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Chronique de l'album
"Time to be free"
Interview d'ANDRE MATOS réalisée en face à face par Lullaby le 25 février à Paris

 

Depuis 3 ans que le chanteur brésilien n'était pas venu en France (Ultrarock l'avait rencontré en 2005 pour la sortie de l'album Reason de son groupe Shaaman) nous avions peu de nouvelles d'Andre Matos. Mais n'allez pas croire qu'il se reposait tout ce temps ! Il nous revient aujourd'hui avec un superbe album intitulé Time to be free, un titre plus qu'approprié à ce nouveau départ sous le nom de l'artiste en solo. Le 25 février dernier, jour de la sortie de l'album en France, nous avons retrouvé, le temps d'une interview, Andre dont la créativité et le professionnalisme n'ont d'égal que sa disponibilité et sa gentillesse.

Ultrarock : André, nous suivons ta carrière depuis le tout début et connaissons les différentes formations par lesquelles tu es passé (Viper, Angra, Virgo, Shaman, ainsi que de nombreuses collaborations en tant qu'invité sur les albums d'autres groupes…). Cependant, ce nouvel album pourrait être, dans l'intention et la force des compositions, l'immédiat successeur d' Angels Cry (le 1 er album d'Angra), à la nuance près que la voix est plus mature et nuancée en émotions, un peu comme sur le dernier Shaaman…
André Matos : Oui, c'est un mélange de tout cela, en effet.

Pourquoi sortir un album sous ton propre nom aujourd'hui, alors que tu aurais pu le faire juste après la rupture avec Angra, par exemple ?
J'ai absolument eu besoin de passer par toutes ces expériences pour arriver à un certain point où je me suis senti prêt à affronter ce challenge, à me lancer et à en porter la responsabilité surtout. Les gens ne devraient pas croire que c'est facile : ça t'expose directement à beaucoup de choses, car si ça ne va pas, c'est de ta faute. Mais d'un autre côté, c'est aussi pour cela que j'ai voulu conserver un travail de groupe. Je n'ai jamais voulu appeler ça un projet personnel, mais un groupe « solo ». Il y a des gens comme Bon Jovi, Van Halen ou Ozzy qui sont indéniablement les personnages centraux et donnent leur nom à leur groupe, mais il sont très entourés par les musiciens avec qui ils travaillent. L'autre chose très importante est qu'on travaille vraiment en équipe : on compose, on arrange, on enregistre les chansons ensemble, on monte sur scène ensemble. C'est comme ça que j'aime travailler. En fait, il n'y a pas vraiment de différence avec la façon dont je travaillais avant. Je ne me vois pas faire le patron et commander les autres, je n'aime pas ça et je n'en ai pas besoin pour mon égo ou quoi que ce soit. C'est bien plus agréable d'avoir un environnement amical. Je suis même étonné de voir à quel point dans ce groupe solo les choses sont plus harmonieuses que dans un « vrai » groupe.

Le fait est qu'avec « Andre Matos », les gens identifient immédiatement de qui il s'agit, par rapport à Angra d'une part, mais c'est même plus évident que dans Shaaman, où il a fallu dire « c'est le nouveau grouep d'Andre Matos, ex-chanteur d'Angra ». Ca devrait donc être plus facile au niveau de la notoriété.
Oui, j'avais un peu peur d'utiliser mon nom au début mais je pense en effet qu'il était temps de le faire parce que je suis au milieu de ma carrière et j'ai acquis assez d'expérience pour ça. En plus il faut bien se dire que j'ai participé déjà à 4 groupes qui se sont tous séparés pour une raison ou une autre. Alors si j'étais revenu avec un énième nom de groupe, ça aurait pu donner une mauvaise image, du style «Ok, c'est ton nouveau groupe, quand va-t-il splitter…? » ! En plus c'est difficile d'imposer un nom de groupe, il y en a déjà tellement, ça prend du temps pour que les gens fassent le lien, comprennent qui joue dans ce groupe… Et enfin, en effet une chose est sûre, je ne me séparerai jamais de moi-même !

Est-ce que cela signifie que tu es désormais entouré des « bonnes » personnes ?
Oui, je le pense. Après toutes ces années, les expériences difficiles, les splits, sont aussi un moyen de filtre filtrer les gens et tu te retrouves avec la « crème de la crème » (ndlr : en français, s'il vous plait !)

