G O N E Z I L L A
Interview téléphonique par Romain Tortevoix, le 25 avril 2022

 


A l’occasion de la sortie de leur deuxième album, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Clément Fau, bassiste de GONEZILLA.

Salut, comment ça va ?

Impec et toi ?

Très bien, merci, j’ai découvert votre groupe avec l’écoute de l’album dont on va parler, tu peux me resituer d’abord un peu l’histoire de GONEZILLA, vous êtes de région lyonnaise il me semble ?

C’est ça, on est originaire de Lyon, même si aujourd’hui la moitié du line-up est en région parisienne, à l’origine, le groupe a été formé en 2011, à Lyon, comme groupe de cover hard-rock, donc on a écumé les bars et les club de la région en faisant des reprises. Au bout d’un an, on a décidé de se mettre à la compo. En 2013 on a notre première démo, puis 2016 notre premier album autoproduit, « Chimères », un EP en 2020 « Sang-noir », et donc « Aurore » qui sort cette année, le 22 avril.

Si je dois expliquer votre son, c’est quoi comme genre ? Personnellement ça m’a fait penser à du DRACONIAN…

Oui, ça fait partie de nos influences. On se situe dans la même veine que ces groupes, c’est-à-dire un doom mélodique, qu’on pourrait qualifier de gothique.
Nos influences sont quand même assez vastes, il y a du rock progressif comme PINK FLOYD, on peut le sentir sur les morceaux à tiroir, les changements de tempo, et les signatures rythmiques différentes. Pas mal aussi de cold wave, dark wave, JOY DIVISION, THE CURE, SISTERS OF MERCY, le rock gothique. Après dans le métal, c’est la vague du doom anglais des années 90, PARADISE LOST, MY DYING BRIDE, ANATHEMA… Et puis le doom mélodique scandinave plus contemporain comme DRACONIAN ou SWALLOW THE SUN, TREES OF ETERNITY…

Et ce nom de groupe, d’où ça vient ?

A l’époque où on a créé le groupe, on faisait des reprises, on voulait un nom qui représentait à la fois le côté lourd de la musique, tout en faisant un petit clin d’œil à notre ville de Lyon, d’un côté la référence à Godzilla, le fameux monstre japonais pachydermique, et de l’autre les gones à Lyon, mot d’argot qui désigne les jeunes ou les enfants. On a mélangé les deux, ça a donné GONEZILLA.

Quelles sont les clés pour comprendre le son de GONEZILLA ? Comment faites-vous vos compositions ?

Majoritairement, les morceaux sont composés par Julien, notre guitariste lead, qui arrive avec un squelette de morceau généralement bien avancé, avec quelques allers-retours histoire que chacun valide un peu si le morceau lui convient. Il a déjà une idée de l’intention qu’il souhaite demander au chant, ensuite c’est là que les chanteurs interviennent, écrivent leurs lignes mélodiques, et on avance comme ça.
Pour les paroles c’est cinquante/cinquante, lui et Karen se répartissent les morceaux, chacun écrit son propre texte. Par contre pour la compo purement musicale c’est lui qui a écrit entre 80 et 90% des titres. Moi j’écris ma ligne de basse, il peut y avoir des modifications par rapport aux lignes de batterie, mais en gros on se répartit comme ça.

Très bien, attaquons donc ce nouvel album « Aurore », qu’est-ce qui a changé par rapport à « Chimères » en 2016 et « Sang-noir » en 2020 ?

C’est un petit peu le grand écart : sur « Chimères » on était plus sur du métal alternatif, avec une grosse influence par moments de pas mal de musique des années 90.
En 2017 on a décidé d’opérer un virage plus doom métal, ce vers quoi on voulait aller, avec pour aboutissement « Sang-noir », l’EP précédent, qui à l’origine se voulait être un album, mais sur lequel on avait du mal à avancer avec le line-up précédent. Un peu plus de quatre ans après avoir sorti « Chimère », en plein confinement, on s’était dit « il faut qu’on sorte quelque chose », pour montrer au public la nouvelle orientation musicale qui avait été prise. On a sorti « Sang-Noir » qui est un peu dans la même veine qu’« Aurore », ne serait-ce que par le traitement mélodique. « Aurore » signe déjà l’arrivée de Karen au niveau du chant, et à ce niveau comme au niveau de l’écriture, je pense qu’on a franchi un nouveau palier. On a aussi eu une idée plus claire de ce qu’on voulait faire, de là où on voulait aller. On l’avait déjà sur « Sang-Noir » mais on n’avait pas forcément les moyens de le faire, et là on est vraiment arrivé à l’album qu’on voulait sortir.

Tu peux me redétailler les changements de line-up ?

