: écoute ULTRAROCK en live sur ton ordi
ou sur les ondes de la radio RGB 99.2
 
 
   








 

HELLOWEEN + GAMMA RAY L' Olympia, Paris 08/04/2013

Un nouveau Helloween en 2013, la même année que le nouveau Gamma Ray (que ce sacré père Kai ne cesse de repousser, il est vrai) ? C'est tout ce qu'il fallait pour lancer une seconde édition de ce génial Hellish Rock ! Autant vous dire qu'on ne s'est pas fait prier pour y aller (enfin je, hein, la 3 e personne c'est une figure de style).

On était donc à 18h devant un Olympia déjà encerclé… Oh, allez : J'étais à 18h devant un Olympia déjà encerclé, qui se révèlera bientôt pas loin d'être plein. Le public est assez bariolé, assez « métalleux classique » à la base, c'est-à-dire en t-shirts Maiden etc, mais plus féminin que d'habitude, et révélant quelques surprises : cet unijambiste venu déterminé à la force de ses béquilles, ce soixantenaire battant timidement le rythme de la main à son balcon, ces 3 gamins qui ne doivent pas dépasser 8 ans, amenés par leurs parents et aux premiers rangs (évidemment sur le côté, oh, ne vous inquiétez pas). Comme si le programme n'était pas suffisamment copieux, les teutons se font précéder de Shadowside pour une pré-première partie dont je ne verrai que la fin, pour cause d'interview de Dirk Schlächter bientôt partagée sur UltraRock, promis. Un petit mot sur la demi-douzaine de titres que j'aurais appréciés puisque je découvrais la musique du groupe, que j'imaginais jusque-là bien plus Power : il s'agit en fait de pur Heavy, certes traditionnel et mélodique mais particulièrement rentre-dedans et agressif, distinguant la formation de ses compatriotes brésiliens œuvrant habituellement dans ce genre. Et pourtant, en plus d'être du pays d'Angra, le quartet a une frontwoman, Dani Nolden, mais qui se distingue par son agressivité vocale avant tout, particulièrement sur l'étonnante version de Ace Of Spades qu'ils proposent, assez difficilement imaginable à la base pourtant, de sa part… Bon je ne dis pas que leur version fonctionne (trop d'agressivité tue l'agressivité – et la mélodie collatéralement), mais le défi était de taille et force mon respect. Pour pousser la particularité de la formation, le chant de Dani est soutenu par le guitariste Raphael Mattos, à la voix bien grasse (et à la BC Rich aux couleurs bovines du meilleur effet…), et par le bassiste Fabio Carito à la voix, lui, claire. C'est relativement original dans le monde du Heavy et Heavy Prog. Je profiterai principalement d'extraits de leur dernière production, vieille de trois ans maintenant, « Inner Monster Out », que le show me donne envie de découvrir afin de juger de la finesse de leur facette studio, sur laquelle on peut s'interroger au vu des arrangements électro de « Angel with horns » ou de l'intensité du chant sur « Waste of life », ainsi que ses limites sur « Gag order » malheureusement… et de sa curieuse tendance à ne pas être mis en avant dans le son. L'écriture n'est pas renversante, mais l'efficacité omniprésente, surtout rythmique. Pas forcément une découverte mais une agréable première partie.

Cette soirée continue sous les meilleurs auspices : il ne faut qu'un quart d'heure à Gamma Ray pour investir la scène ! …qu'ils tiendront une bonne heure. Kai se présente comme une petite frappe, j'm'en-foutiste et impertinent, semblant à la fois de foutre de nous et s'amuser. Vêtu d'un t-shirt Jack Daniels largement échancré sous une veste, chaîne et foulards pendant à son pantalon, il s'est installé un support pour son verre de bière sur son pied de micro, afin d'avoir encore moins d'efforts à faire… et n'en fera pas plus pour contrôler cette voix qui agaçait déjà pas mal de monde (particulièrement les fans de Scheepers) et qui le quitte avec le temps de façon assez prononcée. Dirk, bandana vissé sur le crâne, est tout concentration et professionnalisme, surtout vu la fatigue qu'il venait de me révéler, tout juste débarqué d'Allemagne une heure auparavant… Henjo, un peu plus classe dans son accoutrement haut et pantalon noirs rehaussés d'éléments métalliques, semble également plus enthousiaste, et quant à Michael Ehré, la nouvelle recrue, il m'apparait appliqué mais déjà à l'aise, malgré des problèmes (dès le premier morceau) de son kit, à l'effigie de leur nouveau EP, seule sortie que Kai aura été fichue de boucler avant la lancée de la tournée. Le show commence exactement comme le Live « Skeletons & Majesties » auquel ce EP fait suite : « Anywhere in the galaxy », « Mens, martians & machines », « The spirit ». Si le second titre apparait plus mélodique, à l'agressivité sans doute polie par le temps et les tournées, le suivant (notre seul cadeau de l'ère Scheepers) a le grand avantage de voir notre Kai se donner sur le solo comme au chant, chose aléatoire tout au long du show. La suite, « Dethrone tyranny », se trouvait également sur notre Live (bien qu'avec son intro ici absente), et, si le Band y est impeccable, Kai se laisse à nouveau aller vocalement… Le morceau est suivi des deux nouveaux titres de leur EP, « Master of confusion » et « Empire of the undead », la première sacrément Rock'n'Roll, poussant Kai à quelques efforts, la seconde un peu plus bâclée, à l'image de son écriture après tout, n'étant qu'une réinterprétation de « Exciter »… On aura ensuite deux extraits de « To The Metal », pourtant peu mis en avant sur le Live : « Empathy » et « Rise » (seul ce dernier titre y figurait), la première bâclée (mais assez plate de toute façon comme compo), la seconde à peine chantée par un Kai croassant et apparemment blasé, malgré les quelques coups de dents Hendrixiens qu'il donnera à ses cordes.

