G O T T H A R D
" Firebirth "
G O T T H A R D
Firebirth
Nuclear Blast

Le genre : même pas mort !

Voici donc Firebirth, le bien nommé album de la résurrection du (plus grand) groupe de (petits) suisses. Après le décès top con de leur charismatique frontman Steve Lee (« putain de camion » comme chantait Renaud à propos de Coluche), on -moi le premier- ne donnait pas cher de leur peau (de chamois). Et « on » avait tort parce que ceux qui venaient de sortir Need To Believe avaient gardé la foi et ont su trouver l'énergie pour ne pas sombrer. C'est ainsi que la bande à Leo (Leoni - guitariste, compositeur et producteur), renaît de ses cendres tel le légendaire Phénix qui illustre (très) symboliquement la pochette du nouvel album de Gotthard.

Fin de l'insoutenable suspens : ce disque est une réussite ! Qui, en renouant avec les fondamentaux de la musique du groupe, pourra sans rougir (ça tombe bien, la pochette l'est déjà) côtoyer sur le rayon de votre discothèque ses grands frères Gotthard, Dial Hard, G, Lipservice, Domino Effect ou Need To Believe. A croire que Leoni s'est inspiré pour son récent travail du célèbre proverbe africain selon lequel pour savoir où aller il faut savoir d'où l'on vient… Eux viennent du blues-rock anglais des seventies pour aller vers un hard rock toujours aussi pêchu et festif, résolument pensé pour le live .

Gotthard reste cette formidable machine à dépoussiérer et recycler les grands classiques du rock. Un exemple ? Le riff d'intro du rigolard Yippie Aye Yay citant le psychédélique Pictures of Matchstick Men du Status Quo débutant. Quelque part dans la montagne dont ils ont emprunté le nom, Gotthard convie donc ses auditeurs dans le chalet suisse du métal. On aime ainsi à se retrouver chez eux après une bonne piste noire (la Coulée du Grand bronze ?), au chaud, jamais dépaysé mais confortablement installé, on s'y sent chez soi. Et leur musique est toujours une cordiale invitation à headbanger « en père peinard » (« sur le grand lac de Genève » aurait pu ironiser Brassens).

Découvrant ce groupe avec l'acoustique D-frosted, je l'ai apprécié dès ses débuts (principalement l'album G). J'ai décroché pendant la période molasse des années 2000 (Open, Homerun, Human Zoo). Heureusement, depuis Lipservice en 2005, Gotthard n'a de cesse de revisiter à sa façon mélodique et entraînante la grande aventure du hard rock. Mais attention ! N'allez pas croire qu'il s'agisse d'un cover-band de luxe. Car Gotthard, ce sont d'abord les compos classieuses de Leo Leoni, qui témoignent d'un état d'esprit quasi musicologique. Le fan y apprécie les nombreux clins d'œil et références à la musique qui a bercé son enfance/adolescence (tandis que le ronchon soupire après l'aspect scolaire de ces morceaux bourrées de citations). A l'instar de groupes-phares comme Queen ou Led Zep, Gotthard c'était aussi une signature vocale : celle, puissante et chaleureuse, de Steve Lee. Voilà pourquoi j'étais inquiet à propos de l'avenir du groupe. Heureusement pour les amateurs de bonne musique, les suisses ont réussi, comme AC/DC en son temps, leur come-back (in red) !

