A K R O M A
Un ambitieux projet musical français réussi, voilà qui est bien réconfortant non ? "Sept" l'album d'AkromA arrive dans les bacs et risque bien de convenir à pas mal d'entre nous. Sur une base inspirée par le black-métal, de nombreux courants musicaux et de nombreux invités viennent se croiser en toute pertinence et homogénéité. Rencontre virtuelle avec Matt, le géniteur du projet :
AkromA ressemble fort à un « super french project », peux tu nous dire comment cette idée de groupe « black metal » a pris naissance ?
Matt : En fait cette idée a germé dans mon esprit vers juin 2003. J'étais en train d'écrire des idées depuis quelques temps en vue du prochain Elvaron mais certain riffs étaient vraiment « extrêmes ». J'ai donc mis tout ça de côté. Rapidement, je me suis dit que ça serait sympa de trouver un chanteur de black pour ces riffs isolés et j'ai tout de suite pensé à Bob. Avant qu'il ne rejoigne Scarve, il chantait dans un groupe de Black Metal à Nancy (Tourmented Souls, aujourd'hui Torm, devenu une sorte de metal hybride expérimental) et j'avais enregistré leur première démo en 1998. Il a ensuite quitté ce groupe puis rejoint Scarve. Je me disais qu'il devait être trop occupé pour se pencher sur mes futures compos… Et puis on s'est rencontrés par hasard en septembre 2003. Il m'a dit qu'il venait de quitter Scarve principalement car il ne souhaitait pas tourner et je lui ai alors parlé de mon projet. Je savais déjà que je voulais faire un concept autour des 7 péchés capitaux et il a adoré l'idée. Nous nous sommes mis d'accord dès le départ que cela resterait un projet de studio.
Quels sont donc les membres qui composent le groupe ? comment les as-tu rencontrés et pourquoi avoir pensé à ces personnes plutôt qu'à d'autres ?
J'ai rapidement associé Nicolas Colnot, le bassiste d'Elvaron, au projet. Il fut le premier contacté. Au départ, je n'avais pas du tout en tête d'inviter plein de musiciens. Tout ça s'est mis en place au fur et à mesure car je n'ai commencé à contacter les musiciens que vers janvier 2005, une fois que le projet était vraiment en route. Je me suis dit tout de suite : « quitte à avoir des musiciens, autant prendre ceux que j'aime ». Et je t'assure que j'ai été vraiment surpris de la réaction enthousiaste de chacun. J'avais craqué pour la voix d'Adeline Gurtner en écoutant le premier album d'Akin. Je l'ai contacté et elle a dit oui ! Pour les claviers, j'avais pensé en premier lieu à Neb Xort d'Anorexia Nervosa. Il était partant mais après l'envoi de la démo, il m'a confié ne pas se sentir capable de jouer les parties que j'avais composées. Je savais que Julie Hénau de Dying Tears avait une vraie formation de pianiste donc j'ai tenté le coup et elle a accepté. Pour les guitaristes invités, j'avais pensé à une bonne quinzaine de personnes ; certains ont accepté, d'autres non… mais au final je suis ravi car nos sept 6-strings killers sont vraiment des gars exceptionnels. Je ne les remercierai jamais assez pour leur participation.
Une formation classique vient compléter le line up, il semble que la musique classique fasse partie de ton environnement musical…
Disons que c'est grâce à la musique classique que je gagne ma vie effectivement. Et puis j'ai une formation classique au conservatoire et j'ai étudié la musicologie durant 5 ans. La plupart de mes amis sont des musiciens que j'ai rencontré à la Fac ou au conservatoire. Ma femme est guitariste et bassoniste et travaille également dans la musique classique. J'aborde toujours la composition d'un morceau en fonction de mes connaissances de l'écriture et de l'harmonie à la manière d'un compositeur classique. L'intégralité de l'album d'Akroma a été écrite sur partitions avant même d'en jouer une seule note.
As-tu abordé l'écriture de « sept » comme tu abordes celle d'un nouvel album d'Elvaron ?
