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S A B A T O N

MARS 2014



SABATON sort bientôt son 7 ème album, « Heroes », le 16 mai 2014. Petite rencontre de Joachim au Hard Rock Café pour en discuter.

(Ultrarock) Bonjour Joachim ! Alors comme ça, SABATON sort un nouvel album, le septième ? Tu le sens plutôt comment ?

(Joachim Brodén) Tu ne sais si un album est bon qu'environ un an après sa sortie… Je sais que j'ai fait tout ce que j'ai pu, et du mieux que j'ai pu, et je sais que ce n'est pas de la merde. Par contre, pour ce qui est de savoir quels sont ses points forts et ses points faibles, je dois être le dernier sur la planète à les connaître… Les chansons sont comme des petits bébés, je les écris toutes. Quand un enfant est trisomique, on l'aime autant que les autres. C'est pareil avec les chansons, on ne voit pas tout de suite les faiblesses qu'elles peuvent avoir.

(UR) J'ai trouvé que cet album était vraiment stylistiquement différent des précédents…

(JB) C'est un album très varié, on a un peu de tout.

(UR) Oui, très varié en effet ! La chose la plus inhabituelle que j'aie entendue était la ballade, je n'aurais jamais pensé entendre ça chez SABATON…

(JB) Et bien moi non plus ! Ce n'était pas prévu… J'étais très malade en novembre dernier. Nous, les hommes, dès qu'on est malades on est les plus faibles du monde. On se sent très très mal si on n'a ne serait-ce qu'un rhume, et j'avais du mal à gérer la maladie… Je n'avais plus de voix, et je ne pouvais pas vraiment chanter pour la pré-production, que je fais toujours pour montrer au reste du groupe. Je composais chanson après chanson, et j'en avais un sacré paquet à montrer ensuite aux autres pour décider de ce qu'on ferait… c'est important que tout le monde ait son mot à dire. Je n'avais enregistré que le piano et la voix, ça sonnait très mal parce que je n'avais justement plus de voix… Un peu après, on était au Costa Rica, fin novembre-décembre, et les autres m'ont fait « hé, on peut entendre un peu ce que tu as fait ? ». Donc je suis allé chercher l'ordinateur portable pour écouter les compos, et… je ne me souvenais plus qu'il y avait la ballade dessus. Je ne pensais pas que ce serait une chanson de SABATON, elle a une jolie mélodie… Pär est venu me voir, et m'a dit : « mec, cette ballade, on doit la faire ». Je lui ai répondu : « Oh, en fait tu n'étais pas censé l'entendre. » Et tous les autres ont dit que c'était une belle mélodie, que ce n'était pas grave que ce soit au piano, et qu'il fallait la jouer de toute façon, donc OK.

(UR) En effet, jolie mélodie, et intéressant la cadence plagale à la fin. D'ailleurs, il y a plein d'influences classiques dans cet album, par exemple l'intro de « Night Witches » fait un peu Carl Orff.

(JB) Et oui, un de mes héros musicaux ! Carmina Burana, j'écoute pas juste la partie O Fortuna ! J'adore tout écouter, il y a 18 ou 20 chansons là-dessus… plein de super musique de ce côté… J'ai aussi pensé à Ennio Morricone et les westerns spaghetti, sur « To Hell and Back » par exemple. Encore un peu atypique pour SABATON, mais j'ai toujours pensé que c'était possible de mélanger les westerns spaghetti et le Heavy Metal. Tous les autres membres du groupe m'ont dit que c'était débile, mais la meilleure façon de me faire essayer quelque chose, c'est justement de me dire qu'il ne faut pas le faire ! Et au final, ça a marché. La mélodie me rend heureux quand je l'écoute, et c'est peut être un peu joyeuse pour du Heavy Metal, mais je m'en fous.

(UR) C'est un album globalement assez «majeur » d'ailleurs…

(JB) Oui, un album sur des héros, ça peut vite devenir déprimant… C'était parfois dur de trouver la bonne chanson pour le bon sujet ou le bon héros. On avait beaucoup de héros dont on souhaitait raconter l'histoire, mais parfois la musique n'allait pas du tout avec l'histoire, alors on a décidé de garder l'idée pour plus tard, si possible.

