K A R E L I A

Interview réalisée par Xavier

K A R E L I A
19 septembre 2011


Interview du Groupe KARELIA

Ultrarock : Comment se passe la promo de ce nouvel album ? Etes-vous beaucoup sollicités ?
Karelia : Beaucoup je ne sais pas mais nous enchaînons pas mal et notre album semble attiser la curiosité, ce qui est déjà pas mal par les temps qui courent ! De toute façon, la promo se joue par rapport à un petit nombre de décideurs qui croient au produit ou pas, mais ce qui est clair c'est qu'on a du mal aujourd'hui à convaincre avec des arguments artistiques...

Cette promo se limite principalement à la France ?
Non, au contraire! Il faut dire que le métal n'a pas une très grande place en France. Malgré tout, on essaie d'être "prophète en notre pays" pour commencer, mais c'est un projet ambitieux car tu t'aperçois que les portes sont un peu plus ouvertes ailleurs. Ce n'est un secret pour personne qu'en matière de rock'n'roll et de métal l'herbe est plus verte chez le voisin.

4 ème album donc, pour presque autant de revirements de situation. On a l'impression que chaque album de Karelia est une réinterprétation de vos envies musicales. Qu'est ce qui vous a amenés à évoluer jusqu'a ce qui fait aujourd'hui "Decadence" ?
Ca va te paraître démagogique mais c'est tout simplement un réel amour de la musique (rires). On ne joue pas notre vie, on ne nourrit pas 300 personnes avec notre musique comme Lady Gaga. Donc nous en profitons pour vraiment nous faire plaisir. Et, du coup, dès que tu te sens un peu limité dans ton terrain de jeu, tu vas voir un peu à côté et tu essaies de t'éclater avec ce petit mélange. Le problème, c'est qu'on n'est pas toujours bien compris et nous passons pour un groupe sans grandes affinités pour un style ou pour un autre, ou encore des vendus qui essaient de se plier à une tendance pour élaborer nos compositions alors que c'est, en fait, tout le contraire. Nous aurions certainement été gagnants à rester dans notre métal sympho d'il y a quelques années.

Est-ce une volonté consciente de brouiller les pistes ou est-ce une démarche qui s'est faite d'elle-même?
Ca s'est fait sans vraiment réfléchir. On a pris de grandes libertés pour créer nos compos et, à mon avis, une intro rap ne doit pas se voir sur tous les albums métals du pays (rires). Il n'y a pas de règle, chacun est venu avec des idées qu'on a creusées un peu pour aboutir aux différents titres de cet album. Nous avions envie de créer quelque chose de différent. D'ailleurs, ceux qui ne toléraient pas cela ont fait leurs bagages...

Justement, comment s'est passé l'arrivée des nouveaux membres de Karelia ? Ont-ils tout de suite adhéré à la philosophie du groupe ou a-t-il fallu un petit temps d'adaptation?
Nous avons pris le problème à l'envers et nous sommes tournés vers des musiciens qui ne sont pas forcément des métalleux et qui ont une grande culture et une grande ouverture musicales, plutôt que de jouer avec des zicos bien ancrés dans le métal à qui il faudrait élargir l'anus pour accepter cette ouverture vers d'autres registres.

Tu le disais, vous voulez couvrir tous les registres du rock dans vos compositions, on connait également votre goût pour l'électro mais vous allez même parfois plus loin avec un peu de flamenco par-ci ("Out For A Walk"), un peu de rap bien US par-là ("MyTV Sucks"), et j'en passe. N'avez vous pas peur que tout cela paraisse un peu « too much » ? Il y a un peu de provocation dans l'air, non ? N'as-tu pas peur de te mettre une partie du public à dos ?
Oui c'est vrai, c'est un peu notre calvaire. Mais, à défaut d'être des stars internationales un jour, on pourra au moins dire qu'on aura eu un intérêt pédagogique (rires). Plus sérieusement, c'est vrai que c'est un gros problème, mais on ne prétend pas faire quelque chose d'irréprochable, juste de différent et d'amener une touche particulière dans un style qui parfois en manque. Je ne dis pas qu'il n'y a rien de neuf dans le métal, mais il y a peut-être une tendance à l'autosatisfaction depuis quelques années.

Qu'est-ce qui pour vous, au sein de Karelia, peut vous permettre d'encore gravir les échelons sur la scène française et européenne ?
Tout simplement de toucher un public différent de celui du métal. On a parfois l'impression de jouer au rugby sur un terrain de football : notre promo se fait surtout dans le milieu métal et j'aimerais pouvoir sortir un peu de cette sphère pour toucher d'autres tranches de la population avec un passage dans "Taratata" ou "Le grand journal", bref des émissions simplement populaires et, pourquoi pas, représenter une sorte de passerelle entre le métal et le grand public. Est-ce qu'on choquerait, avec notre musique, une ménagère de moins de 50 ans qui n'a pas l'habitude d'écouter du métal ? Ou est-ce qu'on lui ouvrirait les oreilles sur quelque chose d'intéressant même si c'est étiqueté "métal" ?

Et c'est envisageable ?
C'est super dur, indéniablement. Quand tu es étiqueté comme "groupe de métal", tu es marqué au fer rouge et interdit de passage dans les émissions populaires.

