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TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN



Interview réalisée par Adel, le 05 juin à Paris.
 

 


ADEL : Vous commencez à devenir importants dans le monde du Rock actuel, mais comment tu te présenterais ainsi que ton groupe et ta musique, pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

TYLER : mon nom est Tyler Bryant, je viens du Texas, quand j'avais 17 ans j'ai déménagé à Nashville pour commencer un groupe, qui s'appelle « The Shakedown ». On voyage autour du monde, on organise des soirées Rock'n Roll, on réunit une fanbase composée de gens de tous âges, qui viennent s'éclater avec nous. On se félicite de pouvoir jouer des concerts énergiques, à cœur ouvert. Nous avons un nouvel album, « Truth & Lies », qui sort le 28 juin, et c'est mon résultat préféré pour l'instant. On a donné tout ce qu'on avait dans la musique, toute notre énergie. Je suis excité par cette perspective, et ce n'est que le début.

Parlons-en de ce nouvel album, est-ce que vous avez ressenti quelque chose de particulier pendant l'enregistrement, par rapport à vos précédents albums ?

Absolument. Tout d'abord, nous ne l'avons pas enregistré à Nashville, on l'a enregistré à Brooklyn, et c'était un changement de décor intéressant. Je suis un gars de la campagne, j'ai grandi dans le Sud des Etats-Unis, Nashville c'est comme chez moi maintenant, donc le fait d'être dans une grande ville pendant deux semaines et demi (c'est le temps qu'on est restés là-bas), c'était super parce qu'on n'avait pas les distractions qu'on a à la maison : la vaisselle qui s'amoncelle dans l'évier, les amis qui veulent rester traîner ou les gens qui rendent visite de manière aléatoire…. donc c'était bien de pouvoir s'isoler et de se concentrer uniquement sur l'album.

Ça se ressent dans les chansons, la musique semble plus solide. Votre musique avait déjà cette fibre blues/rock, mais ici les riffs et les mélodies ont l'air plus lourd…

On est toujours un peu influencés par les groupes avec lesquels on joue, et par exemple Clutch, tu vois… tu écoutes Clutch pendant une trentaine de concerts, et tu te dis « Wow! Au travail, trouvons quelques riffs! ». On avait tellement de riffs solides à choisir pour l'album, c'en était presque écrasant mais c'était amusant. On n'avait pas de sentiment d'urgence, parce qu'on n'était pas limités par le temps, on avait une période de deux semaines et demi pour finir l'album. Nous étions préparés, on avait appris 27 morceaux pour lesquels on avait des enregistrements bruts, avec toutes nos phases bien réparties. Et quand on est arrivés à Brooklyn, on a fait treize morceaux. En fait on en avait choisi onze, mais on a fini avec treize, parce qu'on avait du temps libre. Je suis fier de cet album, il y a une vraie pesanteur qui s'en dégage.

J'ai entendu dire que vous aviez enregistré une démo de plus de cinquante morceaux, est-ce que c'est vrai ?

Oui, j'ai un studio chez moi, et notre avant-dernier album, l'album éponyme, on l'a enregistré quasiment intégralement chez moi. Un de nos singles, « Backfire », c'est quasiment la version démo des guitares et des voix. Tu vois… avoir un studio chez moi, c'est comme être un alcoolique vivant dans un bar! J'y descends constamment pour faire des trucs. Donc les démos finissent par sonner comme des albums bon marché, comme des albums non « masterisés », parce que j'ai des chansons « démo » qui sont mixées et qui finissent dans des pubs à la télé ou ce genre de choses. Pareil pour « Judgement Day », les voix en fond sur le deuxième couplets, la plupart de ces idées ont germé pendant la préparation des démos, et sans passer par ce processus, on n'aurait pas pu réaliser l'album en deux semaines et demi avec autant de chansons, ça aurait pris beaucoup plus de temps, voire n'aurait pas été possible du tout.

