, à présent : il faut reconnaître que, jusqu'à maintenant, Derek était le discret de l'histoire, jouant plus les faire-valoir qu'autre chose. Prenant même, je l'avais remarqué sur scène, très peu de place dans la lumière. L'injustice semble en partie réparée avec Afterglow, sur lequel il se glisse subrepticement dans un costard à la Jon Lord. Ensuite, Bonamassa est décidément un ultimate killer qui nous propose une palette sonore et technique encore plus large qu'à l'accoutumée (avec un peu de schred , du tapping , etc.). C'est pour moi un vrai régal que de l'entendre dans ce registre durci par rapport à son style originel (le blues) et il faut tirer nos chapeaux bien bas à Kevin Shirley, le prod de l'affaire, pour avoir mis ensemble sur orbite ces deux-là. Et donc, à tout seigneur tout honneur, il y a Glenn Hughes. Rien que pour sa performance vocale, l'album mérite de figurer dans votre discothèque. Car ce vocaliste hors-pair (on le savait déjà) atteint ici des sommets de puissance et de musicalité. On connaissait sa maîtrise technique et ses capacités à décrocher des notes improbables sans rien perdre en justesse ni en crédibilité. Son groove black et son (Stevie) Wonder-vibrato ne laissaient personne indifférent. Ici, c'est à un autre niveau de performance auquel il accède : celui de l'engagement total.

C'est simple, Glenn Hughes chante mieux à soixante ans qu'à vingt parce que, non seulement il croit en ce qu'il raconte mais qu'en plus c'est du vécu. Il ne hurle jamais mais il « rentre » dans chaque ligne de chant comme si c'était la dernière fois qu'il en enregistrait une. Pas avec l'énergie du désespoir, plutôt avec celle d'un homme qui, après beaucoup d'errance, a décidé de tenir sa vie et de se dire, jusqu'au bout. L'engagement, je le répète, est le maître mot. A la fois délibéré et proprement instinctif : Hughes vit ses textes. Il tient d'ailleurs ces temps-ci à être reconnu pour son écriture autant que pour son interprétation. Je crois les deux intimement liées et se renforçant mutuellement, la première soutenant la seconde. Encore un homme qui se « trouve » sur le tard, serait-ce le temps de la sagesse ? Fort heureusement, celle-ci ne va pas de pair avec un quelconque amollissement musical et l'artiste semble trouver son inspiration en l'homme. Car si Glenn ne réinvente pas le rock au sein de B.C.C., j'en conviens, j'affirme qu'il contribue plus que largement à entretenir sa flamme vivante ! De plus, Shirley semble être un vrai fan, travaillant comme ces producteurs « à l'ancienne », du type 5 ème membre du groupe. Du coup, jamais la tessiture de Hughes, son nuancier vocal (du soupir au hurlement) comme son jeu de basse à la fois métronomique et soliste n'ont été aussi bien compris et fidèlement capturés sur disque !

 

Qu'on se le dise, Black Country Communion a beau avoir débuté comme un « super groupe » (c'est devenu une mode avec le temps), potentiellement décevant à hauteur des espoirs qu'il pourrait faire s'envoler, le quatuor qui, il faut le rappeler, « déchire » sur scène, a actuellement tous les atouts en main pour occuper la place de « plus grand groupe de rock du monde ». D'accord, avec toutes ses références à Led Zep, il est probablement moins charismatique et excitant (mais en son temps le groupe de Page était pionnier et ne s'est interdit aucun pompage !). Et le fan de rock un tant soit peu porté sur la musicologie de remarquer que B.C.C. fusionne les influences et réunit quelques-uns des aspects les plus intéressants de groupes tels que Deep Purple, Humble Pie, les Faces, les Who et autre Cream. Comme disait Gainsbarre : « pas dégeu ! » comme héritage.

