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YANN ARMELLINO & EL BUTCHO


Interview réalisée par Adèle
 

Voici un projet pour lequel l'expression "remettre le couvert" prend tout son sens. En effet, l'association du guitariste émerite Yann ARMELLINO et du chanteur EL BUTCHO, reprend du service  et nous sert un second album intitulé "17". Curieux comme pas deux, nous avons décroché notre téléphone et avons posé quelques questions à Yann que voici :


Bonjour Yann, je suis ravie de t'avoir au téléphone !

Bah moi aussi ! Je connais bien Stéphane de chez vous !

Peux-tu nous résumer/rappeler ton parcours pour commencer ?

Ouhlala, alors, si tu as trois heures devant toi je veux bien haha ! Alors je suis guitariste depuis un certain nombre d'années, avec un premier album au tout début des années 2000, puis quelques albums instrumentaux avant de faire des duos, notamment avec Chris Caron , j'avais également travaillé avec un groupe et puis, quelques années après, j'ai rencontré El Butcho  ! J'ai fait vraiment très court hein ! Mais il y a une grande part de pédagogie dans mon parcours, avec les DVDs, des méthodes… Quand tu fais de l'instrumental, c'est souvent le soutien de différentes marques qui te permet tout simplement d'en faire ton métier et de gagner ta vie.

Peux-tu également nous rappeler comment vous vous êtes rencontrés El Butcho et toi, et comment s'est formé votre duo ?

Alors avec El Butcho on se connait depuis assez longtemps, je l'ai réellement revu en 2014, lors d'un festival à Paris, on a été invités à y jouer tous les deux, sur le set de Christophe Godin , et comme on jouait un titre on avait peu de temps sur scène mais beaucoup plus de temps dans les loges, et il se trouve que l'on a discuté pas mal, on a échangé et on s'est rendu compte qu'on avait pas mal de point commun, des goûts musicaux également en commun… Et, de là, a germé l'idée d'essayer de faire quelque chose ensemble, d'essayer sur un ou deux titres. Donc, quelques mois après, je l'ai rappelé, car souvent on se dit « si on jouait ensemble ce serait pas mal ! » mais 9 fois sur 10, les gens ne se rappellent pas. Moi, je l'ai réellement appelé quelques mois après et il s'en souvenait, et puis voilà ! Ça a commencé comme ça, c'est assez rigolo, car c'est vrai que s'il n'y avait pas eu ce festival, on n'en serait pas là avec nos deux albums. Ça tient à peu de chose parfois, et c'est souvent ce que je dis, ce métier est constitué d'une part de chance, d'une part de rencontre, de soutiens, mais ce n'est jamais seul que l'on peut faire les choses.

Qu'est-ce qui vous a décidés à « remettre le couvert » et de songer à travailler à nouveau ensemble sur un deuxième album ?

Déjà, la façon dont a été accueilli le premier album ! Car on a eu de bons retours, que ce soit sur scène, les médias, le public… On a été portés par un truc plutôt positif, donc on s'est assez vite remis à composer des choses, sans forcément avoir l'idée de refaire un disque tout de suite. On a composé, et au fur et à mesure on s'est dit « pourquoi pas recommencer ? ». Ça a été fait naturellement, et puis il y a eu plus d'alchimie puisqu'en deux ans on apprend à se connaître, il y a une complicité avec nos musiciens et entre nous, donc grâce à tout ça c'est vrai que ça a été plus rapide.

Avez-vous un thème spécial pour cet album ou avez-vous fait comme pour « Better way », au fur et à mesure ?

Alors vraiment au fur et à mesure ! Ce n'est pas un concept album. On balance des riffs, puis on compose au fur et à mesure et, à l'arrivée, on trouve que c'est assez cohérent car cela vient de nous, mis à part un titre qui a été composé par Jacques , le guitariste avec lequel on travaille, qui est vachement bien aussi… Donc on s'est assez approprié le truc et je ne pense pas qu'il sonne différemment, il apporte une touche un petit peu différente.

As-tu un titre favori dans cet album ?

J'aime beaucoup le deuxième (Love Ain't Easy to Trame), qui est un peu un blues ternaire, j'aime beaucoup celui-là. J'aime beaucoup Under My Skin aussi, qui a été mise en ligne il n'y a pas très longtemps. Et Smile Giver , qui est un peu l'ovni de l'album puisque c'est un titre qui a une résonnance et une consonance un peu pop, qui est tout à l'acoustique et j'aime bien.

Avez-vous une tournée prévue, quelques concerts programmés ?

