: écoute ULTRAROCK en live sur ton ordi
ou sur les ondes de la radio RGB 99.2
 
 
   








 

R O B E R T   C R A Y Le Trabendo 28/02/2013

UltraRock aimant le Metal, nous considérons que, de même qu'on ne vit pas que d'amour et d'eau fraîche, on ne nourrit pas un appétit musical à base de Metal seulement. Nous vous emmenons donc, ce dernier soir de février, naviguer dans les eaux troubles du Blues en compagnie de Robert Cray. Mise au point pour les plus irréductibles Metalivores d'entre vous (5 fruits et légumes, s'il-vous-plaît) : pourquoi Robert Cray ? Premièrement, car il s'agit d'un des plus authentiques Bluesmen encore en activité. Par authentique, j'entends pouvant se rattacher à une scène à l'origine d'un courant majeur du genre. En l'occurrence, il s'agit de la réinvention et du retour en grâce du Blues dans les années 80. Dans la lignée de ce que faisait Stevie Ray Vaughan avec le Texas Blues, Robert dépoussiérait alors ce même genre oublié pour lui donner une modernité qu'il n'avait jamais eue. Avec Robert en revanche, ça sera une couleur toute particulière, proche de la musique noire des 80s.

Mais revenons à nos questions : pourquoi, donc ? Et bien en second lieu, car Robert, en plus d'avoir une personnalité musicale détonante, est un guitariste éblouissant au jeu absolument singulier. Ensuite, troisièmement, et bien… oh, j'adore Robert Cray et puis c'est tout, je fais ce que je veux. Direction le Trabendo, donc, où quelques fans décidés sont aux premiers rangs bien avant l'heure… La configuration de cette salle est décidément bien étrange, avec ses escaliers débouchant sur le coté de la scène et la contournant, mais les susmentionnés fans étant aussi rares que décidés, nous apprécierons Robert face à face aujourd'hui, « à l'ancienne »… La première partie est assurée par un artiste aussi inattendu que bien choisi, Kuku, apparemment plutôt connu de l'audience à en juger par la réception à son entrée en scène, pour malheureusement une seule petite demi-heure de show, apparemment même raccourcie par l'orga, Kuku ayant un peu trop traîné au cours de ses 5 uniques titres… L'ambiance n'est plus ce qu'elle était en concert. Kuku, pour en toucher quand même un mot, joue une musique d'une délicatesse absolue entre Folk américaine et tradition nigériane, son pays d'origine, n'hésitant d'ailleurs pas à mélanger les langues. Seul sur scène, juste soutenu par de légères percussions, la proximité qu'il crée avec nous est assez touchante. On n'en appréciera que plus ses compositions extrêmement personnelles : « Nigeria », évidement dédiée à son pays, « Dream Keep My Frown Away », débordant de « Good Vibes » comme il le dit lui-même, « Yeye », pour sa mère, « The Cure »… Les textes sont pourtant simples, l'écriture aussi, mais l'accessibilité du personnage est si totale, la communication si pleine (il n'hésite pas à improviser des apostrophes à notre égard au milieu des textes) qu'il est difficile de rester de marbre.

Je ne cacherais pas que, lorsque Robert entre en scène une demi-heure plus tard (sans même attendre la fin de la musique de fond), l'ambiance monte quand même d'un cran. Sur scène : Jim Pugh et Richard Cousins, claviériste et bassiste du Robert Cray Band, et (où est passé Tony Braunagel ?) Les Falconer à la batterie (qu'on a connu avec Johnny « Guitar » Watson). Sur disque, les compos du Band sont souvent enrichies de cuivres, pour donner cette tessiture si 80s, mais devant l'énormité du son de Robert, on comprend qu'il n'y a de place pour aucun instrument de plus. Le passage de sa rythmique aux soli se fait comme l'entrée d'une section de cuivres, et l'on a droit à un orchestre de saxophones à six cordes. Le jeu est d'une énormité à laquelle les disques ne rendent pas justice : épais, monolithique, le médiator semble en acier et les cordes en titane (il en brisera d'ailleurs en plein « Bad Influence »). Les morceaux semblent partir tout seul une fois attaqués, glissant comme une machine à la dynamique propre, Robert courant derrière et essayant de les maintenir à la force de ses doigts. Les coups sont électriques, le jeu haché, il n'y a pas de truquage en studio : seul lui peut jouer ainsi. La voix est tout aussi dure et sèche, Robert ayant le rare don de posséder le couple parfait jeu & voix. Le contraste est saisissant avec la lâcheté de Richards et, surtout, le calme de Jim, au jeu tellement plus léger… les guitares créent une pâte consistante décorée de claviers, là où un claviériste tisse normalement des nappes sur lesquelles va broder un soliste, au contraire... Mais, soliste, un guitariste si tranchant l'est-il encore ?

Tout ceci est évidement uniquement joué sur Stratocaster, au son précisément défini (il a beau en changer entre chaque titre, ce sont les 3 mêmes qui reviennent). Le son est plutôt clair (du moins aux premiers rangs), et les lights actifs. Leur dernier album « Nothin But Love » est étrangement cantonné à 5 extraits seulement, et plutôt en seconde partie de show, les deux tiers des titres étant consacrés aux classiques, et en bonne partie aux 80s (« Right Next Door », « Don't You Even Eare », « Smoking Gun »). Même débarrassés de leur vernis de cuivre, les titres sonnent toujours autant 80s, prouvant bien que l'approche de Robert était alors réellement novatrice, écrivant d'une plume débarrassée de la moiteur traditionnelle du Blues. Ses titres s'avalent comme un café noir, sèchement et sans sucre. On aura droit à deux compos de Cousins (du nouvel album), et trois de Pugh (dont la géniale « One In The Middle ») pour faire bonne mesure, et, si les quelques titres de la trempe de « I Was Warned » seront malheureusement oubliés (Robert est meilleur guitariste que compositeur, il faut bien l'avouer), on finira sur un « Time Makes Two » de toute beauté qui conclura 1h40 de show avec de quoi être satisfait.

C'est une leçon de Blues évidement, mais surtout une leçon d'électricité, de force, de tension cérébrale et de précision à la limite de l'intelligence humaine. Robert a une personnalité musicale hors-norme et poursuit une carrière pas si proche du grand public mais sans embûche aucune depuis maintenant 30 ans, ce n'est pas par hasard… A en juger par la salle quasi-pleine, le public commence quand même à être au courant, ou du moins l'est toujours… seul regret, il semble plutôt (bien que pas exclusivement) quarantenaire ou cinquantenaire. Et blanc (il faut s'y faire, c'est ça le public Blues français). Mais enthousiaste, au vu des caméras et objectifs intarissables rivés sur Robert à chaque mouvement de sa part, et, je dirais… de bon goût, au vu de ceux qui auront joint leurs poumons aux miens pour réclamer « I Was Warned » :D

The Outcast

 

 



© essgraphics 2011