BLACKMORE'S NIGHT
"All Our Yesterdays"
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Depuis maintenant 20 ans, il est rare que Ritchie Blackmore fasse parler de lui… Il s'est pourtant invité plus d'une fois dans les news ce mois-ci, à la faveur d'un projet de documentaire - plutôt une bonne nouvelle - puis d'une sombre histoire de royalties - moins passionnant - et enfin évidemment de son projet de monter pour l'été prochain une poignée de shows dédiés à son répertoire Purple/Rainbow, dont on entendra beaucoup parler sans le moindre doute… que ça se fasse ou pas.
Au milieu de tout cas, on nous annonce un nouveau Blackmore's Night pour la rentrée. Pas la plus passionnante des annonces, disons-le franchement. Aussi sympathique que puisse être son projet, il lasse depuis bien longtemps autant ceux qui n'y accrochèrent jamais que ceux qui n'y trouvent plus d'intérêt, rares ayant été les albums ayant quelque chose d'intéressant à proposer, passés les tout premiers. Celui-ci ne renversera pas la tendance, inutile de vous mentir, mais n'est pas non plus la pire production du duo.
All Our Yesterdays se présente sous un original tracklisting, groupé autours des pôles récurrents de la formation. Il s'ouvre par trois titres puisant dans leur dernière tournée : Tout d'abord, le morceau-titre, présenté sur scène chaque soir. Choix logique, avec son refrain écrit et pensé pour le public, clairement. Ensuite, « Alann Yn N Fan », instrumental au titre volé à un morceau gallois joué sur scène lors de cette même tournée, et « Darker Shade Of Black », bien-nommé puisqu'inspiré de A Whiter Shade Of Pale, lui aussi joué sur scène, et lui aussi instrumental, partagé entre orgue et violon, format pas si courant chez Blackmore's Night, avant que Ritchie ne reprenne le dessus… L'homme retrouve de l'appétit, c'est sûr.
Ces deux instrumentaux s'enchaînant si tôt dans le disque traduisent peut-être une certaine prise de conscience du format trop répétitif de leurs albums depuis longtemps… En tout cas la révolution n'est pas pour tout de suite. Les trois titres suivants sont dédiés à un exercice de plus en plus courant pour le groupe : les reprises. Parfois iconoclastes, parfois ratées, elles ont au moins le mérite d'être variées et les trois ici présentes le sont : « Long Long Time » (dans la version de Linda Ronsardt), « Moonlight Shadow » et « I Got You Babe »… choix sans doute dus à Candice. Si la seconde est revue de façon assez rythmique, ce qu'ils ne sont pas les premiers à faire, la troisième colle bien à Candice. Dommage que le groupe ne trouve rien de spécial à proposer en révision de cette compo pourtant riche…
Les trois titres suivants, « The Other Side », « Queen's Lament » et « Where Are We Going From Here », se réfèrent à du Blackmore's Night plus traditionnel, avec respectivement une composition typique des derniers albums, un instrumental très léger de Ritchie, puis un autre thème typique du groupe mais cette fois arrangé de façon moderne… ce à quoi on espérait jusqu'à ce point avoir échappé avec cet album. Les trois suivants se veulent sans doute représentatifs de leur éventail : un titre rythmique (« Will O' The Wind », choisi comme second single), un titre lent composé sur-mesure pour Candice (« Earth Wind & Sky ») puis un titre sonnant franchement folklorique… sans doute plus intéressant que les précédents, avant tout représentatifs des errances de ce projet ne sachant plus trop vers quoi se tourner.
A part le susmentionné « Where Are We Going From Here », les arrangements se recentrent sur des choses plus simples pour les morceaux rythmiques et électriques, à savoir des instrumentations soutenues mais sobres, auxquelles on reprochera simplement un peu de platitude… ce qui peut décevoir de la part d'une formation née en tant que groupe musical vivant et authentique, dont le tout premier intérêt était de mettre en lumière la finesse de Ritchie… Mais ce temps est révolu, et All Our Yesterdays, aussi sympathique soit-il, n'endiguera pas le lent effritement de l'intérêt du groupe. La discographie de Blackmore's Night semble franchement abandonnée au profit de la scène, et se retrouve de plus en plus cantonnée au rôle de prétexte à tournées. Certains apprécient fort le groupe sur scène, certes, mais la créativité de Blackmore vaut mieux que ça.
Le site : www.blackmoresnight.com + myspace.com/blackmoresnight1
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