Alors pour l'instant pas de date, mais il y a beaucoup d'options qui ont été proposées, et il faut que tout cela se concrétise, l'album est arrivé très récemment, les gens attendaient aussi d'avoir le contenu physique dans les mains pour négocier réellement, et tout cela prend du temps… Le contexte économique n'est pas facile non plus en ce moment, ce n'est pas facile de faire des dates où tout le monde s'y retrouve. Et on ne peut pas y mettre de notre poche non plus car c'est notre métier, on ne peut pas perdre de l'argent, enfin, tous ces paramètres font que l'on préfère tourner un peu moins mais dans de bonnes conditions, plutôt que d'accepter tout et n'importe quoi, et à l'arrivée rentrer chez soi et se rendre compte qu'on y a perdu.

Quel est ton ressenti par rapport au crowdfunding (financement participatif) pour ce nouvel album ?

Ce n'est pas une idée qui vient de moi au départ, c'est Sylvie Gotteland (qui s'occupe également des dates) qui a eu l'idée de faire ce financement participatif avec des plateformes Ulule , au début j'étais un peu réticent parce que j'avais l'impression de demander de l'argent à des gens pour pouvoir continuer d'exercer mon métier. Cela m'embêtait beaucoup, sachant qu'il y a des causes bien plus nobles et bien plus urgentes dans lesquelles les gens peuvent et devraient mettre de l'argent. A côté de ça, vu sous un autre angle, c'est un financement participatif et les gens reçoivent des contreparties, c'est plus des précommandes de l'album, ils reçoivent la discographie, des tee-shirt, donc ils achètent en fait, ce n'est pas seulement un appel aux dons. Cet angle là m'a fait changer d'avis. Ca méritait d'être tenté, et à côté de ça, ça nous a permis d'être présent sur les réseaux sociaux pendant quelques mois, car ça a duré quand même quelques temps cette histoire, et de donner des nouvelles aux gens, de leur dire « voilà, y a un nouvel album qui est en gestation, on va essayer de le produire… », donc à l'arrivée il en sort quelque chose de plutôt positif, parce qu'on a aussi réussi à boucler cette campagne. Ceci dit elle ne serait pas allée au bout on aurait annulé le truc. Je pense qu'on aurait quand même fait l'album, mais dans des conditions différentes.

Durant notre dernière interview avec Ultrarock, tu nous avais confié que tu jouais en solo car tu n'avais pas trouvé les bonnes personnes pour créer un groupe, ou bien qu'occasionnellement, maintenant que tu as un chanteur qui semble te convenir, qu'en est-il des autres musiciens ?

Pour les autres musiciens il y a Alban à la batterie, mon frangin, qui a commencé lui la batterie deux ans avant que je commence la guitare, on a toujours fait les choses ensemble jusqu'à un certain point où lui a décidé de passer à autre chose, il avait tout arrêté, et il se trouve qu'à la sortie de «  Better Way  » il ait eu envie de se remettre à la batterie et de faire de nouveau de la musique avec moi. Donc ça a été une belle aventure rien que pour cela ! Il y a également Jacques Méhard-Beaudot à la guitare et Julien à la basse. Jacques, je le connais depuis longtemps, et il me semblait évident que quand je me suis mis à la recherche d'un guitariste j'ai tout de suite pensé à lui, puis il a accepté car on a une bonne entente, et musicalement je savais qu'il pourrait faire l'affaire, c'est un très bon guitariste. Il se trouve qu'il joue dans Jesus Volt , qui est un groupe de rock/blues assez énervé, et que dans ce groupe il y a également Julien à la basse, donc j'ai vite pensé à Julien aussi, car j'aime beaucoup son jeu aussi, il a une bonne rythmique. Donc tout cela s'est fait assez naturellement. C'est vrai qu'au niveau du planning c'est plus facile, car quand Julien est disponible, Jacque l'est aussi et inversement donc… Car on a tous des projets à coté, et ce n'est pas toujours facile de réunir cinq personnes. Ca a donc fait un souci en moins.

Quelles sont vos inspirations pour cet album ?

Nos inspirations c'est un peu tout ce que l'on peut écouter depuis que l'on est en âge d'écouter ou de faire de la musique donc c'est tous ces groupes qui nous ont bercés pendant des années. Pour moi il y a quand même un vrai retour aux fondamentaux, des groupes qui ne nous ont jamais quittés tels que Kiss, Aerosmith, Bon Jovi, Van Halen , ce sont des groupes que l'on écoute vraiment beaucoup… On revient toujours un peu au même en fait, même s'il y a de nouveaux artistes que l'on découvre, et heureusement d'ailleurs qu'il y a de nouvelles choses à se mettre dans les oreilles. Donc on revient souvent à des groupes qui vieillissent bien, qui font partie de l'inconscient collectif des gens, de notre milieu quoi !