Vous avez pu collaborer avec Rudolf Schenker sur cet opus, vous avez également une date en commun avec Scorpions à Genève début Novembre, vous avez déjà eu l'occasion de vous produire avec eux auparavant. Visiblement, les allemands vous apprécient grandement. Comment cette collaboration si importante a-t-elle pris forme ? Vous a-t-elle ouverte de nombreuses portes ?
Nous avons énormément de chance, c'est clair. Nous avons toujours tenu à ne pas leur imposer notre présence. On fait en sorte de ne surtout pas être un poids, ni d'avoir une attitude intéressée, comme c'est le cas habituellement dans pareille situation. Même nous, on le ressent parfois avec de plus petits groupes qui pensent qu'on peut les amener à des choses intéressantes. Avec Scorpions, nous nous sommes rencontrés à Bordeaux en 2007. Rudolf lui-même était venu nous voir pour nous dire qu'il avait entendu ce qu'on faisait et qu'il trouvait ça sympa. Je te laisse deviner ma réaction, à ne même pas en croire ce que j'avais entendu.
Puis ensuite, cela s'est décidé à Carcassonne en 2009, notre manager avait proposé que l'on fasse leur première partie. Rudolf et Klaus étaient venus voir un de nos concerts pour s'assurer que ce que l'on faisait leur plaisait et était en accord avec notre projet. Ils ont donc assisté au concert dans le public sans que personne ne le sache et ont tendu l'oreille. Ils nous ont ensuite confirmé que ça pouvait le faire, et ça a été un grand bonheur ! Un énorme honneur !

D'autres projets communs notamment après la dissolution de Scorpions ?
Non, pas spécialement. On ne voudrait pas être perçus comme les petits protégés du groupe. Même si on a énormément de reconnaissance envers eux, nous aimerions être dédouanés de tout ça et ne pas devenir que "le groupe qui faisait la première partie de Scorpions". Malgré tout, nous jouons effectivement avec eux début novembre à Genève, et pour encore quelques dates en 2012. On voulait, du coup, proposer à James (Kottak, batteur de Scorpions) de jouer sur quelques morceaux de Karelia en live à l'occasion.
On a un vrai rapport de musiciens avec les zicos de Scorpions et c'est super agréable de voir que tout ça ne s'est pas décidé entre des mecs en costards autour d'une table, mais juste à travers une poignée de mains entre musiciens qui s'apprécient mutuellement, et désintéressés. De nos jours, je trouve cette démarche surprenante et vraiment agréable. Au delà du fait que Rudolf ait joué sur notre album c'est surtout cet aspect dont on ne revient pas encore. Il faut dire qu'aujourd'hui, ils n'ont plus rien à prouver, ils font un peu ce qu'ils veulent, et nous filent ce coup de pouce parce qu'ils en avaient envie sans qu'il y ait forcément un intérêt commercial derrière.

Avez-vous prévu une tournée à part entière pour la promo de l'album au-delà de cette collaboration avec Scorpions ?
Nous sommes en train d'organiser tout ça, il y a des dates établies, d'autres en option. Dès octobre, on débute notre tournée. Tout est en train de se boucler. Et on a de beaux projets pour 2012.

Quand tu parles de projets, ce sont des concerts ? Ou y a-t-il autre chose de prévu ?
Non surtout des concerts, on va essayer de beaucoup tourner et de ne pas faire la même erreur que pour "Restless" (précedent album de Karelia) où la promo n'a pas été la meilleure qui soit.
Avec ce nouvel album, c'est la première fois que l'on fait vraiment ce que l'on veut. Nous ne sommes pas tributaires d'un label qui te demande de modifier des visuels, de changer quoi que ce soit dans la musique. Avec une pochette comme celle de "Decadence", si nous dépendions encore de Sony BMG, autant te dire que les mecs nous auraient appelés pour rectifier tout cela, et nous remettre dans le rang. Si tu fais du black, ta pochette doit être toute bleu marine avec des dessins qui font peur, si tu fais du death il te faut de la bidoche avec du sang sur les murs, bref ne pas sortir des clichés.

Et pour toi, c'est bénéfique cette nouvelle façon de travailler ?
Complètement, et il n'y quasiment que ça que l'on peut revendiquer aujourd'hui : une véritable liberté artistique.

Mais cela doit être sacrément désavantageux au niveau du "confort" de travail non ?
Oui, c'est clair, c'est beaucoup plus compliqué surtout au niveau de la production exécutive. On a essayé de compenser la différence de budget et faire au moins aussi bien avec moins. On a ensuite pris le temps de trouver un contrat qui, justement, ne compromettait pas l'album en sachant que le but ce n'était pas de gagner de l'argent mais d'être sûr que le disque serait distribué à grande échelle, que les gens puissent en connaître l'existence, bref qu'il soit bien promu.

Qu'est ce que je peux te souhaiter pour l'année 2012, personnellement, et pour Karelia ?
Personnellement, qu'on ne meurt pas d'un problème de santé issu de notre activité débordante (rires). Au niveau pro, simplement pouvoir nous extraire du registre métal d'aujourd'hui et contribuer à le faire évoluer, à lui donner la place qu'il mérite dans le paysage musical.

Xavier

   
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