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E M B R Y O N I C   C E L L S


Interview réalisée par M@x Born, le 12 février 2019, au Dr Feelgood Les Halles, à Paris.
 

Horizon, tel est le titre du nouvel album du groupe Embryonic Cells. Curieux de savoir ce qui s'y profile, nous avons accosté et posé nos valises de questions dans la cale d'un bar parisien incontournable. C'est Max, affable capitaine vocal et moussaillon six-cordiste de l'équipage qui nous a embarqué dans une discussion passionnante :


UR : Ma première question concerne la promotion de l'album qui est paru en novembre, et on se rencontre seulement maintenant ?

M : Cette promo s'est faite par à-coups, c'est complètement involontaire, nous avons été signés par Apathia Records, l'album est sorti en novembre. Nous avons rencontré Roger, de Replica Promotion, plus tard. C'est juste une question de timing. En même temps, il y a eu un gros travail de pré promotion orchestré par Apathia Records avec beaucoup de retours de presse, nous avons été plutôt contents de l'accueil réservé à notre album. Et puis, quelques mois après, il y a eu l'annonce de notre participation au Hellfest, j'en mesure aujourd'hui l'attrait par les questions que l'on me pose à ce sujet, c'est nouveau pour moi.
Finalement, ça se passe en deux temps, ce media-planning peut ne pas paraitre très logique mais ce n'est pas si mal que ça.

UR : Ça permet de maintenir l'actualité sur le groupe et une nouvelle mise en avant

M : Oui, d'autant plus que nous avons toujours des choses à annoncer, des projets qui n'étaient pas à l'ordre du jour en décembre, nous n'aurions pas pu en parler alors.

UR : Six ans se sont écoulés depuis le précédent album, que s'est-il passé ?

M : Pendant ces six années, nous avons déjà beaucoup tourné, comme nous ne voulions pas répéter cent fois le même set, il y a eu du travail, de composition notamment, un processus assez long, notre batteur a déménagé sur Lyon, nos échanges se sont espacés. Pour ma part, Embryonic Cells est mon occupation musicale exclusive, ce qui n'est pas le cas des autres copains dans le groupe, certains d'entre eux ont investi des groupes, Pierre avec Melted Space, par exemple, qui est une machine de guerre, un blockbuster plutôt ambitieux qui lui prend forcément beaucoup de temps. C'est cumuler nos emplois du temps qui est difficile en fonction de nos disponibilités. Un jour, on s'est réveillés en se disant que nous n'avions pas vu le temps passer, nous sommes tous hyper actifs dans plein de domaines, des vies professionnelles trépidantes et assez agitées, investis dans des milieux associatifs assez divers, on jongle avec tout ça et dans la maison Embryonic Cells on s'est dit "mais qu'est-ce qu'on fout ?!".
C'était doublement frustrant parce qu’on avait du matériel, des choses à proposer et une envie de faire, gonflés et enthousiastes, et voilà, aujourd'hui, on propose Horizon. Pour faire écho à ta question : c'est inadmissible, c'est trop long ! Nous comprenons les avis et on s'est fait engueuler à raison. Nous sommes dans une dynamique de sorties d'albums beaucoup plus régulières, il est hors de question pour le label, pour ceux qui nous suivent, de faire subir à nouveau une telle attente de cinq années.

UR : Sur Bandcamp, il n'y a de la pub que pour ce dernier album, les précédents ne sont plus disponibles ?

M : Alors, les autres n'appartiennent pas à Apathia Records, l'album précédent était abrité par le label Axis Music, c'est certainement une question de droits, on réfléchit à l'édition d'un objet anniversaire qui compilerait les quatre albums avec des vielles démos, de la réédition, c'est quelque chose sur laquelle nous travaillons. Sur notre merchandising itinérant, tous nos albums sont disponibles.

UR : Revenons en arrière, à quel moment vous êtes-vous rencontrés et avez décidé de monter ce groupe ?