 

D'aucun leur reprocheront un certain manque de créativité tant il est vrai que Black Country Communion n'invente rien : ni le blues, ni le rock, ni le hard. Mais aujourd'hui, cette musique, c'est la bande à Hughes qui la joue le mieux ! Ces gars jouent ce qui leur a donné envie de jouer et/ou qu'ils ont contribué à populariser, mine de rien. Soit un rock bardé de cuir, fondé sur douze mesures dont il se plaît à s'émanciper pour s'envoler vers ailleurs ( Big Train , The Circle ). Glenn nous confiait à ce propos en avril 2011 (voir l'itw. sur Ultrarock) qu'il se tournait délibérément vers un gros rock bluesy pour lequel il sentait une appétence de la part du public, quitte à délaisser ses influences funk. On retrouve cependant le groove « hénaurme » du bassiste et son approche soul du chant. Décidément, il est ce « chaînon manquant » vocal du rock, quelque part entre Steve Marriott et Paul Rogers, aux côtés de Robert Plant et de Rod Stewart.

 

Seule ombre au tableau de B.C.C., et non des moindres : son avenir… sombre ! Car les emplois-du-temps ministériels de ses membres, particulièrement celui de Bonamassa, pourraient malheureusement sonner le glas d'une formation que Hughes rêvait être un groupe de rock de classe internationale, fondé sur le live . Une présentation urbi et orbi d'Afterglow (ce titre, « dernières lueurs », serait-il prémonitoire ou simplement révélateur ?) semble ainsi compromise lorsque son leader, seul, a choisi B.C.C. comme priorité artistique. En effet, comment le groupe pourrait-il brandir haut l'étendard du rock sous toutes les latitudes, quand son guitariste est déjà booké la moitié de l'année entre sa carrière solo et ses autres collaborations ? Las, l'avenir le dira. En tous cas, cette Epée de Damoclès menaçant son projet est peut-être la cause du désir de Glenn Hughes de livrer rapidement un troisième opus de grand standing et de cette urgence entendue dans sa voix. De toute façon, que B.C.C. rejoigne les rangs de ces groupes géniaux n'ayant pas survécu à leurs débuts tonitruants (où en sont Them Crooked Vultures ?), que son potentiel soit mésestimé par un Bonamassa boulimique d'enregistrements, qu'il n'ait été qu'un feu de paille allumé par Shirley sur les braises heavy britanniques qui couvaient sous le funk californien de Glenn, que ce dernier doivent bientôt se réinventer à nouveau, entouré d'autres pointures (les candidats ne manquent sûrement pas)… Restent ces onze titres, largement au niveau de leurs prédécesseurs alors : pro-fi-tez !

Les titres à retenir : Midnight Sun (« we won't get fooled again ! ») et Confessor ont tout du tube avec groove , riffs et refrains entêtants. This Is Your Time illustre l'engagement vocal de Hughes, qui donne tout à chaque vers. Cry Freedom , très blues-rock, est assez proche de ce que produit Bonamassa en solo. Afterglow renvoie au dirigeable (encore !). The Circle vaut surtout pour la performance de Glenn, qui explore tout en émotion et sans falsetter les confins aigus de sa tessiture, transcendant la compo. Dans ce registre c'est le meilleur : quel titre ! Qui niera encore que certains ont été visités par les fées pour conserver (et bonifier ainsi) un tel talent ? Common Man , bien que moins flamboyant, est purplesque en diable : Hughes et Bonamassa se partagent le micro, Sherinian s'y prend pour Jon Lord et cette outro en forme de jam typiquement seventies… Ça m'évoque High Ball Shooter et You Can't Do It Right de Stormbringer. The Giver est pour le coup carrément zeppelinesque (oumpf, c'est bon !). Crawl , qui avait été viré de la track list du 2, retrouve sur Afterglow une place qu'il n'aurait pas dû quitter, clôturant de bien énergique façon l'opus. Tiens, j'ai l'impression que je préfère la face B de ce 33 tours, moi… Mais j'ai dû m'égarer spacio-temporellement… « Téléportation, Scotty ! ».

En conclusion : anachronique, cette musique en 2012 ? Nan… éternelle ! Afterglow est un de mes disques de chevet en 2012 et un des albums de l'année. L' album de l'année dans ce style, assurément.

P.S. Je n'attends plus que les dates de la tournée, qui ne manquera pas de passer en France, Glenn l'a promis ! Hein ? Allez, s'te plait…

Le site : www.bccommunion.com + www.myspace.com/bccommunion

Bouteil Bout

 
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