Et puisque j'évoque les kangourous, notons que Gotthard est allé chercher dans leur pays son nouveau vocaliste. Effectivement, Nic Maeder, helvète d'origine, était expatrié chez Crocodile Dundee. Afin de couper l'herbe sous le pied de tout vanneur lourdingue (Laurent R., sort de ce corps !), je précise de suite que, venant de bien plus loin au sud que Toulouse, il n'est pas le frère de Jean-Pierre, qu'ils ne l'ont pas rencontré un soir de fête au Macumba et qu'il n'a pas non plus « disparu au coin de ta rue » ! (Ca, c'est fait…) Nic n'est pas à proprement parler un inconnu au bataillon (comme Passe-Partout). Ultrarock avait apprécié le premier album de la fratrie, Maeder, orienté classique rock tendance binaire à la AC/DC (je vous renvoie à la chronique). Simple et efficace, direct et mélodique, évoquant Aerosmith, Thunder ou encore… Gotthard, ce disque était prometteur. Ce qui frappe (aïe !) l'auditeur à l'écoute de Firebirth, ce sont les progrès vocaux réalisés par un chanteur capable de moduler sa voix et ainsi diversifier efficacement les approches tonales et émotionnelles. Belle évolution depuis le registre éraillé « un peu limité » que je signalais en 2007 ! C'est patent à l'écoute de The Story's Over , sur lequel il déballe la marchandise. Est-il boosté par les compos ? Coaché par Leoni ? Ou apporte-t-il simplement son expérience personnelle et sa propre évolution au groupe ? Toujours est-il que le résultat est à la fois énergique et mélodique. Du Gotthard, quoi. S'il était donc légitime d'avoir des doutes concernant la relève, force est de reconnaître qu'elle ne fait pas honte à la mémoire de son illustre prédécesseur. En clair, s'il ne fera pas (et ce n'est assurément pas le but) oublier Steve Lee, Nic Maeder reprend fièrement un flambeau encore chaud, qu'il brandit bien haut !

Firebirth, l'album de la renaissance, donc. Si la première moitié du disque nous garde en terrain connu, balisé même, jalonné de compositions classiques et d'enchaînements mid-tempo/pseudo-ballade récurrents chez Gotthard, la seconde partie lâche les élastiques en proposant quelques traits hargneux, dans une perspective nettement plus « rentre-dedans ». Comme souvent chez les suisses, des titres aisément abordables, en apparence évidents et référencés, prennent toute leur dimension en révélant après plusieurs écoutes leurs subtilités d'arrangements et un grand savoir-faire de composition. Au final, l'album dans son ensemble s'avère très agréable, intéressant voire addictif. En quoi il se rapproche de l'excellent Domino Effect. S'il ne recèle peut-être pas les mêmes trésors de raffinement, ni de tube immédiat du calibre de ceux de Lipservice, je pense que nous tenons là un carton en puissance. Hands up ! Et chapeau bas, messieurs !

es titres à retenir : on a pu découvrir en avant première sur le Net le chaleureux Remember It's Me , sur lequel Maeder barytone comme Coverdale (un point commun avec Lee qui le faisait très bien). Je lui préfère cependant un Fight brossé au Tonyglandyl® ou un Starlight poseur, taillé pour l' air guitar . Yippie Aye Yay ne se prend pas au sérieux mais enflammera assurément les foules. The Story's Over , moins évident au premier abord, envoie du bois et se révèle tubesque (à l'image de The Oscar Goes To You sur Domino Effect). Right On , attelé à un rouleau compresseur, offre une nouvelle occasion à Leoni de faire chauffer la Talk Box qu'il affectionne. I Can , quant à lui, détache la caravane et met la poignée dans l'angle pour le plaisir des gentils bad boys que nous sommes. Where Are You est une jolie ballade comme Gotthard a toujours su en produire (elle n'éclipsera cependant pas One Life, One Soul ). En bonus, la version semi-acoustique (au dobro) de Starlight tient vraiment la route et nous rappellerait pour le compte le légendaire Five Man Acoustical Jam de Tesla.

En conclusion : « The show must go on. » Steve Lee est mort, paix à son âme. De là où il est, où que ce soit, il veille sûrement sur ses potes, dont il peut être fier. Et longue vie à Gotthard !

Le site : www.gotthard.com

Bouteil Bout

 
 
 
 
Ultrarock : 13 av Charles de Gaulle, escalier D, 78230 Le Pecq, France  

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