(UR) D'ailleurs, comment est-ce que vous avez décidé de quels héros vous alliez parler ?

(JB) On voulait en avoir du plus grand nombre de camps différents, parce qu'à la guerre rien n'est jamais blanc ou noir, et que peu importe le drapeau sous lequel on combat, on peut quand même être un héros. Ce qui fait un héros : est-ce que ce sera celui qui a eu une vie de saint toute sa vie, ou celui qui a décidé de faire quelque chose qui va sauver cinq de ses amis, même s'il est du camp Nazi ? Ici, on fait un zoom sur plusieurs individus, des USA, de France, d'Allemagne, et leurs actes. Ce n'est pas de la propagande politique, on ne dit pas ce qu'il faut penser. On ne fait que raconter ce qui s'est passé. Ici on zoome sur quelques personnes plutôt que parler des grandes batailles, même si j'aime aussi faire ça.

(UR) En effet, là encore une grande diversité. Et cet Aria de Bach à la guitare dans « Hearts of Iron » ? Un amour de Bach ?

(JB) En fait, c'est une chanson à propos d'un général allemand, Walter Wenck, qui voulait sauver Berlin de l'Union Soviétique… ses ordres étaient de chasser l'Union Soviétique de la ville. Cela ne pouvait pas être fait sans que plus de gens ne meurent, il n'y avait pas de sens à faire ça, sinon l'Union Soviétique tuait tout le monde, les civils, femmes et enfants… Je ne m'avance pas sur ce qui est bien ou mal, mais les Nazi ont aussi fait ça en chemin vers la Russie. Walter a donc plutôt mis sa 12ème armée au cœur de Berlin. Son but était de créer un corridor et le garder ouvert, pour que les civils et une partie de la 9 ème armée alors coincée à Berlin puissent se rendre aux Américains, être nourris et logés plutôt que d'être brûlés, violés ou tués. Quand j'ai écrit les paroles pour cette chanson, la basse descendait toujours, et ça m'a rappelé ce qui se passe dans l'Aria de Bach, même si ça n'était pas les mêmes accords. Sur cette chanson un peu lente et émotionnelle, je me suis dit « pourquoi pas ». J'ai essayé de l'intégrer, et ça sonnait très bien avec, tout le monde a aimé. J'aime bien regarder la réaction des gens quand ils l'écoutent la première fois… la surprise… « ah, mais je connais cette chanson ? ah oui ! » Cette mélodie, tout le monde la connait.

(UR)En tout cas, chaque fois que j'écoute un album de SABATON, j'en apprends un pan sur l'Histoire. Je ne connaissais pas un seul des types dans l'album « Heroes ».

(JB) Mais moi non plus ! En fait, la moitié des héros nous ont été présentés par des fans, en tournée, qui nous disaient « vous devriez lire l'histoire de ce mec »… On va dire que 50% de l'album a été fait grâce aux fans. Par exemple, je n'avais jamais entendu l'histoire de  « Smoking Snakes ».  « Night Witches », on avait déjà l'idée, mais on a eu beaucoup de propositions, de gars qui nous offrent des livres. Quand on voyage, c'est toujours compliqué, on prend toujours des bouquins parce qu'il ne faut pas les éteindre au décollage et à l'atterrissage. Les supports numériques c'est plus compact et plus simple, je me souviens du lecteur CD portable avec 30 CD, 8 ou 10 bouquins… maintenant, un bagage à main suffit.

(UR) Du coup, les fans seront encore plus contents de découvrir autant de destins héroïques…

(JB) Oui, mais il y aura toujours des gens mécontents, de qui on n'a pas fait le pays, ou quelqu'un qui déteste les américains et qui n'aimera pas « To Hell and Back », ou quelqu'un qui en veut aux Russes et qui haïra « Night Witches »… Je m'en fous, c'est l'Histoire. Nous, on ne prend pas de position politique, ce n'est pas notre rôle, on raconte des histoires, les plus intéressantes. Il y a encore des histoires que je voulais raconter, toute une pile de héros dont je voudrais parler.