C'est aussi ce que l'on ressent quand on écoute les paroles de cet album : beaucoup de choses lourdes, difficiles, de douleurs…
Oui, on grandit et on apprend souvent – voire toujours – au travers d'expériences douloureuses. Ou tu grandis ou tu meurs ! Mais on remarque aussi que mes paroles laissent la plupart du temps entrevoir l'issue positive. « Positive» ne veut pas dire « stupide » ou « joyeuse gratuitement » mais simplement essayer de toucher les choses profondes et envisager les bonnes solutions, ce que ça peut apporter à ta vie, en tant qu'être humain. Toutes les paroles sont plus ou moins liées et appartiennent à ce même concept.

Oui, en effet, on peut voir notamment « Face the end » juste avant « Time to be Free », c'est un peu pareil dans les situations de la vie.
Oui, je suis quelqu'un qui est passé par beaucoup de séparations et de nouveaux départs. On pourrait penser que je suis quelqu'un avec qui il est difficile de travailler mais je ne le crois pas vraiment. Je crois seulement que je ne me satisfais pas de la médiocrité, premièrement, et aussi que je ne peux pas me mentir. Si quelque chose ne va pas comme il faut, il doit y avoir une rupture quelque part. Car si tu restes dans une situation superficielle, juste parce que c'est plus convenable, parce que tu as peur du changement ou que tu ne veux pas perdre le confort que t'apporte la situation, en fait ça te rattrapera un jour ou l'autre.

C'est vrai, mais c'est la voie la plus difficile…Tu n'hésites jamais ?
André Matos : Bien sûr que j'ai hésité… A vrai dire, tu hésites autant que tu peux pour essayer d'éviter cela. Cela dit, il y a aussi des gens qui foncent et ce n'est pas forcément mieux car parfois, si tu attends un petit peu, tu peux trouver des arrangements. Je suis quelqu'un qui essaye d'abord de trouver des solutions à l'intérieur du problème, mais quand je me dis qu'il n'y a absolument aucune solution, alors il est temps de laisser tomber et de passer à autre chose. Je crois que c'est ça la vie, on ne parle pas juste de musique là.

Est-ce que faire ce disque a été difficile, personnellement, et musicalement ?
ACa a été un immense plaisir de faire ce disque, mais ça a demandé beaucoup d'efforts…

A propos de la performance vocale ?
Et bien curieusement pas tant que ça, et ce principalement dû au fait que j'ai travaillé avec Roy Z. C'était la première fois que l'on travaillait ensemble, c'est vraiment un spécialiste des chanteurs (Rob Halford, Bruce Dickinson, Sebastian Bach…). Il m'a appris une nouvelle manière de travailler en studio, d'une façon plus émotionnelle peut-être. J'avais l'habitude de me concentrer sur la technique, j'étais très soucieux que les voix soient parfaites. Roy a changé ma façon de voir les choses. Si on prend Freddy Mercury ou Ian Gillian par exemple, on se dit « en effet, ce n'est pas parfait à 100%... » et c'est peut être pour cela qu'il s'en dégage tant d'émotion. C'est plus « humain ». Roy m'a fait chanter en réfléchissant moins ! Ca a été rapide, j'ai enregistré toutes les voix en une semaine ! Si j'avais enregistré tout seul, j'aurais mis au moins un mois. Il y a donc un côté plus « live » mais souvent, les gens préfèrent écouter les lives plutôt que les albums studio des artistes qu'ils apprécient.

Si l'album sort aujourd'hui en Europe, il est disponible depuis quelques mois déjà au Japon. Comment cela se fait-il et n'était-ce pas un peu risqué, surtout avec les téléchargements illégaux ?
Au Japon, c'est normal, ça sort toujours avant et avec des bonus en général, car ils doivent protéger leur marché de l'importation car les imports arrivent souvent moins cher dans le pays… Mais juste après, il est sorti au Brésil. S'il sort seulement maintenant en Europe, c'est juste parce que je cherchais les meilleurs partenaires ici pour que l'album soit bien distribué, et avec une bonne promo. Alors c'est vrai, il aurait pu sortir bien avant, j'ai eu des propositions avec des labels locaux dans chaque pays, mais j'ai choisi SPV qui sont sans doute les meilleurs en Europe. Mon souci principal était de pouvoir être maintenant présent en Europe de manière plus constante et reconquérir le prestige qu'on avait ici par le passé. La France a toujours été notre « locomotive », c'est là qu'en Europe on a toujours eu le meilleur accueil, mais désormais, je suis surpris de voir les bonnes réactions en Allemagne, Suède, Angleterre… où on n'avait jamais vraiment beaucoup marché avant, les critiques sont vraiment positives et ça ouvre des possibilités pour tourner.