Il était temps de faire une pause : le quartet entame un « Hall of the mountain king » pour introduire le solo du « magical amazing Henjo Richter », rendu relativement captivant pour cet exercice par quelques interactions avec le public, le solo introduisant lui-même un « Future world » qui nous prend de court. Pied de nez à Helloween ? Réappropriation de Kai ? Après tout, il l'interprétait bien sur le Live, et avec Kiske en prime. Version brute, pas de bandes, Kai adore apparemment. Retour à « To The Metal » encore une fois avec son « hommage au cuir » (dixit Kai) de morceau-titre (hommage à « Metal gods » dixit la réalité). Kai semble essoufflé, l'ingé-son fait sortir plus d'écho que de chant de son micro, et ce sont surtout les interventions de Henjo qui illuminent ce dernier morceau avant un rappel constitué de « Send me a sign », nouvel extrait de « Powerplant » qui était le seul album ainsi mis en avant sur notre Live également. Après l'inévitable cinoche où Kai pose sa bière pour un verre de « some vin rouge de la France », il s'allume une clope, histoire de bien concurrencer Weikath sur tous les meilleurs tableaux, et nous achève le titre dans un déluge Manowarien de cordes de basse frappées par le public, saut depuis la batterie etc, cet ultime moment de déconne constituant par ailleurs le seul instant de complicité entre Kai et Dirk. Kai quitte la scène sur un « Fuck yeah » et la promesse de revenir en tant que Headliner, plutôt déplacée…

Pour renforcer la dérive Judas Priest de Gamma Ray, « You've got another thing coming » retentit pendant qu'on prépare la scène pour Helloween, avec moins d'efficacité… Eux, c'est sur « For those about to rock » qu'ils feront leur entrée, avec un panache certain : « Wanna be god » fait son effet, joué sur une scène en forme de bunker, avec projos, derrière un filet de camouflage, Andi perché sur un « mirador » au-dessus du kit impressionnant de Daniel Löble, véritable mur à lui seul… En veste recouvrant un t-shirt Kiss échancré lui aussi, il se sentira également obligé de céder à l'hommage au Bordeaux, et de recourir aux compétences de son ingé-son pour amplifier sa voix tout aussi agaçante et tout aussi mise à mal par le temps… Markus s'en tire mieux, lui. Pour Weikath, toujours planqué sur le côté de la scène, ça ne change rien. Et quant à Sascha, affublé d'une veste à la militaire, il arbore également chaîne et foulards au pantalon… Des modes traversent-elles le monde du Heavy ?

Derrière cette belle scène auréolée de fumée, ce premier titre, l'hommage à Freddie Mercury de leur nouvel album « Straight Out Of Hell », fait son effet, Daniel y étant absolument immense. « Nabataea » suivra, pour un set très axé sur ce dernier album, bien plus que leur tournée pour « 7 Sinners » en 2011. Si le break du morceau passe très bien, Sascha s'y montre moins flexible. Hop, voilà l'heure de balancer un premier classique, et comme en 2011 ça sera « Eagle fly free », assez appliqué mais suffisant à lui seul pour chauffer tout le monde, le groupe y compris (Sascha et Markus s'amusent à se jeter des médiators comme des cacahuètes).

« Straight out of hell », le morceau-titre, nous ramène au nouvel album, de façon extrêmement puissante, l'organe d'Andi commençant à être tout de même un peu plus chaud, et le public semble déjà bien familier du titre. Puis ce sera un premier extrait de « 7 Sinners » dont ils vont conserver deux titres sur scène : « Where the sinners go » (alors que « Gambling with the devil » avait été entièrement oublié sur la dernière tournée). Tout aussi solide, Andi donne déjà le refrain au public. « Waiting for the thunder » revient à « Straight Out Of Hell », avec moins d'intérêt, ce titre étant aussi plat que le « Empathy » ayant plombé le set de Gamma Ray, puis « Steel tormentor » revient « back in time a little bit, to the Time Of The Oath », morceau déjà ressorti en 2011, mais il faut avouer que, malgré sa simplicité, son refrain fonctionne fichtrement bien sur scène, et Andi tente de passer la seconde. Tiens donc, même ce fantôme de Weikath fera un tour sur le « mirador »…