M : Nous sommes un vieux groupe créé en 1994, j'officiais avec des potes dans un groupe qui s'appelait Blasphème

UR : Pas le Blasphème des 80's donc !

M : Non, pas le Blasphème légendaire, le Blasphème de Reims (rires), et j'ai été viré de ce groupe ! Mon batteur, avec qui j'étais ami, m'a dit "mais moi, je pars avec toi ! ". Nous avons monté un truc, composé un morceau, deux morceaux, ça a donné Embryonic Cells. Nous sommes un vieux groupe mais il faut relativiser cet âge, il y a eu une petite enfance, une enfance, une adolescence, je ne sais pas si nous en sommes à l'âge adulte, c'est stratifié, à la louche pendant dix-douze ans, nous avons appris à jouer de nos instruments, on était un groupe de garage, on a écumé les bars, les salles, les caves, on a énormément joué, sorti quelques démos. C'est bien plus tard, lors d'un changement de casting au sein du groupe, que nous avons sorti notre premier album en auto production qui s'appelle Before The Storm, un album cru, une sorte de Black Metal dégueulasse avec un son de cave. Bizarrement, quand tu relis les chroniques, nous avons été globalement bien reçus, ce qui nous a bien encouragés. Nous sommes allés en studio pour monter en gamme et nous avons sorti Black Seas qui a vraiment été bien accueilli, nous a ouvert plein de portes, plein de gens nous ont fait jouer, tourner sur pas mal de festoches. Après 4 ou 5 ans, on a sorti Dread Sentence chez Axis Music et, ensuite, on raccroche avec ce que je t'ai dit tout à l'heure (ndr : plus haut).

UR : Cet album est très intense et mélange pas mal de courants extrêmes, le Heavy Doom avec le titre "No Boundaries" et son refrain presque Goth, le Thrash sur le couplet de "Never Let You Fall", votre Black Metal est très ouvert

M : On a tendance à nous catégoriser dans le Black metal old school, oui, pourquoi pas, en fait je n'en sais rien !

UR : On est aux antipodes de la production de type "on joue du fond de la caverne"

M : J'écoute énormément de Heavy Metal, de la Dark Wave, et au-delà du spectre Metal déjà très très large. Je suis fan de Devin Townsend et de groupes obscurs comme Leviathan, en même temps j'écoute du Jazz, de la musique électronique, du classique, des bandes originales de film. C'est multiplié par quatre car nous avons chacun des influences diverses, je suppose que tout ceci est digéré, donne Embryonic Cells et un album qui s'appelle Horizon. Comme un O.V.N.I. où on passe d'une fenêtre thrash à un truc un peu Goth.

UR : Le titre Horizon est celui le plus extrême mais aussi le plus court, un moyen de se démarquer justement de ce True Black Metal ?

M : Rien n'est prédéfini, on ne se demande pas quel public on va toucher, pas de benchmark, pas de cahier des charges, pas de stratégie. On fait les choses un peu naïvement, avec notre cœur, au feeling. Cet album fait huit morceaux mais, en réalité, quinze ou vingt ont été composés, nous avons fait un tri qui nous semblait cohérent. J'ai du mal à l'intellectualiser et à en délimiter les contours car c'est une musique qui sort du cœur. C’est une musique de potes qui ne déterminent pas grand-chose sur le plan de la composition.

UR : Il y a un vrai sens du refrain comme sur "Carved In My Skin", "Never Let You Fall", c'est aussi un signe d'ouverture ?

M : Nous ne sommes pas les ambassadeurs de l'éclectisme culturel, même si ces thématiques-là nous portent. Mais c'est intéressant car, auparavant, je composais la musique et ensuite les paroles. Pour cet album, c'était une petite révolution, j'ai commencé par les lignes musicales, le chant, la musique est venue ensuite, cette méthode-là a accentué l'efficacité des refrains. On a essayé de faire des chansons, le refrain martelé est quelque chose qui m’intéresse.