Absolument, je compose de la même manière et je pense que certains riffs sont caractéristiques de mon écriture. Mais pour cet album en particulier, la phase d'écriture a été rapide, environ 4 mois alors qu'un album d'Elvaron, c'est beaucoup plus long. Pourtant, les contraintes étaient plus importantes, notamment le minutage de 7 minutes. Bon, c'est vrai que j'ai pu me lâcher sur les passages extrêmes.
Penses tu que ce soit un laboratoire exécutoire où tu peux exprimer d'autres influences musicales que dans ton groupe habituel ?
Oui, c'est certain. A partir du moment où je me suis dit que ces chansons ne finiraient pas sur un album d'Elvaron, j'ai pu explorer d'autres influences et comme je le disais, me lâcher sur les passages extrêmes. J'ai également analysé le style d'écriture de groupes de Black Metal comme Cradle Of Filth, Covenant ou Dimmu Borgir. Analyse au sens « académique », le découpage des morceaux, le plan tonal, l'orchestration, les rythmes, les tempi. C'est un travail que j'ai fait également sur quelques chansons de Dream Theater.
Comment faire en ayant les sept pêchés capitaux comme source d'inspiration, pour développer un concept original ?
Nous nous sommes penchés sur la question dès le début. Car effectivement, avoir l'idée de faire un album autour des 7 péchés capitaux est une chose, en faire naître un concept intéressant en est une autre. Nous avons commencé par une période d'investigation pour savoir ce qui avait déjà été fait au niveau cinématographique, musical, littéraire. Mais nous voulions surtout rester dans le domaine des « possibles » et ne pas sombrer dans l'ésotérisme ou la religion. De plus, nous souhaitions avoir une trame, un fil rouge avec un personnage principal. Et puis on s'est demandé : dans la vie réelle, quel genre de type, à part Julien Courbet, est confronté aux 7 péchés capitaux ? L'idée de l'avocat est venue de là. Bob a donc créé l'histoire de cet avocat et il a réussi un travail formidable sur le concept et sur les paroles. Adeline est l'évocation de la conscience de l'avocat.
Tu as décliné le concept du chiffre « 7 » à tous les niveaux, peux tu nous en dire plus ?
J'aime cette image d'« œuvre totale » Wagnérienne. Les idées sont venues au fur et à mesure. 7 chansons de 7 minutes, 7 péchés, 7 tonalités différentes, 7 guitaristes. L'évocation du chiffre 7 est aussi très présente dans les textes de Bob. Mes proches me disent aussi en rigolant qu'on devrait vendre l'album à 7 euros lol.
AkromA est il un groupe ponctuel, un plaisir ou une parenthèse ? Doit on s'attendre à un deuxième album ? Avec le même line up ?
Akroma c'est avant tout un projet de deux musiciens qui veulent se faire plaisir sans se prendre la tête. Mais c'est également un groupe que je prend très au sérieux. Nous allons effectivement sortir un deuxième album, toujours chez Thundering. Adeline, Bob et moi nous serons évidemment de la partie. Thomas Jaëglé (Basse, Innerchaos) et Gaël Féret (Batterie, Misanthrope / Mortuary) ont déjà donné un accord de principe. Thomas Letscher (Claviers, Bowels Of Suffering) va bosser avec nous sur l'écriture de l'album, nous verrons ensuite si nous ferons appel à un claviériste pour jouer les parties ou non… Et puis il y aura également des guitaristes invités qui viendront m'épauler en rythmique. Le prochain album sera écrit pour 2 guitares.
7.7.7 plus fort que 6.6.6, as-tu déjà réfléchi à un concept possible pour la prochaine réalisation du groupe ?
Et oui. A vrai dire, nous savions déjà ce que serait le prochain concept depuis le début. Nous allons commencer à bosser dessus en Novembre, et je t'assure que Bob risque d'être inspiré et intarissable car on touche à sa passion première.
Pour finir , le nouvel album de Cradle of filth sort presque en même temps qu'AkromA qu'est ce qui pourrait motiver un fan de black à acheter « français » :) ?
Je pense que nous avons réussi un tour de force. Mettre en commun 17 musiciens dont 12 issus de la scène Metal Française c'est déjà un bon argument. Et puis Bob chante mieux que Dani ;-).
ess