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GOV ‘T MULE Le Trianon, Paris 07/07/2013

S'apprêtant à sortir « Shout ! », le x-ième album de leur discographie (désolé j'ai pas envie de compter, entre les EPs et les Lives sortis rétrospectivement…), Gov't Mule passait au Tiranon de Paris début juillet pour une leçon de musique et pour initier quelques oreilles, dont les miennes, encore vierges à l'intensité Live du Band. Oh certes en studio c'est une chose, j'ai goûté cette incroyable réinvention du Southern Rock par Warren Haynes et Matt Abts, et je me suis resservi… mais Live c'est une expérience. Qui connait le groupe s'en doute et je ne peux pas dire que je me présentais, en cette soirée estivale, sans m'attendre à quelque surprise…

Les autres paires d'oreilles, soit vierges soit initiées, en redemandant, appartiennent à un panel de chefs bien divers… souvent dégarnis (c'est-à-dire au moins quarantenaires) mais pas que. La scène est déjà habillée des couleurs de la Mule (normal : on ne le sait pas encore mais 3 bonnes heures de show nous attendent ! ça fait longtemps que Warren a dû oublier le concept de 1 e partie…), une effigie Vaudou trônant déjà aux côtés du kit de Matt. C'est sur une impro que le groupe entrera sur scène… normal, pour un « jam band ». Warren, toujours aussi retenu, n'occupe que le côté de la scène, mais arbore toutefois un embonpoint de plus en plus prononcé… Ce qui n'entame en rien la qualité de son chant, toujours aussi habile dans les aigus (on appréciera ça sur « Bad little doggy » dans quelques minutes) que dans les pointes de puissances (à déguster sur « The shape I'm in » plus loin). Un rien d'écho dans le micro est tout ce dont il a besoin, le vocaliste est réellement saisissant. Derrière lui – ou plutôt à ses côtés, donc – Matt Abts évidement, le compagnon originel de l'ex-Allman… qui me fait aujourd'hui étrangement penser à Vince Neil avec son béret… Ce duo est entouré du claviériste Danny Louis, collaborateur depuis les concerts « The Deep End » (hommages à Allen Woody) de 2001 et 2002, m'évoquant, lui, Satch' avec ses lunettes « yeux-de-mouche », et donc le bassiste Jorgen Carlsson, présent, lui, depuis le dernier album studio avant celui-ci, « By a threat » de 2009, et (pour compléter ce quatuor aux airs de patchwork) au look d'ex-membre de White Lion… Cohésion visuelle ou pas, musicalement je n'en parle même pas, dès cette « Chez pie men jam » d'intro les 4 communient dans une même joie de jouer contagieuse. Le son est plein (bien qu'un peu criard à mes oreilles), et les titres s'enchaîneront sans vraiment de pauses, renforçant encore cette impression d'être les spectateurs extérieurs d'un groupe de musiciens jouant chez eux et pour eux, ce qui paradoxalement nous plonge encore plus dans leur intimité musicale…

C'est étonnamment l'album « Déjà Voodoo » qui est choisi pour entrer dans le vif de leur répertoire (leur 1 e disque après la mort de Woody) avec la Zeppelinesque « Lola leave your light on », brillant de l'éclat de la surface de l'eau du solo lacustre de Warren… Suivront, de façon toujours aussi inattendue, deux extraits de « Life Before Insanity » (3 e album studio, et leur 1 e résolument moderne), avec « Bad little doggy » que j'évoquais tout à l'heure en y louant le registre aigu de Warren, qui y brille aussi instrumentalement avec son enchaînement rythmique/solo aussi agile qu'un point de croix de nos grands-mères, son air définitivement impassible n'entamant en rien la force des riffs qu'il délivre sans compter, appuyé par la basse à réacteur de Jorgen, et puis « Wandering child », morceau d'ouverture du disque, magique, Warren virevoltant à la slide sur un fond sonore à coups de basse de Jorgen ici discret et percussions de Matt… effet garanti. Et pour finir de nous dérouter sur la setlist, le quatuor revient à « Déjà Voodoo » pour « Slackjaw Jezebel », apparemment un favori du public, où Warren déroule un solo tout en finesse et achève dans un Boogie endiablé… éternel renversement des rôles des instruments, équilibres sans cesse changeants, c'est de la haute voltige.

« Banks of the deep end », co-écrite avec Mike Gordon de Phish, est extraite de la série de Lives à laquelle elle a donné son nom, interprétés avec une sélection de bassistes en lieu et place de Woody Allen, autre membre des Allman Brothers avec qui Warren avait fondé ce projet. Le groupe la fait débuter tout en douceur, avant de la laisser entre les mains expertes de Danny. Le groupe nous propose ensuite un quart d'heure Beatles – incidemment ce soir était l'anniversaire de Ringo. Leur reprise de « She said she said », qui figurait sur leur 2 e album « Dose », est également devenue une favorite du public si j'en juge là encore aux réactions à l'intro. C'est ici Jorgen qui a le gros du travail, et Warren atteint une sorte de vibe que rarement une reprise procure à un musicien plus que sa propre œuvre. Enchaînement avec une reprise (à ma connaissance inédite) osée de « Tomorrow never knows », aux résonnances subaquatiques travaillées comme un « 3rd stone from the sun » de Hendrix, et entrecoupée d'une phrase du solo de « Hard day's night » ou du riff de « Day tripper ». De manière générale, les soli, souvent échangés de la guitare aux claviers puis la guitare, n'hésitent pas aux clins d'œil. Warren se charge des « bruits de mouettes » à la slide, Matt se met aussi aux bruitages, et ils finissent sur une outro martiale (plus Hendrix ici en effet) bombardée de basse et de batterie. C'était donc osé mais toute réussite suppose un risque de départ. Nouvel hommage ensuite avec « If heartaches were nickels », écrite pour le 1 e disque de Joe Bonamassa en 2000, mais interprétée par Warren avec tant de conviction qu'il ne me laisse aucun doute sur le caractère personnel de ce Blues plein de rancœur. Les parties de guitares, aux relents de « I want you » (pour rester chez les Beatles), en seraient presque effrayantes. Le solo emprunte la plus sanguine expressivité de Page, pour finir, après une partie de clavier habilement calée rythmiquement, par un second solo débouchant sur une ovation impatiente d'un public évidement transporté par cette montée en puissance.

