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 A N D I   D E R I S

2013


Avec son nouveau projet « Bad Bankers », c'est toute une nouvelle aventure à laquelle s'essaie Andi Deris, pas loin de 15 ans après s'être essayé en solo pour la dernière fois… Plutôt réussi, le disque méritait qu'Andi vienne s'en expliquer, à Ultrarock parmi d'autres… Bien avant un chanteur, c'est un humain extrêmement sympathique qui nous reçoit, à la fois simple et « germaniquement » prosaïque, et à la fois lucide sur lui-même…

(UltraRock) J'ai une première question très simple : c'est surprenant de te voir te réessayer au solo après pas loin de 15 ans…

(AD) La raison est simple : en 2000, pour « The Dark Ride », j'ai dû composer 11 titres… plus que je n'en avais jamais fait pour un album d'Helloween. Et ça m'a tout bonnement laissé sans aucune composition en stock pour moi-même : la grosse citrouille avait tout mangé ! Et pour les albums suivants, en fait, la même chose s'est produite : j'avais besoin d'en écrire 6 ou 7 pour chacun d'eux, dont la majorité se retrouvait enregistrée, laissant peut-être un ou deux bons titres en dehors. Et encore, il arrivait qu'ils se retrouvent sur le prochain Helloween deux ans plus tard… Les années passant, donc, je n'ai réussi à accumuler pour moi que 12-13 titres en 10 ans, voilà tout. Car il fallait qu'ils soient à la fois bons, évidement, mais également suffisamment éloignés du style d'Helloween pour justifier un nouvel album solo. Sinon, leur majeure partie était pour le groupe : 6 ou 7 titres sur l'album, mais aussi 3 ou 4 b-sides et bonus… ce qui te fait assez vite 10 titres à écrire par-ci, 12 par là etc. Et, bien-sûr, je suis humain, je n'écris pas comme un maniaque ! 12 à 15 chansons pour un album, c'est ce que je peux proposer – et encore, sous réserve qu'elles soient bonnes. En général ça nous donne donc 6 bons titres pour l'album, 2 b-sides, bonus… reste 1 ou 2 titres assez satisfaisants pour un album solo.

(UR) Un mot sur ton studio, où tu as enregistré ce disque… Il se trouve là où tu habites désormais, à Tenerife [ Mi Sueno studios ]. Quand les as-tu construits et pour quelle raison ?