Réalises-tu que les gens attendaient ton retour ? Que les gens ne t'ont pas oublié ?
Je suis très touché quand je constate cela en effet. Mais je ne m'en rendais pas compte, et je me posais la question. Je me disais « oui, je vais refaire quelque chose parce que j'en ai besoin » mais je ne savais pas à quoi m'attendre. Bien sûr j'espérais, je croisais les doigts pour que tout se passe bien, mais c'est différent d'être ici et de voir l'accueil, les gens… Surtout depuis le temps que j'étais absent, je souhaitais revenir mais je ne savais pas comment. Et maintenant, tout prend son sens, c'est comme un puzzle, la dernière pièce est sur le point d'être posée et c'est une superbe suite à ce qui a commencé il y a maintenant pas mal d'années.

Donc, tu penses que tu vas tourner bientôt ?
Oui, en Europe on a des propositions pour avant l'été… Mais c'est peut être un peu tôt par rapport à la sortie de l'album. Alors on va peut-être attendre un peu, essayer d'être à l'affiche des festivals d'été dans un premier temps et puis élargir à une tournée européenne vers octobre, histoire de faire les choses dans le bon ordre ! Mais c'est sûr, c'est une priorité de venir jouer en Europe. Et j'espère bien pouvoir faire plusieurs dates à travers toute la France, pas juste Paris.

U As-tu besoin de venir tester ton album sur scène pour savoir si ça va vraiment marcher ?
D'après les réactions que j'ai déjà sur l'album ici, je pense que ça devrait marcher plutôt pas mal. Je connais le groupe dans lequel je suis, on a joué l'an dernier au Japon dans de gros festivals, devant plus de 20000 personnes, avec de gros groupes, et l'accueil a été super. Donc c'était plus ou moins la même situation, et même plus incertaine car je n'avais pas joué là bas depuis plus de 8 ans… C'était mon retour au Japon ! Et ici en France, je suis quasi sûr que ça va être pareil, il y a toujours une atmosphère très agréable. En fait, on va pouvoir tester ça un peu ce soir, je te dirai après… ! (Ndlr : le soir même, Andre a joué en acoustique au Hard Rock Café – live report ici)

Quelle sont tes chansons préférées sur cet album ? (c'est peut-être un peu difficile de choisir alors je vais te dire la mienne, c'est « Looking Back » !)
Oh, c'était ma préférée dès qu'on a eu fini l'album ! Et puis j'ai écouté et ré-écouté le disque et c'est devenu plus confus… ! Mais c'est l'une de mes préférées, c'est certain. On en a fait une version acoustique pour la radio au Brésil, elle rend vraiment bien. On va la jouer ce soir d'ailleurs. Masi je pense que sur cet album, il a plusieurs morceaux phares. « Letting Go », qui ouvre l'album par exemple, en est assez significative. Il y a « Rio » qui est très impactante, « Face the end » aussi. Et « Time to be free » est une chanson très complète.

Oui, tiens à propos de « Time to be free », je trouve qu'il y a un riff de guitare qui ressemble à celui de « As I die » de Paradise Lost, c'est une coïncidence ?
euh je ne sais pas…probablement…je vais demander au guitariste, tiens ! Mais c'est vrai, quand on y pense le riff est similaire. J'aime beaucoup Paradise Lost. Je suis allé à leur dernier concert à Sao Paulo. C'est l'un des derniers groupes à faire les choses avec leur cœur…

Faisons le tour du reste de l'album, le morceau « Rescue » est un peu tribal…
Oui, elle commence avec des riffs de guitare avec un esprit tribal. « How long » est une chanson très intéressante, c'est Roy Z qui a fait les guitares. Elle est très orientée Heavy Metal des années 80.

C'est une chanson très personnelle non ? Ca commence quand même par « I'm juste trying to find me… » et en ce qui te concerne, il ne doit pas s'agir d'une recherche d'identité musicale…
Non, c'est vrai, mais je laisse à chacun le soin d'interpréter mes chansons comme il le souhaite…  mais oui, en effet il y a bien des raisons pour lesquelles j'ai écrit cette chanson…

Bon, et bien merci Andre, on va se quitter sur ce suspens car je crois que tu es en retard… !
Oh, je suis en retard toute la journée… !