MAGNUM
Le Forum, Vauréal
le 17/11/12



Set List :

All the Dreamers
On The Thirteenth Day 2012

When We Were Younger
Princess Alice and the Broken Arrow 2007

Blood Red Laughter
On The Thirteenth Day 2012

Wild Angels
The Visitation 2011

Brand New Morning
Brand New Morning 2004

How Far Jerusalem
On a Storyteller's Night 1985

The Flood
Sleepwalking 1992

Les Morts Dansants
On a Storyteller's Night 1985

The Spirit
Chase The Dragon 1982

Dance of the Black Tattoo
On The Thirteenth Day 2012

All My Bridges
Into the Valley of the Moonking 2009

All England's Eyes
On a Storyteller's Night 1985

Vigilante
Vigilante 1986

Kingdom of Madness
Kingdom of madness 1978

rappel :

See How They Fall
On The Thirteenth Day 2012

Rockin' Chair
Goodnight L.A. 1990

Days of no Trust
Wings of Heaven 1988


M A G N U M
Le Forum, Vauréal 17/11/2012

Ambiance old school et salle comble ce samedi soir pour le concert français de Magnum. Les vétérans du hard rock mélodique ont attiré un public varié parmi lequel prédomine une tranche d'âge que d'aucuns qualifieront d'entre-deux (comme le cantal). C'est-à-dire que les 35/50 ans sont légion ! A noter l'excellent travail des programmateurs de Vauréal qui, ça ne se dément pas, subtilisent régulièrement des pointures internationales aux salles parisiennes plus renommées. Le Forum est ainsi devenu une étape qui compte sur la route des tournées européennes des groupes qui comptent.

J'avais donc taillé ma moustache et briqué ma Ferrari… Je sais, c'est facile mais si je ne l'avais pas faite, je ne m'appellerais pas Mr. Bout ! J'avoue être venu autant pour voir Catley et sa bande en live (et ainsi combler un manque dans ma culture scénique) qu'attiré par la pêche du dernier album, On The 13 th Day, sorti fin septembre.

Je ne m'attarderai pas sur la première partie. Car si les jeunes musiciens anglais de Neonfly, qui évoluent dans un style hard & heavy proche des suisses de Shakra font de leur mieux, leur prestation, entre clichés poseurs mi-rigolos/mi-maladroits du chanteur, les pains de batterie et les gaufrages du gratteux de gauche (non, pitié, ne tente pas de nouveau solo)… Comment l'écrire ? C'était un poil longuet. Le frontman au look tout droit sorti de la malle aux déguisements dans laquelle j'ai remisé les moule-burnes et bouts de tissus de glammeur du début 80's aurait pu réveiller chez moi une tendre nostalgie teintée de compassion. Malheureusement, à l'inverse du proverbe disant qu'il vaut mieux faire envie que pitié, je vous laisse imaginer ce que j'ai ressenti…

Honnêtement, cette voix forcée dans les aigus, nasillarde et aigrelette, souvent fausse, posée sur des compos souvent bancales (du moins dans les arrangements) ; surtout les enchaînements de passages instrumentaux plus juxtaposés que cohérents entre eux… J'ai eu du mal. Pourtant certains refrains font mouche mais ils pêchent par manque d'originalité et, je le répète, la cohérence de l'ensemble souffre du télescopage entre des parties assez rentre-dedans et une ligne directrice carrément F.M. mollasse. Le guitariste tenant la droite de la scène s'en sort plutôt bien, (malencontreusement) mis en valeur par son comparse de gauche qui s'emmêle assez systématiquement le médiator dans le ses cordes ! Seul le bassiste-choriste, visiblement à l'aise, squatte allègrement le devant de la scène et tire ainsi son épingle du jeu en occupant l'espace. Au bout d'une heure, la lumière blanche revient (enfin) et on se prépare à accueillir Magnum.

Bob Catley au chant, Tony Clarkin à la guitare, Mark Stanway aux claviers, Al Barrow à la basse et Harry James à la batterie font leur apparition sous les applaudissements d'un public conquis d'avance. Il faut dire que Magnum a eu le temps de consolider sa fan base en 35 ans de carrière. Une longévité (malgré le break de la seconde partie des années 90) qui n'a pourtant jamais apporté au groupe anglais le grand succès. Tenants d'un gros rock mélodique, tantôt hard, tantôt AOR, Magnum pourrait presque être considéré aujourd'hui comme un prototype de groupe de hard mélodique, ayant développé un savoir-faire imparable en matière de composition (c'est l'affaire de Clarkin depuis les débuts du groupe) et appliquant à la lettre une recette qui a de longue date fait ses preuves : riffs bien balancés (à grands coups de power-chords), intros pianotées et nappes de clavier, accroches harmoniques efficaces et par-dessus le chant impeccable de Bob Catley.

Magnum maîtrise effectivement son sujet. Souvent étiqueté (à tort) groupe progressif, il est à noter que, dans le set de Magnum, de prog' point ne trouvons. Les passages instrumentaux sont peu touffus et franchement pas démonstratifs, ce qui amène ma principale critique : un groupe de cette trempe (ils n'en sont plus vraiment à surveiller leurs doigts sur le manche) et de ce professionnalisme montre trop peu d'engagement scénique. Se font-ils chier sur scène ? Remplissent-ils juste leur contrat ? C'est dommage car leur technicité et leur expérience devraient leur permettre de lâcher un peu les élastiques et de communiquer avec l'assistance. C'est pour cette raison que leur prestation m'a laissé sur ma faim. Car, c'est peu de l'écrire, le groupe assure un show minimaliste. Entendez par là que, si l'exécution musicale est impeccable, inattaquable question justesse, il n'en est pas de même en matière de communication avec le public.