Ça représente énormément de travail j'imagine…

Tout à fait, parce que tu te retrouves à enregistrer une chanson un nombre incalculable de fois. Comme pour « Couldn't See The Fire », cette chanson a été conçue comme un peu douce, bluesy, et elle a fini comme un hymne lourd et épique, ce qui n'a rien à voir avec la démo. Donc si tu n'y mets pas le temps nécessaire, tu n'as rien.

L'album a été produit par Joel Hamilton, est-ce que c'est la première fois que vous travaillez ensemble ou est-ce qu'il avait produit vos précédents albums également ?

Non, c'était la première fois qu'on travaillait avec Joel. On l'a rencontré alors qu'on tournait avec Clutch, nous sommes allés au Studio G, on a adoré le lieu, on a appris à connaître un peu mieux Joel et nous sommes vite devenus amis. Il y a une chanson sur l'album de BlakRoc, qui est le fruit d'une collaboration entre les Black Keys et des artistes Hip/Hop, la chanson s'appelle « What You Do To Me ». J'adore cette chanson, et c'était une vraie bonne production de Joel pour moi parce qu'au niveau sonore, j'ai trouvé ça dingue! Ce qu'il a fait avec Highly Suspect était super aussi. Il a l'air d'avoir une esthétique sonore qu'il donne à ses productions, il est venu nous voir et nous a dit « Il faut qu'on fasse un album de Rock brut et dangereux, qui sonne vraiment lourd et puissant! » et je me suis dit « T'as utilisé les bons mots, c'est parti ! ». Il a du savoir-faire, il a vraiment saisi l'essence du groupe. Et c'est pourquoi ça a été pendant ces deux semaines et demi, on n'a pas eu besoin de trop réfléchir aux choses. Donc c'était amusant et ça faisait du bien de ne pas ressentir ce genre de pression inutile. Le Rock'n Roll désamorce ce genre de pression, tu vois ce que je veux dire ? J'ai l'impression que c'est précisément ce qu'on a fait avec cet album : juste y aller et être libre, dans le moment présent.

Abordons les aspects extérieurs de « Truth & Lies ». Comme il n'y a aucune chanson qui s'appelle « Truth & Lies », je me suis demandé pourquoi vous aviez choisi ce titre pour l'album.

C'est une bonne question. Le titre peut être vu sous plusieurs angles. C'est une artiste allemande, qui s'appelle Mrs. White, qui nous a fait le visuel, on a adoré l'imagerie, on écoutait les chansons tout en regardant l'image et ça stimule notre imagination. Il y a beaucoup d'éléments dans les textes et dans la musique, partant du côté le plus sombre et négatif des choses, jusqu'à des éléments plus positifs, la lumière au bout du tunnel, l'espoir. Et au milieu de tout ça, il y a une grande part laissée à l'imagination. Donc en regardant la pochette et au vu de tous ces éléments, bons et mauvais, la phrase « Truth and lies » (vérités et mensonges) semblait convenir, car tout est basé sur une vérité et un mensonge. Et les gens peuvent raccorder leurs propres histoires aux chansons et faire leurs propres interprétations, ce qui est vrai pour eux et ce qui ne l'est pas… ce qui est vrai pour toi peut être un mensonge pour quelqu'un d'autre. Il y a beaucoup à en penser, j'aime bien écouter l'album, regarder l'artwork et digérer tout ça, ça peut dire n'importe quoi à n'importe qui.

Quels seraient pour toi la plus grande vérité dans l'univers, et le plus grand mensonge dans l'univers ?

Wow, c'est difficile comme question… Je crois que la plus grande vérité dans l'univers c'est… houlà c'est puissant comme question!

N'hésite pas à prendre une guitare si tu as besoin d'inspiration!