(AD) Ça remonte à 1998 [l'époque de « Better Than Raw », donc]... La raison est tout bonnement que je voulais mon propre studio où enregistrer mes démos : un endroit sympa, pas trop grand… juste un endroit bien isolé où faire du bruit, en fait Je venais alors d'acheter une maison avec 180m² au rez-de-chaussée, qui était utilisé comme parking par le propriétaire précédent, pour y mettre ses Ferrari… Il s'était donc fait un petit espace pour ça, avec une cuisine et une salle de bain. Lorsque j'ai vu les lieux je me suis dit « Woah, 180m²… je vais en prendre un bout pour faire mon studio ! », et j'ai donc appelé mon architecte. Mais il m'a expliqué « Ecoute, si tu transformes juste ce bout en studio, tu as déjà 2/3 de ce que tu dépenserais pour toute la surface… pourquoi ne pas tout utiliser ? Tu aurais une salle d'enregistrement ici, là une salle des machines, une plus petite salle d'enregistrement là-bas, une salle de contrôle, etc »… Le problème était qu'on n'avait que 2m de hauteur dans ce rez-de-chaussée, qui n'était alors qu'un grand garage… En Espagne, on vit à l'étage, et le bas est pour les voitures. On n'a donc pas besoin de plus de hauteur. En revanche, un studio a absolument besoin de plus, si tu veux obtenir un son correct, beaucoup plus de hauteur… Je devais donc creuser au moins 1m50. Et c'est pour cela qu'il m'a expliqué ceci : « Rien que la réservation et le déplacement des machines te coûtera 2/3 du prix que tu dépenserais pour creuser sur toute la surface, alors si tu veux vraiment faire un studio, utilise tout l'espace ! Et puis il sera beaucoup mieux, et avec plus de salles ». Le calcul était vite fait, ça ne me revenait pas tellement plus cher. Je me suis dit « OK, faisons-le ! ça fera un sacré bon studio ! ». Une fois décidé, c'était parti, et au final je me suis retrouvé avec ce studio sacrément sympa : salle de contrôle, salle d'enregistrement de batterie, salle d'enregistrement pour chant, salle d'enregistrement pour guitares, salle des machines… et j'ai gardé la cuisine et la salle de bains ! Je me retrouvais avec un super endroit. Je me suis tout de suite dit « J'adore ! Filons y enregistrer mes démos ! ». Weikath est la première personne à avoir vu les lieux, et il a adoré : « Woah ! Enregistrons notre album là-dedans ». Je n'ai pas hésité : « OK essayons ça ». Ce fut donc son test, pour voir si le son était OK, ce qui est capital… Tu ne sais jamais avant d'enregistrer effectivement. On y a donc réalisé des démos pour la pré-production de « The Dark Ride ». La batterie sonnait déjà bien, et c'est l'essentiel lorsque tu es un groupe de Rock, un groupe qui ne programme pas mais joue à la vraie batterie. C'est le point essentiel, et la salle doit te donner un son de batterie d'enfer ! Et ça a marché. Depuis ce jour, nous avons tout enregistré dans mon studio. Et d'autres ont suivi : Hammerfall, Rob Halford… et d'autres. C'est bien que le son était bon !
Même si cette pré-prod était à l'origine un test… Nous ne savions alors pas si nous allions enregistrer dedans. Un studio a beau en jeter quand tu le visites, il peut en sortir de la vraie merde, niveau son. Tu ne peux rien savoir avant d'essayer, d'abord la salle d'enregistrement de batterie, et ensuite la salle de contrôle car dans cette salle tu mixes, et lorsque tu mixes la salle où tu es ne doit pas te mentir : certaines salles de contrôle mentent, et tu n'y entends pas ce que tu entendras ailleurs. Il est indispensable d'avoir une salle où tu entends la réalité, du mieux possible… En gros, impossible de choisir un studio sans y faire des tests, des double-tests et des triples tests.

(UR) Il a donc été inauguré par « The Dark Ride », et puisque nous sommes en 1998 je suppose que tu y as aussi fait ton 2 nd album solo ? [donc « Done By Mirrors  » en 1999/2000]

(AD) En effet. Pour cet album, j'ai commis l'importante erreur de me charger de tout. J'aurais vraiment dû m'entourer…. Parce que t'enfermer seul tout un mois pour ton propre projet, et enregistrer tes guitares, tes lignes vocales, tes batteries, tout… C'est vraiment trop ! Je ne le referai jamais, c'était une terrible erreur. Je plains Lenny Kravitz qui fait ça à chaque fois . Tout enregistrer par toi-même, ce n'est pas possible… Plus jamais !

(UR) On retrouve justement un vrai groupe sur cet album, et tu les aurais tous recrutés à Tenerife, donc ?

(AD) C'est assez marrant : ces musiciens jouaient à un concert à Puerto de la Cruz, grande ville du Nord de l'île, qui organisait ça… Il y avait donc ces gars, qui jouaient devant 50-60 personnes à tout casser, et j'étais là avec ma femme… J'aimais bien, on aurait dit Hendrix jouant par-dessus une batterie prête à mourir comme chez Slipknot, et un bassiste assez Funky, qui chantait bien qui plus est… ça donnait un drôle de mélange ! Mais c'était bon, ça rendait bien. J'ai dit « c'est pas mal ! »… et là ma femme me regarde : « tu ne les reconnais pas ? », elle se penche et me dit « Andi, c'est l'ex-groupe de ton fils ! ». Et c'était vrai ! Mon fils quittait Tenerife pour étudier (il fait des études en musique), et venait donc de quitter le groupe. Ils ont donc continué à trois, avec le bassiste au chant à sa place. Lorsque j'ai réalisé que c'était eux j'ai juste dit « Non ce n'est pas possible ». Je ne les avais pas vus depuis 4 bonnes années, la dernière fois, ils devaient avoir 17 ans à tout casser et là, je me retrouve devant des adultes, avec la barbe, des muscles… ça fait bizarre mais c'était marrant. Du coup je leur ai proposé d'enregistrer ce disque avec moi, et voilà !