On a toujours été un quintet, on a simplement changé de chanteuse en 2020 et de batteur en 2021.

Le recrutement et l’intégration se sont bien passés ?

Oui, pour Karen ça s’est fait à distance puisqu’on a fait sa connaissance en plein COVID, y’avait pas vraiment de possibilité de se voir en physique, c’était beaucoup de travail à distance. Et pourtant, de manière surprenante, ça s’est fait hyper naturellement, on a accouché très rapidement de nouveaux morceaux, quand on a pu se voir et faire de la musique ensemble la relation a été naturelle. Pour Eric, même chose, mais en plus Karen le connaissait déjà puisqu’il est batteur dans son autre groupe (OCTAVUS LUPUS, prog), donc on était relativement en confiance, ce n’était pas un inconnu.

Thématiquement, de quoi s’agit-il ? Quand je vois les titres, j’ai des références à la littérature classique, le songe d’Eurydice, le marcheur des rêves, les limbes, des mythes gréco-romains anciens etc. comme l’artwork d’ailleurs, c’est une peinture de Narcisse ?

C’est une peinture de Waterhouse, effectivement « Echo et Narcisse », pour être clair on ne cherchait pas à faire un concept-album, mais pour autant on trouvait intéressant d’avoir une sorte de toile de fond avec les mythes gréco-romains, et même pour un des morceaux les mythes celtes, sur laquelle on puisse dessiner des choses plus introspectives, plus contemporaines, comme font tous les auteurs depuis l’antiquité d’ailleurs, s’inspirer des mythes pour parler de problématiques actuelles. On a essayé de faire ça à notre échelle. C’est pour ça que quasiment tous les titres de l’album y font référence.

Niveau production, avez-vous eu des soucis pour sortir cet album ? Est-ce que pour vous la pandémie a été quelque chose de stimulant ou un frein pour vos activités ?

De manière assez paradoxale la pandémie a eu un effet bénéfique pour nous. Déjà elle a entraîné le changement de line-up en nous forçant à travailler différemment et avec d’autres personnes. On a aussi pu prendre conscience de nos limites de l’époque, et des divergences de chacun sur ce qu’il avait envie de faire et là où il voulait emmener le groupe. Ça a provoqué la rencontre avec Karen aussi. Derrière, le changement s’est fait très rapidement, là où on avait mis trois ans à composer un quatre titres, on a écrit/maquetté/enregistré l’album en entier en une année.
Comme on est dans l’autoproduction depuis le début, on a énormément appris des projets précédents, on a aussi progressé soit niveau pratique instrumentale soit dans le mixage lui-même, les éléments de mastering, y’a pas mal de choses sur lesquelles on a pu avancer aussi. Ça nous a permis d’aborder ce nouvel album un peu plus sereinement aussi.
Les écueils qu’on a rencontrés sont les mêmes que ceux que rencontrent tous les groupes de notre catégorie, à savoir nos limites financières, on sait qu’on aurait pu faire mieux si on avait eu plus de moyens, pour autant on a aussi grimpé une marche dans ce domaine en choisissant le mastering en Angleterre chez Greg Chandler, une référence du genre, qui nous a aidé à améliorer le mix. On a mis à profit les enseignements de l’album précédent et à la fois réussi à s’entourer vraiment des bonnes personnes pour nous aider à progresser.

Un mot sur le choix du français dans les chansons ? C’était une évidence ? Vous avez hésité avec l’anglais, ou même d’autres langues ?

En tout cas c’est quelque chose d’assumé, ça s’est fait assez naturellement sur la première démo de 2013 qui était un quatre titres, on avait deux titres en français et deux en anglais, à l’écoute ça a sonné comme une évidence. Les émotions passaient beaucoup mieux en français, ce qu’on n’arrivait pas forcément à faire avec l’anglais. Partant de ce constat, on a fait le choix assumé dès 2013 d’écrire les textes et de les chanter en français. Y’a aussi un amour commun des membres du groupe pour les auteurs, la poésie française, la période romantique, cette fibre commune. Ça nous permet également d’avoir notre propre identité et une certaine originalité car assez peu de groupes chantent en français dans ce style-là finalement. Le français c’est souvent soit dans les groupes revendicatifs type LOFOFORA ou MASS HYSTERIA, soit dans la musique un peu plus extrême, mais y’en a assez peu dans notre registre, ce qui nous permettait de ne pas proposer la même chose que tout le monde, avoir notre vraie identité et notre propre musique.

Vous avez une chaîne Youtube sur laquelle vous détaillez le sens des paroles des chansons de l’album. Très bonne initiative, est-ce que vous en aviez marre des chroniqueurs aux questions stupides, ou est-ce que vous aviez une réelle anxiété de passer le sens profond de vos chansons ?