Mais pourquoi donc de tels musiciens ne se fendent-ils pas de quelques interactions supplémentaires, voire de quelques expressions de visage ! Car, à moins de considérer les mimiques grimaçantes de Stanway derrière ses claviers (« j'ai chaud », « beurp : digestion » ou encore « oups…fatigué ») comme autant de signaux adressés au public, les élans du groupe se limitent à la portion congrue, soient les rares interpellations de l'audience par le chanteur et les sourires du bassiste (plus jeune et donc plus prompt à solliciter le regard des autres ?). Quant à Clarkin, fidèle à sa réputation, il est toujours aussi impassible, même aujourd'hui que son visage n'est plus dissimulé par cheveux ni barbe de Robinson (ah, si… il a levé le pouce à la romaine à la fin de Vigilante !). Même l'excellent batteur Harry James, qu'on a pourtant connu expansif chez Thunder (excellent groupe, au passage !), semble « faire le job » sans en rajouter. D'accord, il frappe puissamment et de façon métronomique mais, sans réclamer du Mike Terrana, j'aurais apprécié qu'il booste un peu ses compères ! J'ai donc trouvé l'attitude du bassiste Al Barrow symptomatique d'un état d'esprit que j'ai supposé « blasé » de la part d'un groupe peut-être habitué à jouer pour des publics pas si enthousiastes. Il semblait surpris par les applaudissements chaleureux et les interpellations sympas des premiers rangs : un comble !

D'ordinaire, c'est le chanteur qui interagit le plus avec le public. Voilà pourquoi on le qualifie de frontman  : c'est lui qui occupe le devant de la scène. Bob Catley est un frontman . Le problème aujourd'hui, c'est sa voix. Est-ce l'âge (il est né en 1947) ? Est-ce une grosse fatigue due à l'enchaînement des dates de concerts ? On s'aperçoit rapidement que le bonhomme s'économise : il en fait le moins possible entre les morceaux, doit veiller à l'essoufflement et surtout… Ben il n'a plus de voix ! Attention, je n'écris pas qu'il chante mal. Au contraire : il ne met jamais une note dehors. Cependant, pour filer la métaphore vocale, imaginez Brian Adams un soir d'aphonie et vous aurez une petite idée de l'usure et de l'éraillement dont souffre le chanteur, pourtant réputé pour son organe clair et puissant. Je n'avais jamais entendu Magnum live mais il me semble ce soir évident que Bob Catley n'est que l'ombre de son ombre vocale : plus de puissance. Par ailleurs, sa gestuelle m'évoque dès le premier titre Gainsbourg lors de ses derniers concerts : gestes à la fois répétitifs et inachevés, comme avortés en l'air. Est-il malade ? Paie-t-il des abus de jeunesse ? En demande-t-il simplement trop à son corps fatigué ? Car à 65 ans, une tournée, avec bus et concerts rapprochés (je ne pense pas que Magnum joue dans la catégorie « millionnaires logés dans les palaces »), ça n'est pas de tout repos, rappelons-le. Je n'écrirais pas qu'il m'a fait pitié, car sa justesse et sa musicalité forcent le respect mais sa prestation avait un aspect pathétique. Reste donc cette énorme déception concernant le dynamisme vocal, d'autant que la musique de Magnum n'est pas toujours des plus énergiques, versant volontiers dans l'A.O.R.

Ce qui impressionne pourtant chez Magnum (mise à part la Ferrari, hein, on en a déjà parlé…) c'est qu'à les écouter, ça à l'air trop facile de composer des titres mélodiques et accrocheurs ! Alors on peut dire que c'est parfois guimauve et que ça a souvent un air de déjà entendu mais faites-en autant… Les compos de Clarkin sont toujours bien ficelées. Ces morceaux classieux, aux textes universels qui concernent chaque auditeur en lui laissant trouver sa propre interprétation et où Bob Catley sait élégamment placer sa voix font mouche. Le bémol, c'est pour moi l'enchaînement de titres mid-tempo sonnant très F.M. Dans ce contexte, les deux extraits plus pêchus issus du dernier album, Blood Red Laughter (diablement efficace) et Dance of the Black Tattoo (couillu aux interventions de claviers bien trouvées) relèvent la sauce à point nommé.

A noter une initiative rigolote de Catley, pourtant jusque-là resté froid envers son public : sur All My Bridges , il tend soudain son tambourin à un spectateur du premier rang, l'enjoignant d'en user puis de le faire passer à son voisin, et ainsi de suite jusqu'au retour à l'envoyeur. Résultat : un moment très sympa rapprochant le public des musiciens. A cette occasion, j'ai capté une jolie image : celle de cette adolescente agitant l'instrument sous le regard manifestement attendri du chanteur et… de son grand-père qui l'avait emmené au concert. Magnum rassemble en donnant dans l'intergénérationnel !

Les moments forts ? Blood Red Laughter et Dance of the Black Tattoo extraits du dernier album en date, pour leur côté rentre-dedans. All My Bridges et son break au tambourin (voir plus haut). Les poils des bras dressés par Catley sur The Spirit , joué en partie acoustique (guitare/voix) : comme quoi, même usée, une belle voix bien employée reste un merveilleux véhicule émotionnel !

P.S. Autant Catley peut parfois faire penser à Mick Jagger, avec certaines moues poseuses et lippues, autant (celle-là est pour les cinéphiles) Mark Stanway semble tout droit sorti du Phantom of the Paradise de De Palma, tant il ressemble comme un frère au Diabolique Swan !

Bouteil Bout



 

 
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