Dernièrement nous vous avons vu jouer en première partie (*) de Garage Dayz, un tribute band Russe de Metallica, qu'est-ce que cela vous a fait d'être leur première partie et de jouer dans un lieu tel que le Casino de Paris ?

Alors le lieu est très sympa, maintenant c'est vrai que les conditions n'étaient pas faciles parce qu'ils sont 50 musiciens sur scène, donc on était devant le rideau, enfin c'était un peu difficile. Après on a fait le job, les échos que j'ai eus sont plutôt bons, les gens ont passé un bon moment, 30 minutes ça passe vite donc, ce sera à refaire dans de meilleures conditions ! C'est un ami qui produisait la date qui m'avait proposé de faire cette première partie il y a des mois, et je trouvais ça bien puisque cela coïncidait avec la sortie de l'album. Mais tout le côté « peu de place sur scène », « balances retardées d'une heure » on le découvre sur scène… Donc cela fait partie des choses que tu acceptes, tu joues le jeu, et tu essaies quand même passer un bon moment… Ou bien tu t'énerves mais c'est stupide donc… Je pense qu'à l'arrivée les gens ont passé un bon moment. Et concernant le tribute, je trouve que c'est un drôle de concept de faire le tribute d'un groupe qui est toujours en activité, c'est particulier, même s'ils ont très bien fait le job !

Yann, quelles sont tes plus grosses influences vis-à-vis de la guitare ?

Vis-à-vis de la guitare je dirais en tout premier lieu Kiss  ! Sans hésiter avec Ace Frehley . Après, encore Van Halen bien sûr, Blues Saraceno , Des gens comme Ritchie Sambora que j'ai beaucoup écouté, Stevie Salas aussi, la liste est très longue… Il y a White Lion aussi, qui est un groupe qui n'existe plus maintenant. Tous ces gens-là m'ont fait progresser de par leur écoute, donc c'est une sorte de patchwork de différents guitaristes. Leur point en commun c'est qu'ils ont tous un petit côté blues, on n'est pas sur des guitaristes néoclassiques ou jazz rock, donc c'est un peu leur fil conducteur.

Que deviens « Je suis guitariste » ? Et comment parviens-tu à naviguer entre ta vie artistique et ta vie de prof ?

Les deux sont intimement liés en fait, je ne passe pas de l'un à l'autre, l'un fait toujours partie de l'autre et inversement. Avec les DVDs « Je suis guitariste » on a fait cinq volumes et un coffret, pour l'instant il n'y a pas de suite prévue, parce que l'on a fait le tour du répertoire qu'on pouvait proposer à des gens qui ne jouaient pas encore, et ce n'est pas facile de choisir des titres comme ça, le cahier des charges est assez lourd, il faut choisir des titres assez connus, voire très connus, et des titres aussi facilement jouables. Donc je pense qu'on a fait assez le tour, et les DVDs continuent à se vendre bien dans certaines enseignes. Ce qui est bien (et qui n'est pas comparable aux albums) c'est que ce ne sont pas des produits périssables dans le temps. Il y a des gens qui découvrent le premier volume qui est sorti il y a 6 ans, ce volume serait sorti il y a 6 semaines ça ne changerait rien. C'est une chance d'avoir ce type de projet qui continue à perdurer dans le temps ! Ce qui n'est pas forcément le cas des disques.

On arrive vers la fin de cette interview, et une question va surement trotter dans la tête de ceux qui te liront… Est-ce que tu as pour projet de refaire un album en collaboration avec El Butcho ?

Oui oui peut-être ! La porte n'est pas du tout fermée puisque l'on en a fait déjà deux ! Il y en aura peut-être un troisième. Ça dépendra aussi de l'accueil de celui-là, et comment cela va se passer en 2019 ! Si on arrive à faire beaucoup de concerts et que l'on sent qu'il y a encore une possibilité et l'envie de partager, de créer, je pense qu'effectivement il n'y a pas de raison de s'arrêter.

As-tu un mot pour les lecteurs du webzine ?

Oui ! Enfin ce n'est pas un mot c'est un remerciement surtout, car cela fait longtemps qu'Ultrarock existe et nous aide vraiment dans la promotion de notre musique au sens large, et heureusement qu'il y a encore des médias comme vous pour nous aider à véhiculer nos créations car ce n'est pas facile de trouver des échos favorables. Donc le mot de la fin c'est : Soyez curieux, évitez de trop écouter en streaming, achetez des albums parce que c'est plus intéressant et cela nous permet de faire notre métier aussi, ça c'est important il faut le dire aussi. C'est très bien et très pratique d'avoir Spotify à la maison avec des centaines de milliers de titres, à raison de 10 ou 15 euros par mois… 


Le site : https://yannarmellino.com

Adèle POTTIER


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