L'heure du break : le solo de Daniel. Introduit par des sirènes et bruits de défense anti-aérienne, il sera agréablement ponctué de bombardements et autres bruitages, de façon assez bien pensée… Et tout ceci débouche sur « I'm alive », choisi comme classique de milieu de set, à l'instar de la tournée de « 7 Sinners » encore une fois. Andi semble de plus en plus d'humeur, et on se réattaque à « Straight Out Of Hell » avec « Live now » et « Hold me in your arms ». La première est un prétexte à un duo vocal entre le public assez original puisqu'il fait bien chanter le public entre lui en deux moitiés, et non avec lui, nommant ma moitié perdante (aller je lui pardonne, à son âge on perd vite l'audition d'un côté !). La seconde est la ballade, aussi inutile sur scène que sur album, serait-ce pour révéler plus clairement les faiblesses d'Andi. Plus passionnant, « If I could fly » est bien le seul titre de l'époque Andi à avoir atteint le statut de classique. Alourdie, sans plus de piano que ça, le rendu est parfait, Andi faisant tout ce que ses moyens lui permettent. Petit hommage de Sascha à son tour, guitare derrière la tête… On est au Hellish Rock les gars, pas au Voodoo Rock c'est pas la fête à Hendrix, et arrêtez de vous pomper les uns des autres SVP.

La setlist réserve encore des surprises puisque déboule « Hell was made in heaven », un extrait de « Rabbits Don't Come Easy »… Tout ceci se fait au détriment des classiques. Pas de « March of time », ni « Ride the sky », cette fois… Ce morceau a toujours été poussif et l'est également sur scène, surtout desservi ainsi par Andi. Weikath a beau nous ressortir sa Flying V, on est heureux de revenir à « Time Of The Oath » avec « Power », même si ces choix de titres trop uniformément Power lorsqu'ils tapent dans leur répertoire peuvent lasser. D'ailleurs en 2011 lorsqu'ils piochaient dans cette période ils sortaient « Forever and one » ou même « Handful of pain » de « Better Than Raw » par exemple, pas leurs meilleurs titres mais plus variés. Ce sera tout avant les rappels, et le quintette semble en tout cas comblé. Andi nous tire la langue en ouvrant sa veste sur son effigie de Simmons, Markus chope enfin la « cacahuète » de Sascha pour la lui recracher à la main, Weikath arbore toujours sa Flying V et les vigiles ne savent trop que penser du curieux « homme vache » qui leur atterrit dessus après un slam… Happy happy Helloween !

Le rappel est long à arriver, et tout aussi surprenant puisqu'il propose « Are u metal » de « 7 Sinners » ! Vraiment déroutant… Le public réagit d'ailleurs moins. Le groupe, lui, défend le titre bec et ongles, à part Weikath retourné dans son coin. Le discret Sascha semble enfin chauffé, et Andi respire la satisfaction sous le haut-de-forme qu'il nous a sorti. Les choses rentrent immédiatement dans l'ordre avec « Dr Stein » (même final qu'en 2011), dans l'enthousiasme général : Weikath empoignant une Flying V à l'effigie de la diabolique citrouille, le singe Markus marquant un 2 e point avec Sascha, devant, lui, refaire le plein de mediators tant il en a balancé. Après plus d'une heure et quart, on attaque les seconds rappels tant attendus : Kai Hansen monte sur scène, consentant le port d'un t-shirt Helloween, une superbe Flying V ornée de reliefs metallisés en main, pour entamer l'intro de « Halloween » ! Magnifiques retrouvailles après celles de Kai et Kiske. La dernière tournée proposait un medley des trois Keepers commençant par ce titre, celle-ci se concentre sur la grande période en ajoutant au morceau deux extraits de « Walls Of Jericho » : « How many tears » et « Heavy metal is the law ». Un Kai décidément obsédé interprète « Heavy metal » au chant, et déguisé en Rob ! avec cuir, lunettes et casquette… sexy en diable, quoi. Le chant est partagé avec Andi, l'inévitable jeu avec le public aussi, et « I want out » conclura la soirée avec les deux groupes complets (non, pas Michael Ehré quand même), avec lâcher de « ballons citrouilles », pour la plus grande joie de la fillette du premier rang qui n'a pas montré le moindre signe de fatigue ou lassitude… On peut critiquer Gamma Ray ou Helloween mais ça, il faut le faire.

Ce n'est qu'à 23h30 passées qu'ils nous donneront enfin congé, dans un enthousiasme général palpable au sein du public. Au-delà du concept du « Hellish Rock », il y a une vrai ampleur, une vraie consistance, un show vraiment dense et riche qui a été offert, altéré ni par la concurrence des deux aphones (je suis méchant, oui) Kai et Andi, ni celle des deux branleurs (Weikath et Kai, qui d'autre ?). Il n'y a pas à dire, même sortis de leur âge d'or, les grands groupes restent des grands groupes.


The Outcast


 



© essgraphics 2011