(UR) Et… qu'en pense ton fils ?

(AD) Oh ça ne lui pose pas de problème… En fait il se sentait mal de les avoir quittés, car c'était pour partir à Boston ou à Londres. Mais je pense qu'ils l'ont bien pris, eux, ils se sont quittés en bon termes. Tout s'est bien passé, et il se dit même maintenant qu'il a bien fait de se retirer car ils ont eu ainsi l'opportunité d'enregistrer ce disque. Enfin, je pense que c'est une opportunité pour eux du moins, et mon fils, lui, envisage les choses plus positivement que lorsqu'il s'est retiré du groupe, où il avait l'impression d'être un traître. Parce que tu sais, c'est difficile pour un gars de l'île de la quitter, peu de gens peuvent se payer un billet d'avion, ou autre… Alors que pour mon fils c'est facile, il peut partir à Londres ou à Boston comme ça lui chante, l'argent n'est pas un problème. Je comprends qu'il se sente coupable, je comprends tout à fait ce que ça lui fait que ses amis ne puissent pas suivre, n'aient pas la chance de partir étudier à Londres ou Boston.

(UR) Pour tes deux premiers albums, tu avais un groupe tout différent, mais quasiment le même sur les deux. Es-tu resté en contact avec eux, et n'as-tu pas envisagé de retravailler avec ?

(AD) Oui, je suis en contact, et n'ai cessé de l'être. Non, je ne leur ai pas proposé de retravailler ensemble, car ils sont tous extrêmement pris par leur travail. Le batteur, Ralph [Maison], a sa propre école de musique, qui est devenue la plus grande d'Allemagne du Sud ! Ça lui bouffe tout son temps… Du coup ça lui fait plaisir autant que ça le frustre : plaisir pour ce succès, mais frustré de ne pas avoir une minute à lui… Il passe parfois un simple quart d'heure chez lui, dans la journée ! On en a déjà parlé, et je me rappelle qu'à nos débuts, lorsqu'on commençait à avoir du succès, je lui avais proposé de me rejoindre, dans Pink Cream… mais il a décliné, et Kosta [Zafiriou] est venu à la place, mais originellement je l'avais proposé à Ralph, tout simplement car c'était mon meilleur ami. Et il a refusé car – je le cite ! – il comptait avoir une famille, et il voulait du temps à leur consacrer ! On en a reparlé récemment et je lui ai fait « bien, as-tu du temps pour ta famille ? »… « connard ». Eh oui ! il aurait peut-être mieux fait de me rejoindre comme batteur, car dans le groupe on avait une année surchargée, certes, mais la seconde on la passait chez nous. Sa situation est bien pire : il est chez lui, mais pas là en même temps, car il n'a pas le temps. C'est bien pire pour tes enfants : si tu es parti en tournée, ton gosse peut le comprendre, à 5 ou 6 ans, il comprend « oh, mon père va revenir, il a une tournée, il est loin », alors que si tu es là, mais sans pouvoir consacrer de temps… c'est bien plus dur pour les enfants. Je n'aimerais vraiment pas expliquer à mon fils « hey, je suis à la maison, mais je ne veux pas jouer avec toi car je suis épuisé, très stressé et je vais aller dormir »… essaie de faire comprendre ça à ton fils, chaque jour. Je préfère bien être à l'étranger, en Amérique du Sud ou au Japon ! Ça il pourrait comprendre : son père n'est pas avec lui car il est au Japon, pas parce qu'il n'a pas envie de jouer. Tu vois ce que je veux dire ? Du coup je pense avoir fait le bon choix. Ça aurait pu être la mauvaise décision. Mais aujourd'hui lorsque je vois sa vie, je me rends compte… [le sujet lui tient décidément à cœur, sa voix se fait d'ailleurs plus sérieuse] C'était parfois dur en tournée, tu pars 5 ou 6 semaines, puis tu reviens pour une semaine. Explique à ton enfant « Hey, après cette semaine je repars pour 5 ou 6 autres semaines, car le prochain Tour Leg commence », c'est beaucoup plus facile, lorsque tu sais que dans 10 mois la tournée est finie, et tu seras avec ton fils toute une année, chaque jour, toute la journée, à la maison. C'est plutôt pas mal, non ? C'est sans doute pour ça que mon fils veut faire le même job.