( rires) Je vais peut-être juste écrire une chanson. Je pense qu'une vérité à laquelle je me rattache souvent, c'est qu'il y a beaucoup de gens biens dans le monde. C'est facile de regarder les infos ou autre chose et d'avoir la sensation qu'on est condamnés. Mais je pense qu'il y a toujours des gens profondément bons dans ce monde. Et je pense qu'un des plus gros mensonges c'est qu'on est condamnés. J'essaye toujours de voir le positif, l'issue de secours, parce qu'à quoi bon vivre si on trouve la vie détestable ? A moins de s'en sortir.

Peut-être que nous sommes condamnés seulement si on pense l'être.

Oui, absolument. Donc je pense que la plus grande vérité c'est qu'il y a du bon en nous, et le plus grand mensonge c'est qu'il n'y en a pas.

Au cours de ces dernières années, vous avez eu l'opportunité de faire la première partie de groupes légendaires comme AC/DC, Guns N' Roses, et plein d'autres… est-ce que ça a, d'une manière ou d'une autre, nourri votre façon de composer ou d'écrire ?

Bien sûr, tu peux le constater avec « On To The Next », qui est un refrain simple et facile à apprendre et à chanter. Je crois qu'une fois que tu joues dans des stades, tu te rends comptes que tu n'es pas forcément obligé de sur-compliquer les choses, tu peux laisser le Rock'n Roll être simple. Ça se ressent sur « On To The Next », et sur « Ride » aussi, une sensation du style « donnons aux gens quelque chose qui les accroche vite s'ils ne nous connaissent pas ! », pour qu'ils fassent aussi partie du spectacle. On adore quand le public peut chanter avec nous, c'est plus amusant, plutôt que ce soit juste nous qui jouions de la musique pour les gens. En quelque sorte, ils font aussi partie de la musique avec nous, c'est plus sympa.

Qu'est-ce que vous avez vécu de plus dingue pendant ces premières parties ?

Il se passe plein de choses. Une fois j'ai vu une fille complètement inconsciente qui a été acheminée juste devant la scène, et c'est distrayant parce que tu as envie de tout arrêter pour t'assurer que ça va mais visiblement il y a un service d'ordre et des gens autour pour s'en occuper. Ce que je trouve dingue, comme quand nous étions en Amérique du Sud, c'est d'arriver dans une ville pour la première fois et de voir des gens brandir des bannières avec « Shakedown » inscrit dessus, au milieu d'une marée humaine. C'était plutôt cool, et assez déconcertant !

En ce qui me concerne, j'ai découvert la musique avec le Rock, avec le genre de groupes pour lesquels tu as joué, et par la suite j'ai bifurqué vers le Hard Rock et le Métal. Mais cet album m'a ramené à ce qui m'avait, à l'origine, séduit dans le Rock, les racines Blues notamment. Est-ce que tu as toujours voulu faire partie de cette longue tradition du Blues ou est-ce que c'est venu naturellement, peut-être grâce aux artistes qui t'ont influencé ?

Oui j'ai toujours eu une obsession pour le Blues. Tu sais, j'ai grandi dans le Texas où ça grouillait de musique Blues. Le Blues m'a emmené au Rock, sans le Blues il n'y aurait pas de Rock'n Roll et, comme tu le sais, sans Rock'n Roll, pas de Metal, que j'adore aussi. Le Heavy Metal, le Black Metal, j'aime vraiment tout ça. Et j'adore la musique Country, j'adore le Hip/Hop, j'aime bien toutes sortes de musiques, je m'ennuierais à force d'écouter un seul style de musique pendant trop longtemps. Je pense que tu peux l'entendre dans notre musique avec The Shakedown parce qu'on part d'atmosphères vraiment « bluesy » pour aller vers des atmosphères plus puissantes, et j'aime bien ça. J'ai pas envie d'écouter un album où toutes les chansons se ressemblent, je veux que ça me surprenne. A part si c'est AC/DC. (rires)

Quel serait le message que tu voudrais adresser au monde ?

Je dirais… ne prenez pas la vie trop au sérieux, appréciez ce que vous vivez. Et mettez votre musique un peu plus fort !

Adel


   

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