Bon je n’écris pas les textes, mais je trouvais ça intéressant du point de vue du lecteur/auditeur, que l’auteur me parle un petit peu du sens des morceaux. Les textes ont plusieurs niveaux de lecture, le thème de l’antiquité et des mythes, mais aussi à chaque fois des doubles-sens, des références, tout un tas de choses, qu’on peut ne pas forcément saisir à la première écoute, ou parce que ce sont des références trop obscures. L’idée c’était que l’auteur offre des pistes, des petits éclairages qui encouragent les gens à se plonger un peu plus dans le texte, gratter le vernis, aller chercher un sens plus profond.

Est-ce dans cet album, il y a un titre en particulier qui vous a posé plus de problèmes qu’un autre, peut-être plus complexe à fignoler ? « Cendres », ou « Limbes » peut-être ?

La réponse va vraiment varier en fonction des membres du groupe, je sais que Karen a eu du mal sur Limbes, notamment sur le refrain où sa mélodie vocale n’est pas sur la même signature rythmique que la partie instrumentale, ça donne un certain effet mais c’était quand même assez compliqué à mettre en place, Julien au niveau de la guitare a quand même de sacrés solo sur certains morceaux de l’album, dont certains assez longs… Pour moi c’est l’« écueil des âmes », avec des parties rythmiques à la basse pas très naturelles à jouer. On a eu chacun notre bataille de notre côté.

Puisque c’est toi que je tiens, c’est lequel ton préféré ?

Ha… C’est assez dur de répondre, mais si je devais vraiment en retenir un, ce serait le dernier, « Outre Monde », dès que Julien m’a envoyé la démo, l’ambiance du morceau m’a fait penser à un groupe américain que j’aime beaucoup, qui s’appelle PALLBEARER, qui fait du doom épique. Le morceau m’y a fait penser, et j’aime beaucoup la fin aussi, notamment cette partie planante que je trouve vraiment sympa et à écouter et à jouer…

Vous partez presque sur une respiration joyeuse, sereine, apaisée…


Ouais, on l’a vraiment écrit et pensé spécifiquement en clôture d’album, y’a bien cet effet totalement volontaire.

C’est quoi le sens profond du texte de cette chanson ?

C’est donc le seul morceau où la référence n’est pas gréco-romaine mais celte, c’est une ode au mythes arthuriens, bretons.

Je pensais que c’était « En Haidou » qui était celte…

C’est un mot grec ! Par contre je n’ai pas écrit le texte donc je ne suis plus sûr du sens…

Je reviens sur Limbes car ce morceau m’intrigue, vous commencez par une portion d’orgue ?

C’est un orgue Hammond, sûrement en instruments virtuels, malheureusement on n’a pas pu enregistrer dans une église ! C’est fait en MAO (ndlr : « Musique Assistée par Ordinateur ») mais c’est bien l’effet du Hammond.

C’est quoi maintenant l’actu de GONEZILLA (en plus, bien sûr, de la sortie d’« Aurore »), une tournée de prévue ?

Non pas une tournée pour l’instant, mais des dates de concert. On sort de deux dates au mois d’avril, on va jouer à Lille le 10 juin avec ALWAID et ETHEREAL DARKNESS, un groupe belge, on espère réussir à enchaîner sur une deuxième date le même week-end en Belgique ou dans le nord de la France, et après on essaierai de se produire un maximum. On est en plein démarchage pour essayer de trouver des dates. Amis auditeurs, si vous voulez produire des concerts et nous faire jouer près de chez vous, ce sera avec plaisir.

On passera le message… Petite question plus légère pour finir : qu’est-ce qu’il y a dans ta playlist qui n’est pas du métal ou assimilé ?

Alors ça n’arrive pas souvent que je n’écoute ni métal ni rock, je ne te le cache pas… Mais il peut m’arriver d’écouter du rap américain des années 90/2000, plutôt de la côte Est, NAS, WU-TANG CLAN, toute cette vague, ça peut m’arriver de la passer par nostalgie et de sortir deux/trois disques du placard.

C’est tout pour moi, as-tu un message à faire passer, un truc à dire à tes fans, ou un mot de la fin ?


Merci déjà pour votre soutien, je tiens à faire passer qu’on a la chance en France d’avoir une scène avec des groupes pleins de talents, qui ne demandent qu’à être soutenus mais qui ne pourront pas vous proposer de musique par les temps qui courent s’ils ne bénéficient pas de votre soutien. Donc soutenez la scène française !

Très bon mot de la fin ! Merci beaucoup pour ton temps, j’espère avoir le plaisir de vous voir en live prochainement…

On va essayer de se produire un maximum !

Merci encore !

Merci à toi !

Romain Tortevoix


 

 
 
 
 

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