(UR) Bien, venons-en à l'album. Si je ne me trompe, tu as tout écrit… Quelle a été l'implication du groupe dans les arrangements ?

(AD) Toute l'écriture est de moi, oui. Mais j'ai laissé les musiciens arranger, ré-arranger chaque accord, tout ce qui leur semblait bon au niveau mélodique comme harmonique. Ça sonne comme un gros morceau dit comme ça mais en fait non : c'est en réalité assez limité, car la marge de manœuvre n'est pas grande. Je voulais avoir mon propre style sur cet album, et ça ne laisse pas une grande marge de manœuvre à Nico [Martin, guitariste] qui s'est retrouvé au final assez limité. S'il s'agissait de son propre groupe il aurait bien plus de liberté pour s'exprimer, mais ça ne l'est pas, et qui plus est ce n'est pas un groupe à une seule guitare, nous fonctionnons à deux et ça le limite encore plus. Les possibilités sont bien moindres, dès lors que tu as une guitare jouant des accords de base et l'autre par-dessus : elle ne peut pas faire des bends à la Hendrix dans tous les sens quand ça lui chante, sous peine de jurer avec la seconde guitare. Mais je connais Nico quand même, et c'est sa force, ça… S'il joue seul c'est merveilleux. D'ailleurs, pour mon prochain album, je compte lui écrire dès le début des morceaux à une guitare, voire les écrire avec lui dès le début… ainsi ça marcherait. Et il pourra enfin se livrer à toutes ses conneries ! Car ça sonne vraiment bien crois-moi, c'est du Hendrix mais en plus moderne. Nico est vraiment génial sur une 6-cordes, c'est dommage mais tu ne pourras pas l'entendre sur cet album, ça a été écrit pour deux guitares, mais on reverra ça pour le prochain. Je tiens quand même à dire que chacun des musiciens, le bassiste [Jezoar Marrero], le batteur [Nasim Lopez-Palacios], Nico, chacun a participé, a fourni des idées, mais… il a tout simplement fallu les contenir ! Sans cesse : « Wowowo minute ! Quand la batterie fait son break tu ne peux pas faire ton solo par-dessus ! Ça ne marche pas, alors décidez ! Soit la batterie fait son super-break, soit elle continue normalement et tu fais ton solo, soit la basse fait son truc à la con ! Mais les 3 ensembles hors de question, compris ? ». Dit comme ça, ça sonne bien prise de tête, mais en réalité les sessions ont été super-amusantes. C'est génial de sentir toutes ces idées, après toutes ces années je peux te dire que plus les gens ont d'idées, plus ils aiment ce que tu fais. Ils ne seraient pas si prolifiques s'ils n'aimaient pas le disque : « on pourrait faire ci ! On pourrait essayer ça ! », Non, ça serait « Hmm ? Ouais, OK »… On y a tous pris du plaisir, c'est une chose certaine. Mais ils sont jeunes, et bons en même temps, il a donc fallu les limiter d'urgence mais c'était excellent.

(UR) Tu évoques Hendrix souvent, et sur ce point particulier ça me rappelle ses débuts lorsqu'il a joué pour Little Richards, qui raconte avoir été obligé de l'empêcher de faire ses soli en même temps que ceux du sax.