Déjà une bonne heure de show… On revient à « Dose » avec le génial « Thorazine shuffle », où les percus ont encore les faveurs de Matt, et où Warren s'efface pour mieux rebondir sur le solo. Décidément, ce sens du contraste est une vraie force de la formation. Vocalement, en revanche, il en impose de bout en bout. Voilà Danny qui vient reprendre le solo tout en retenue, pour laisser place à Warren derrière… c'est exactement le genre d'équilibre parfait, fluide et harmonieux que je vous évoquais. Le morceau est enchainé à un extrait du nouvel album, nommé « Funny little tragedy », avant de finir en une reprise de « Thorazine shuffle ». Ce nouveau titre est plus nerveux, avec Danny à la guitare, qui s'y montre particulièrement dynamique. La « reprise », elle, fait la part belle à ces soli partagés en appuyant malheureusement sur le seul travers que je leur prête, à savoir une trop grande fragmentation des parties conduisant à quelques montées d'adrénaline anticipées. Après cette heure et demie de show, le Band s'accorde une vingtaine de minutes de break, le temps pour leurs roadies aux dégaines de membres de Molly Hatchet de faire le ménage sur scène, et pour nous de digérer ce buffet musical. On reprend tous les oreilles rafraichies pour une nouvelle reprise osée : rien de moins que « One of these days » de Pink Foyd. Décidément, Warren aime les défis.

Suit un nouvel emprunt à « Déjà Voodoo », album donc particulièrement joué ce soir, « Little toy brain », puis une série de nouvelles covers. Toujours aussi inattendu, c'est Bob Marley qui a droit à son hommage avec « Lively up yourself », à l'intro flottante magique, au clavier omniprésent, à la batterie parfaite, au solo à la wah envoûtant, au final surpuissant… encore un morceau auquel ils ont tout compris et qu'ils parviennent à rendre 100% Mule. Sans transition, on passe au Band avec « The shape I'm in » (qui figurait sur « Mighty High », elle). Je vous en parlais tout à l'heure pour la puissance vocale de Warren, ce n'en est pas moins vrai pour celle de Danny ici au trombone, là aux claviers dans le costume d'un Ray Manzarek, et là-bas dans un duo génial avec Matt, avant de laisser sa place à ce dernier pour un solo. Et un solo de Matt Abts c'est tout sauf ennuyeux. Pendant cinq bonnes minutes, les rythmes se superposeront avec une flexibilité parfaite, de haute voltige. La dernière cover sera « Hope she'll be happier » de Bill Withers, tellement prenante que j'en tremblerais. Ce mec est habité d'une âme qui rejaillit même sur les morceaux dont il n'est pas l'auteur. Mettez-lui quoi que ce soit entre les mains, il le ferra trembler de cette vibe qui l'habite jusqu'à la pointe des cheveux… Bref, une superbe seconde partie de show inattendue, osée, à l'esprit expérimental de « jam band » au répertoire infini…

Mais nos amis sont loin d'avoir fini : voici un second extrait de « Shout ! » avec « Scared to live », bien placée dans la setlist puisqu'elle emprunte autant à The Police qu'à ce qu'ils ont fait de « Lively up yourself ». Une nouvelle occasion pour Danny de briller, et pour Jorgen de signer une partie de basse indispensable. « Any open window » s'aventure enfin dans le reste de leur discographie (ici « By A Threat », leur dernière livraison studio), avec de nouveau Danny à la guitare, toujours aussi incisif, et à l'accord plaqué facile (un truc de claviériste ?), pour atteindre un résultat assez massif avec les riffs de Warren sur ce morceau assez « Hendrixien tardif ». Le dernier morceau (avant les rappels !) sera un cadeau : « Blind man in the dark », opener de « Dose ». Aucune raison d'être déçu : parfait rendu rythmique, musiciens dégoulinant de joie même dans leurs moments les plus durs comme celui-ci, un Warren qui se laisse aller à un solo plus Rock, qu'il partage ensuite avec Danny (qui y glisse un bout de « Lazy ») pour une montée parfaite, fluide, naturelle, effaçant cette déception dont je faisais part plus haut quant à leurs chorus. C'est une géniale fin de show. Et il y aura des rappels. Les doléances se font à gorge déployée (un juge déclarerait « Soulshine » vainqueur je dirais), mais les 10 minutes et quelques de rappels seront constituées d'un medley de « Bad little doggie » instrumental et « How many more years », morceau tellement trituré par des générations de musiciens qu'il est un terrain de jeu idéal pour ce groupe. La Firebird de Warren explose, sa voix aussi, lui-même se fait plus permissif, chantant ses parties de guitares, modulant à l'envie, écrasant les cordes dans son pied de micro… Jorgen est dedans, Danny vibre comme un bluesman… un final déroulant tout ce que ce groupe a de génial à offrir. Des vrais, des vrais de vrais. Une leçon de musicalité de la part des plus infectés des musiciens : les sudistes.


THE OUTCAST

 


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