UR : On peut comprendre le fil rouge de l'album, ça parle tout de même de cheminement personnel ?

M : Je suis fasciné par ce que les gens y voient, c'est intéressant, cette appropriation est super classe et c'est super que ça puisse m'échapper mais c'est beaucoup plus terre à terre.
Horizon n'est pas vraiment un concept album mais il y a une déambulation narrative, logique. C'est un personnage qui prend des tableaux différents. Ça parle des déracinés, des réfugiés, des hommes, des femmes, de leurs enfants, des familles qui font face à une guerre, un conflit, des personnes en situation d'exode obligé. Ça implique pour certains de traverser des océans, des déserts, des montagnes pour transcender leur propre horizon. Ce n'est pas une parabole politique, ça parle de l'histoire humaine, dans le passé, le présent. Ça fait écho à l'actualité, du drame méditerranéen qui se transforme en cimetière. Je suis tétanisé devant ces états européens, ces superpuissances qui se bunkerisent, paniquées devant cinquante mecs dans une barque. Ce phénomène va s'accentuer dans le futur, je pense.
Cet Horizon peut être physique, géo politique et psychologique.

UR : Don't Serve Your King peut aussi faire penser aux manifestations qui secouent la France actuellement, non ?

M : Ah, je n'y avais pas pensé, tu vois, nous sommes passionnés de fantastique et tous les autre albums ont été inspirés par Robert Howard ou Lovecraft. Pour Horizon, c'est un peu différent, cette histoire d'exode est intemporelle, ça pourrait se passer maintenant, au moyen âge, dans un monde post-apocalyptique à la Mad Max... Il y a toujours une allégorie fantastique sur cet album et, sur Don't Serve The King, il y a une approche un peu médiévale.

UR : C'est un album plutôt court, c'est volontaire ?

M : une fois de plus, ce n'est pas réfléchi, on a structuré cet album puis, en laissant reposer la chose et passer le temps, nous nous sommes dit que ce n'était pas la peine d'en rajouter.
Il y a des albums où il y a des morceaux en trop, tu vois, j'aime bien Load et Reload de Metallica, mais un album aurait suffi. Je préfère un album court que l'on a envie d'écouter plusieurs fois qu'un album trop long.

UR : Pour finir, parle-moi des dates à venir, tu as parlé du Hellfest tout à l’heure

M : Pour nous, y participer, c'est un peu miraculeux, j'y travaille depuis près de dix années, j'en connais les coulisses, j'apprécie le Hellfest pour sa capacité à proposer des blockbusters et à continuer à soutenir l'underground. Il y a une générosité dans le Hellfest, une convivialité vraiment appréciable. Nous sommes très chanceux, suite à un alignement miraculeux de planètes (rires). Nous sommes d'éternels adolescents métaleux qui trippons sur les groupes de notre enfance et je suis honoré de jouer avec des groupes dont j'avais le poster dans ma piaule quand j'avais quatorze ans. On joue le dimanche matin, sans doute, sur la Altar, c'est l'occasion de faire d'autres rencontres. Sur le plan visuel, on va proposer quelques surprises, la théâtralisation est aussi importante que l'aspect musical.

UR : Chez vous à Troyes aussi avec Misanthrope ?

M : Le 18 mai. On a déjà joué avec eux, ce sont des copains, une sorte de release party à la maison, ce sera l'occasion de présenter les nouveaux morceaux et de faire la fête. Nous sommes en train de monter deux projets de tournée, l'un hexagonal, l'autre un peu plus européen, c'est un peu prématuré d'en parler mais nous sommes en train de raccrocher tous les wagons logistiques. Notre objectif, c'est d'avoir l'opportunité de jouer, de tourner, dans des endroits où nous n'avons pas encore joué, c'est le moteur du groupe.

Le site : https://www.facebook.com/embryonic.cells

M@x Born