(AD) C'est bien ce qui s'est passé avec eux… Je ne savais pas qu'il avait joué pour Little Richards, mais j'imagine la situation ! Tu as d'un côté un Hendrix, aussi génial qu'il soit en solo, et un second instrumentiste, en harmonie avec lui… Wow, « Aïe, arrête ! » Bien que ce soit injuste pour Nico, car il est vraiment bon, et si je fais ce second Bad Bankers je tenterai de lui donner des morceaux où il joue solo. Le problème étant que, pour continuer à sonner actuel, il va probablement se doubler, et cette vibe' disharmonique en sera moins aisée à conserver, avec doublage… Mais je pense qu'il y parviendra, même si ce sera ardu. A mon avis il pourra, je pense à Alice In Chains… ou même Van Halen ! Il se doublait, parfois, en doublant ses erreurs… et c'était génial ! un gros son, mais plein de vie, tout cela grâce aux erreurs doublées à l'identique ! Le résultat était incroyable… Ça veut dire qu'il écoutait sa prise, l'erreur ne sonnait pas bien, mais lui il se disait « merde, je le refais pareil ! », et copiait exactement la même chose, avec l'accroc : seconde prise… et ça sonnait génial. Il l'a fait plein de fois. Les « ghost chords » aussi, il les laissait.

(UR) Pour parler du son de l'album, je vais relever deux choses que tu as citées : juste là Alice In Chains, et avant tu as parlé de son moderne, et massif… Moi j'entends ces deux choses dans l'album : j'entends du Rock, pas du Metal, je peux entendre du Alice In Chains, ou du moins disons du Rock 90s. Et en même temps le son est très moderne, effectivement massif… presque Metal pour le coup, je pourrais dire qu'il s'agit d'un album de Rock avec un son Metal.

(AD) C'est Rock, oui… Rock avec un son Metal, je suis d'accord. Pas forcément sur tous les titres, mais le plus souvent. Mais c'est bien ce que je voulais, pas un vrai album de Metal car je n'ai pas écrit des titres franchement Metal. 4 ou 5 le sont, mais je vois plus « Must be dreaming » comme un morceau Rock, avec des disharmonies assez New Metal. Bon ce n'est pas un titre Nu Metal juste car la guitare fait quelques disharmonies du type, mais on a un mélange de genres avec quelque chose qui n'a rien à faire ici, si tu vois ce que je veux dire. On n'entend guère ça dans le Metal. Et pourtant, ça se fait depuis Aerosmith : « Dream on » ! C'est harmoniquement mauvais, mais qu'est-ce que ça sonne bien ! Et j'aime souvent ça, c'est théoriquement faux mais qui s'en soucie ? Si l'on faisait tout théoriquement on n'aurait pas le droit de faire cette satanée « devil's chord », tu sais, cet accord de seconde avec 2 tons au dessus, l'accord du diable… diaboliiiiique ! Mais tu fais ça sur une guitare électrique et c'est génial. C'est toujours génial d'aller chercher des nouveaux trucs à droite à gauche, tant que ça colle à ton morceau. Bon, concernant le son, nous voulions quelque chose de détonnant, qui botte le cul, quand même ! Dominé par les guitares, mais sans bouffer le morceau pour autant, très présentes mais laissant respirer la musique, pareil pour la batterie, qui ne doit pas écraser le chant. De même, les vocaux, évidement essentiels, soulignés par les percussions, ne doivent pas monopoliser l'attention. Là encore on a peu de marge de manœuvre en fait, mais je crois qu'on s'en est tirés. Ça n'est pas un album de Metal brutal, car les guitares ne mangent pas tout par leur agressivité, et en même temps ça ne sonne pas comme l'album solo débile d'un chanteur, car le chant n'est pas en avant… Je crois que notre mélange est bon. J'ai quand même eu du mal sur le début, c'était tellement sec et moderne… un vrai son de salle de répèt ! Mais on a eu raison, un truc gonflé à la mode 80s n'aurait pas fonctionné. J'ai adoré la caisse claire, au final, qui est vraiment sèche… je me suis vraiment fait à ce son, ce « gushhhh » je le reconnais immédiatement. Il n'y avait pas ça sur mes productions, avant. Avec toute cette reverb… il aurait presque pû s'agir de batterie programmée ! Mais maintenant je me suis fait à My Black Beauty Snare [fameuse caisse claire de Ludwig], à My Tama [japonais], ou la Ludwig… ah bah non c'est la Back Beauty [tu t'y fais encore, disons^^]. My Sonor [allemand] aussi… sur chaque titre désormais j'apprécie ça, et je remarque ce à quoi je ne prêtais alors pas attention : « ah ici c'est la Sonor… et là la Black Beauty ! »… Je ne le faisais jamais, le son de la caisse claire ne changeait jamais de chanson en chanson, avec toute cette réverb c'était toujours « fshhhhh »… Ça, c'est un changement appréciable ! J'ai beaucoup aimé, c'était nouveau… des caisses claires sèches ? Pourquoi pas !