(UR) Mais maintenant, vous avez déjà un album appelé « Heroes »…

(JB) Oui, c'est ça qui sera dur. Je n'aime pas me répéter. Il y a des chansons qui sont typiquement SABATON, d'autres moins… en musique, c'est mieux de clore un chapitre et avancer. C'est un chemin très dur, si c'est trop SABATON, les gens disent « on a déjà entendu ça » et si c'est trop différent, c'est vu comme une trahison. Bref, je ne sais pas comment on va évoluer, ni où la musique va nous emmener mais, ce qui est sûr, c'est que dans dix ans on ne fera pas de Hip Hop. Je trouve mes musiciens préférés dans le Heavy Metal et dans le classique. Un des premiers virtuoses rock-stars était Niccolo Paganini. Il a fait plein de trucs géniaux.

(UR) C'est quand même marrant, toutes ces influences classiques de SABATON.

(JB) Oui, même si j'ai vraiment écouté du classique sur le tard. J'aimais ça, mais la première chose que j'ai adoré en musique c'était TWISTED SISTER, j'ai grandi avec. En fait, maintenant, quand on est en tournée, on entend du Heavy Metal aux balances, du Heavy Metal au concert, ça fait bien 5h30 de Heavy Metal, six jours par semaine. Au bout d'un moment, je cherchais un truc radicalement différent pour me reposer la tête, même DIRE STRAITS ou ABBA. C'est rigolo, parce que d'ailleurs ABBA, il y a quelques années, c'était vu comme de la grosse merde commerciale en Suède. Un peu comme les Backstreet Boys de l'époque. Maintenant, c'est un phénomène planétaire et des groupes comme GHOST font des reprises d'eux. Ça ne serait jamais arrivé dans les années 70-80. La musique, c'est beaucoup d'émotion, pas seulement de la perfection, quel que soit le style. Pour les musiciens, c'est pareil… il y a le problème de l'émotion et de la technique. Je pense que la musique est l'une des rares choses dans le monde à dégager autant d'émotion et, en tant que musicien, la technique est un piège. Je ne dis pas que les musiciens techniquement bons sont nuls sur le plan de l'émotion, mais j'ai vu tant de musiciens détruits par la technique pendant quelques années avant de revenir au côté émotionnel. Et c'est un plaisir après de jouer, quand on peut faire ce qu'on veut vraiment.

(UR) SABATON a changé de line-up en 2012, est-ce que ça a un rapport ?

(JB) Avant, on devait choisir l'émotion ou la technique, maintenant on a les deux. Je ne dis pas que je n'aimais pas les anciens membres de SABATON, loin de là, on s'était rencontrés à une fête quand on était ados. On n'était pas des bons musiciens, on a appris sur le tas. Maintenant qu'on est un groupe reconnu, on a pris ceux qu'on voulait. On voit faire certains trucs en une seule prise avec l'émotion en plus. Par exemple, notre guitariste, Thobbe Englund, nous a fait l'aria de Bach en une seule prise. Je me souviens, Peter [NDLR : Peter Tätgren, le producteur] lui a dit : « allez, échauffement ». Et donc Thobbe l'a joué. Un moment, il a dit qu'il pensait l'avoir, et qu'on pouvait enregistrer. Peter a dit que c'était bon, que c'était déjà dans la boite. Il était aussi censé jouer une autre partie de guitare avec l'aria, mais finalement il a préféré la simplicité, à part un peu sur la fin. C'est ce qu'il ressentait, c'est ce qui est sur l'album. Je ne m'étais pas autant éclaté à faire du Heavy Metal en 10 ans, en tout cas. De plus en plus, je m'aperçois que la musique c'est à la fois ce que je fais, et ce que j'adore faire. Je n'ai pas de hobby. Quand je n'ai rien à faire, je joue du piano. Ma vie s'est beaucoup simplifiée les deux années passées, je peux concilier la famille et la musique, ça me rend heureux. Avant, je voulais faire trop de trucs, aider partout, rendre tout le monde heureux, et je m'épuisais. Maintenant, je me suis recentré sur l'essentiel, et c'est presque absurde de se sentir aussi heureux que moi maintenant. Ça me manque presque de ne plus me plaindre de plein de trucs maintenant. Non, je rigole !

(UR) Haha, ben ça fait plaisir à entendre ! Merci Joachim pour cette interview, et bon courage pour la suite !

Interview par Jenseits

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