(UR) Un autre point appréciable est que malgré cette modernité on retrouve du Helloween sur d'autres titres. D'ailleurs, vu ce que tu m'as dit de leur écriture au début, est-ce que on retrouve ici des chansons originellement écrites pour Helloween ? Un « Last days of rain » peut s'imaginer sur un Helloween des 90s, pour moi…

(AD) … Ah tu trouves ? pour moi ça sonne Pink Cream…

(UR) Ah… moi je ne retrouve pas grand-chose de Pink Cream sur l'album.

(AD) Mouais, sur un album d'Helloween… pas sûr qu'elle aurait trouvé sa place.

(UR) Un Helloween plus sombre, des 90s… « The Dark Ride » ?

(AD) « The Dark Ride » à la rigueur ouais ça pourrait aller ! Là j'essaie de visualiser un enchaînement « Last days of rain » - « Mirror mirror » sur « The Dark Ride » et je pense que ça fonctionnerait… Peut-être avec « If I could fly » devant, oui ça pourrait… Mais pas sur un disque comme « Straight Out Of Hell » ou « 7 Sinners », par contre, non. Ça n'irait pas du tout.

(UR) Ce n'est pas non plus les albums que je vois... Par contre sur ceux comme « The Dark Ride » je verrais bien aussi « This could go on forever ».

(AD) Ah oui, aussi. Enfin sur « The Dark Ride » là encore.

(UR) Et, vu ce que tu m'as dit de ton écriture au début, retrouve-t-on sur cet album des titres originellement écrits pour Helloween ?

(AD) Non. Mais je n'écris jamais pour un quelconque projet, Helloween ou autre, pour un album solo ou quoi que ce soit… Je me contente d'écrire. Je me fais plaisir, c'est comme ça que je vois les choses, composer n'a jamais été une tâche pour moi, mais un plaisir. Dès ma première leçon de guitare, tu sais, j'ai commencé à chanter par-dessus ce que je jouais… Ça a toujours été une question de plaisir, un vrai hobby… comme d'autres jouent au scrabble ou ce que tu veux, tu vois ? Et lorsque tu as suffisamment de tels motifs pour créer une chanson, tu as gagné. Tu as une intro, peut-être un couplet, peut-être même un riff, une idée de pont… tu tiens ta chanson ! Rien n'est meilleur : « wouaouh ! », c'est une victoire. Et ensuite, ça entre dans le domaine du travail, ce n'est plus pour te marrer. Déjà enregistrer la démo est frustrant : « Ah, ça sonnait mieux avec juste ma guitare et le chant dans mon salon… maintenant je dois programmer une batterie »… ça ne sonne pas toujours comme tu l'imaginais, lorsque tu le jouais avec juste la guitare en le chantant… Ton imagination jouait, tu te disais « Wouah ça a l'air d'un super morceau ! » puis lorsque tu ajoutes la batterie et puis la basse ça devient « Mouais, je voyais ça sonner mieux »… ça arrive. Parfois ça serait vraiment mieux de le laisser comme ça, avec ton chant et la guitare, car lorsque tu l'enregistres ça te déçoit, tu prends le risque de trouver ça beaucoup moins bon… La partie fun reste de chanter avec ta guitare devant la télé, avec ton café et une clope… Voilà, ça c'est mon hobby et j'adore. Dès que l'on passe à j'enregistrement : aïe. Ça devient un travail. Mais je pense que tous les musiciens doivent connaître ça.

(UR) Ce que tu me racontes là n'est ni plus ni moins que tes premières expériences musicales… En gros rien n'a changé dans ta manière de travailler, depuis ?

(AD) En fait je ne connais que cette manière. Et je ne me suis jamais demandé non plus ce qu'était la bonne manière ou la mauvaise, la seule que j'ai est de m'asseoir avec la guitare et chanter. Parfois, tout part d'une phrase que je trouve… mais c'est rare. En fait c'est une exception, mais par exemple « Are u metal » est née comme ça, et j'ai écrit la chanson à partir de cette phrase. « Are you metal », c'était la dernière… pour « 7 Sinners », je l'ai faite à cause de cette expression. Ce n'est pas correct, « es-tu Metal », c'est grammaticalement faux, tu ne peux pas « être Metal ». Mais, c'est aussi un style de musique donc tu peux « être » Metal. Et ça m'a plu ! Ça sonne faux et ça a du sens en même temps, ça m'a vraiment donné envie d'en faire un titre. Donc j'ai construit celui-ci autour de cette phrase, et ça a fonctionné, mais à la base je préfère grattouiller, et laisser les idées venir jusqu'à ce qu'une me plaise et me donne mon sujet. Trouver une mélodie à associer à une phrase me pose quand même plus de difficultés que gratter ma guitare et chantonner, jusqu'à trouver une belle mélodie et un bon riff ou quoi que ce soit avant de poser un quelconque texte dessus. C'est comme ça que je procède, je préfère. Ça n'en fait pas la seule méthode, ou la meilleure, mais c'est la mienne. D'autres vont fonctionner tout différemment et réussir bien mieux que moi, mais ce n'est pas ce qui compte le plus à mes yeux : avant la réussite il y a le plaisir, celui de jouer de la guitare et de chanter, de créer et de… gagner au scrabble, héhé ! C'est ce feeling-là qui compte.

(UR) Tu as donc tout dû composer comme ça sur cet album, sur ta guitare… Tu es allé jusqu'à écrire toutes les lignes de guitare de l'album, ou Nico a pris les siennes en charge ?

(AD) Je les ai écrites moi-même. En fait quand Nico est arrivé j'avais déjà arrangé mes titres et enregistré mes démos, donc les lignes étaient prêtes. Ce qu'on a fait ensemble est de travailler sur son jeu, afin de le faire coller à ce que j'avais préparé comme parties de guitares. Ce n'était pas facile pour lui, et parfois c'est moi qui me suis adapté à lui. Mais la plupart du temps je n'ai pas pu, car ça impliquait trop de changement pour mes lignes vocales, pour aller avec les guitares, l'harmonie… le chant s'en retrouverait tout différent. Ça peut bien donner, mais pas forcément, parfois tu vas être convaincu, mais pas toujours, franchement… Ce n'est donc pas facile de tout réarranger si ton guitariste change tes idées, qui ont déjà été mises en place, elles. C'est vrai que ce n'est pas très gratifiant pour le guitariste, donc je pense que je dois le féliciter. J'ai essayé de lui simplifier la tâche, et ne l'ai pas découragé d'amener ses idées. On les a toujours envisagées, et il en a inclus certaines comme je te disais avant.

 

Belle ouverture sur une génération qui n'est pas la sienne, en tout cas, tout aussi honnête que le regard qu'il pose sur lui-même et son entourage. Sa femme, tout aussi adorable bien que franchement différente, le rejoint pour l'emmener manger, nous promettent-ils, des escargots, ce qu'ils semblent considérer comme un hommage au pays… Le plus important, c'est qu'Andi semble bien donner du sens aux Bad Bankers et rend la perspective d'un deuxième volet aussi envisagée qu'intéressante.

THE OUTCAST

 

 

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